Arrêt n° 1146 du 30 juin 2015 (14-10.764) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2015:SO01146

Conflit collectif du travail

Cassation


Demandeur(s) : M. Omar X..., et autre

Défendeurs) : la société Compagnie de transports de la porte océane


Sur le moyen unique :

 

 Vu l’alinéa 7 du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, ensemble l’article L. 1222-4 du code des transports ;

 

 Attendu que l’obligation légale faite à l’employeur, entreprise chargée d’un service public de transport terrestre de personnes, d’élaborer un plan de transports et d’information des usagers et de garantir un service minimum ne peut permettre de limiter l’exercice du droit de grève en l’absence de disposition légale l’interdisant et de manquement à l’obligation de négocier ;

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, statuant en matière de référés, que le syndicat CGT et son délégué, M. X…, ont déposé à l’issue de l’échec de négociations, le 18 mars 2013, auprès de la société La Compagnie de transport de la porte océane (la société), chargée de la gestion du transport urbain de passagers de l’agglomération havraise dans le cadre d’une délégation de service public, un préavis de grève pour la période du 25 mars au 12 avril 2013 et consistant en des arrêts de travail quotidiens de 55 minutes et affectant l’ensemble du personnel ; que la société a saisi le juge des référés aux fins de constater que le préavis est constitutif d’un trouble manifestement illicite et d’ordonner sous astreinte la suspension de ses effets ;

 

 Attendu que pour faire droit à ses demandes, l’arrêt retient d’une part que l’éclatement complet sur tous les parcours des lignes de bus et de tramway déployées sur plus d’une dizaine de communes, à des horaires différents chaque jour de la semaine et les arrêts de travail renouvelés sur 55 minutes entraînent une perturbation complète du trafic des tramways, empêchent l’employeur de prévoir les lieux où les autobus seraient laissés en stationnement pendant les arrêts de travail et de s’assurer des conditions dans lesquelles les grévistes reprendraient leur activité à l’issue de ceux-ci, et ne lui permettent pas de disposer des éléments nécessaires à l’élaboration d’un plan de transports et d’information des usagers et d’assurer ainsi le service minimum dû aux usagers en vertu de la loi et d’autre part, que les troubles générés qui contraignent les passagers à descendre des véhicules en cours de trajet avant d’avoir atteint leur destination, ne doivent pas être mésestimés s’agissant de jeunes cherchant à rejoindre un établissement scolaire ou leur domicile et de personnes âgées ;

 

 Qu’en statuant ainsi, par des motifs insuffisants à caractériser une désorganisation de l’entreprise et alors que l’empêchement pour l’employeur, résultant des modalités de la grève définies dans un préavis régulier, d’organiser un plan de transport et d’information des usagers ne constitue pas un abus du droit de grève caractérisant un trouble manifestement illicite, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 19 novembre 2013, entre les parties, par la cour d’appel de Rouen ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Caen ;

 


Président : M. Frouin

Rapporteur : Mme Duvallet, conseiller référendaire

Avocat général : M. Weissmann, avocat général référendaire

Avocat(s) : SCP Masse-Dessen, Thouvenin et Coudray ; SCP Célice, Blancpain, Sotner et Texidor