Arrêt n° 2545 du 15 décembre 2010 (08-42.951) - Cour de cassation - Chambre sociale

Rejet

 

 


 

Demandeur(s) : la société Compagnie antillaise de matériel automobile (CAMA), société par actions simplifiée

Défendeur(s) : M. J-F... X..., et autre

 


 

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Saint-Denis de la Réunion, 6 mai 2008 ) que par lettre datée du 31 juillet 2006, la société Compagnie antillaise de matériel automobile (CAMA) a proposé à M. X… de l’engager, au plus tard à compter du 1er octobre 2006, en qualité de directeur adjoint moyennant une rémunération mensuelle de 7 600 euros sur treize mois avec le bénéfice d’un véhicule de service et la prise en charge de ses frais de déménagement et de logement durant le premier mois de son installation en Guadeloupe ; que cet engagement n’ayant pas été suivi d’exécution, la société CAMA lui ayant indiqué, par courrier daté du 9 août 2006 qu’elle ne donnait pas suite à la promesse d’embauche, M. X… a saisi la juridiction prud’homale pour faire juger que le non-respect de la promesse d’embauche s’analysait en un licenciement et obtenir le versement de dommages-intérêts et d’une indemnité de préavis ;

 

Sur les premier et deuxième moyens, réunis :

 

Attendu que la société CAMA fait grief à l’arrêt de faire droit à ces demandes, alors, selon le moyen :

 

1°/ que la mauvaise foi de M. X… n’était pas indifférente à la résolution du litige dès lors qu’elle supposait la connaissance par ce dernier dès le 4 août 2004 du contenu de la lettre de rétractation adressée le 9 août 2006 par la société CAMA, présentée à son domicile par la société Fedex le 16 août 2004 et délibérément retirée par ses soins le lendemain seulement, soit le 17 août 2006 ; que sa mauvaise foi impliquait nécessairement qu’il ne pouvait plus accepter une offre qu’il savait d’ores et déjà rétractée par le sollicitant ; qu’en décidant néanmoins que « quelle que soit la bonne foi de M. X… » le contrat de travail avait été définitivement formé sans s’expliquer sur la mauvaise foi de M. X… , la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 1134 du code civil ;

2°/ que la fraude fait échec à toutes les règles ; qu’au cas d’espèce, les juges du fond ne pouvaient statuer comme ils l’ont fait sans rechercher si M. X… n’avait pas délibérément posté son courrier le 16 août 2006, dès réception de l’avis de présentation de la lettre de rétractation par le service postal de la société Fedex, afin de faire échec à la rétractation qu’elle avait formulée téléphoniquement le 4 août 2006, confirmée par lettre recommandée adressée le 9 août 2006 et retiré par M. X… le 17 août 2006 ; qu’en s’abstenant de le faire, les juges du fond ont privé leur décision de base légale au regard des principes régissant la fraude, et notamment le principe selon lequel la fraude fait échec à toutes les règles ;

3°/ que le retrait par le sollicitant d’une offre de contracter est possible jusqu’à réception de l’acceptation adressée par le destinataire de l’offre ; qu’au cas d’espèce, elle a rétracté son offre par courrier posté le 9 août 2006 et n’a reçu la lettre d’acceptation de M. X…, postée le 16 août 2006, que le 21 août 2004, soit postérieurement à sa rétractation formulée le 9 août 2006 ; qu’en retenant néanmoins que le contrat de travail avait été définitivement formé par l’acceptation du salarié le 16 août 2006, les juges du fond n’ont pas tiré les conséquences légales de leurs propres constatations et ont violé l’article 1134 du code civil, ensemble l’article L.120-4 du code du travail (devenu L.1222-1 du même code) ;

Mais attendu que constitue une promesse d’embauche valant contrat de travail l’écrit qui précise l’emploi proposé et la date d’entrée en fonction ;

 

Et attendu que la cour d’appel ayant relevé, par motifs propres et adoptés, que la lettre du 31 juillet 2001 adressée à M. X… le 1 er août 2001 lui proposait un contrat de travail, précisait son salaire, la nature de son emploi, ses conditions de travail et la date de sa prise de fonction, en a exactement déduit qu’elle constituait, non pas une proposition d’emploi mais une promesse d’embauche et que la rupture de cet engagement par la société Perinet, s’analysait en un licenciement sans cause réelle et sérieuse ; que le moyen ne peut être accueilli ;

 

Sur le troisième moyen :

 

Attendu que la société CAMA fait le même grief à l’arrêt, alors, selon le moyen, que la proposition d’embauche du 31 juillet 2006 portait une clause rédigée comme suit : « période d’essai : trois mois renouvelable » ; qu’en décidant néanmoins que la proposition d’embauche acceptée valant contrat de travail ne prévoyait pas de période d’essai et qu’il convenait de faire droit à la demande d’indemnisation de M. X…, la cour d’appel a statué au prix d’une dénaturation de ladite promesse d’embauche et, ce faisant, a violé l’article 1134 du code civil ;

Mais attendu que le contrat de travail ayant été rompu avant son commencement d’exécution, le motif erroné relatif à la clause stipulant une période d’essai est sans portée ;

 

PAR CES MOTIFS :

 

REJETTE le pourvoi ;

 

 


 

Président : Mme Mazars, conseiller doyen faisant fonction de président

Rapporteur : Mme Mariette, conseiller référendaire

Avocat général : M. Lacan

Avocat(s) : Me Foussard ; Me Carbonnier