Suivi des suggestions de réforme

Droit des assurances

Modification des règles de prescription 1

À sept reprises depuis 1990, les Rapports annuel ont soulevé la question de la suspension du délai de prescription pendant la durée des pourparlers avec l’assureur. La difficulté tient au fait que, dès lors que des pourparlers s’engagent avec l’assureur, ou que se met en

œuvre une procédure de médiation dans des conditions prévues au contrat, l’assuré ne peut concevoir que la prescription puisse courir pendant qu’ils se déroulent ; aussi, les assurés n’utilisent pas la procédure d’interruption de la prescription par lettre recommandée avec accusé de réception. C’est la raison pour laquelle la Cour de cassation a suggéré, dès 1990, qu’il soit précisé par la loi que l’existence de pourparlers entre l’assureur et l’assuré ou l’ouverture d’une proposition de médiation suspendent la prescription aussi longtemps qu’ils durent.

Il convient d’ajouter que la Directive 2008/52/CE du Parlement européen et du Conseil, du 21 mai 2008, sur certains aspects de la médiation en matière civile et commerciale prévoit, pour sa part, en son article 8, que « les États membres veillent à ce que les parties qui choisissent la médiation pour tenter de résoudre un litige ne soient pas empêchées par la suite d’entamer une procédure judiciaire ou une procédure d’arbitrage concernant ce litige du fait de l’expiration des délais de prescription pendant le processus de médiation ».

Le Rapport 2008 constatait que la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 avait modifié l’article 2238 du code civil afin de prévoir que le délai de prescription est suspendu à compter du jour où, après la survenance d’un litige, les parties conviennent de recourir à la médiation ou à la conciliation, ou, à défaut d’accord écrit, à compter du jour de la première réunion ou de médiation ou de conciliation. Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter de la date à laquelle la médiation ou la conciliation est terminée. La loi n° 2010-1609 du 22 décembre 2010 a également pris en compte la conclusion d’une convention de procédure participative.

Il était cependant relevé que ce texte n’avait pas envisagé l’hypothèse où les parties, sans recourir formellement à une procédure de médiation ou de conciliation, entament des pourparlers. Aussi était-il toujours proposé de modifier ainsi qu’il suit la rédaction de l’article L. 114-2 du code des assurances 
« La prescription est interrompue par une des causes ordinaires d’interruption de la prescription.

Elle l’est aussi par la désignation d’un expert, à l’initiative de l’une des parties, à la suite d’un sinistre, jusqu’à la notification à l’assuré du rapport d’expertise, ainsi qu’en cas de pourparlers entre l’assuré et l’assureur jusqu’à la notification de leur fin par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.

Elle peut l’être, en outre, par l’envoi d’une lettre recommandée avec accusé de réception adressée par l’assureur à l’assuré en ce qui concerne l’action en paiement de la prime et par l’assuré à l’assureur en ce qui concerne le règlement de l’indemnité. »

Le directeur des affaires civiles et du sceau a fait savoir que si, sur le fond, cette proposition était intéressante, il n’y avait pas été donné suite dans la mesure où demeure la difficulté de déterminer le point de départ des pourparlers, dont la nature informelle s’accorde mal avec la nécessité de pouvoir déterminer avec précision la date à compter de laquelle le cours de la prescription serait suspendu.

Procédure civile

Modification de l’article 424 du code de procédure civile  2

La suggestion d’ajouter un alinéa second à l’article 424 du code de procédure civile, destiné à élargir en toute matière et pour tous les recours la solution posée par l’article L. 661-8 du code de commerce (ancien article L. 623-8 dudit code) réservant au seul ministère public le pourvoi en cassation pour défaut de communication de certaines procédures en matière commerciale, n’a pas encore été reprise. Cette proposition, qui ne requiert pas l’accord du directeur des affaires civiles et du sceau, est à mettre en relation avec une proposition nouvelle de réforme de l’article 600 du code de procédure civile.

Abrogation du dernier alinéa de l’article L. 261-11 du code de la construction et de l’habitation  3

Cette proposition avait été formulée dans le Rapport 2002, mais non reprise par la suite. La persistance des difficultés observées du fait de l’absence d’abrogation a conduit le bureau de la Cour à en réintroduire la suggestion en 2006.
La mesure préconisée a été prise en compte par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d’amélioration de la qualité du droit.

Droit de la construction

Abrogation de l’article 1792-4 du code civil  4

La suggestion d’abroger, en raison de son imprécision et de son faible intérêt, l’article 1792-4 du code civil qui définit les éléments d’équipement entraînant la responsabilité solidaire (habituellement appelés EPERS) n’a pas été suivie d’effet. Le directeur des affaires civiles et du sceau a manifesté son intérêt pour cette proposition mais a indiqué que la réunion du groupe de travail qui devait envisager cette question, conjointement avec le ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement et les professionnels concernés, n’avait pu être organisée.

Baux d’habitation

Modification de l’article 15 I de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989  5

Ce texte prévoit la possibilité d’un délai de préavis réduit à un mois en faveur des bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI). Il a été proposé dans les Rapports 2009 et 2010 d’étendre cette disposition aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA).

La mesure préconisée a été prise par la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d’amélioration de la qualité du droit.

Modification de l’article 17 c de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 relatif à la réévaluation du loyer manifestement sous-évalué au moment du renouvellement du bail  6
Il a été proposé dans les Rapports 2009 et 2010 de prévoir des dispositions favorables aux locataires âgés aux ressources modiques du type de celles que prévoit l’article 15 III de la même loi en matière de congé, avec la même contre-exception en faveur du bailleur âgé ou dont les ressources sont également modestes. Il a ainsi été suggéré d’ajouter, à la suite du dernier alinéa de l’article 17 c :

« Ces dispositions ne sont pas opposables au locataire âgé de plus de 70 ans et dont les ressources annuelles sont inférieures à une fois et demie le montant annuel du salaire minimum de croissance, sans qu’un logement correspondant à ses besoins et à ses possibilités lui soit offert dans les limites géographiques prévues à l’article 13 bis de la loi n°nbsp ;48-1360 du 1er septembre 1948.

Toutefois, les dispositions de l’alinéa précédent ne sont pas applicables lorsque le bailleur est lui-même une personne physique âgée de plus de 60 ans ou si ses ressources annuelles sont inférieures à une fois et demie le montant annuel du salaire minimum de croissance.

L’âge du locataire et celui du bailleur sont appréciés à la date d’échéance du contrat ; le montant de leurs ressources est apprécié à la date de notification de la proposition du nouveau loyer. »
Cette suggestion n’a pas été suivie d’effet. Le directeur des affaires civiles et du sceau s’est déclaré défavorable à cette proposition qui, selon lui, pourrait dissuader les bailleurs sociaux de donner à bail à des locataires âgés.

Copropriété

Conditions dans lesquelles un juge peut habiliter un copropriétaire à l’effet de convoquer une assemblée générale 7

Certaines affaires examinées par la Cour de cassation (par exemple, 3e Civ., 2 décembre 2009, pourvoi n° 08-19.870) font apparaître que le législateur, tout en recherchant un mode de traitement simplifié et rapide de telles demandes, a omis d’aligner l’article 50 du décret n° 67-223 du 17 mars 1967 sur d’autres textes relatifs au droit de la copropriété prévoyant une saisine du juge en la forme des référés et, donc, avec des pouvoirs de juge du fond pour le règlement de certains incidents.

C’est manifestement la forme de saisine qui s’impose pour l’habilitation à convoquer une assemblée générale, de sorte qu’il a été suggéré de dire à l’article 50 susvisé que le président est saisi et statue non pas en matière de référé (ce qui implique que le juge n’a pas d’autres pouvoirs que ceux d’un juge des référés et peut ainsi rejeter une demande en cas de contestation sérieuse), mais comme en matière de référé.

La direction des affaires civiles et du sceau indique avoir saisi la commission relative à la copropriété qui vient d’émettre un avis défavorable à cette proposition. L’expertise doit donc se poursuivre au sein de la direction.

Expropriation

Modification des articles R. 13-41 et R. 13-42 du code de l’expropriation relatifs aux notifications 8

À l’occasion de l’examen d’une affaire (3e Civ., 17 juin 2009, pourvoi n° 08-11.930, Bull2009, III, n° 145) est apparu un problème d’articulation entre les articles R. 13-41 et R. 13-42 du code de l’expropriation sur les notifications. Pour résoudre cette difficulté, la rédaction suivante a été suggérée :
« Article 1er
L’article R. 13-41 du code de l’expropriation est remplacé par les dispositions suivantes :

“La notification des jugements et arrêts aux parties et au commissaire du gouvernement se fait conformément aux dispositions des articles 675 et suivants du code de procédure civile.
Les autres notifications prévues par le présent chapitre sont faites par lettre recommandée avec demande d’avis de réception ou par acte extrajudiciaire. Elles peuvent être valablement faites aux représentants des parties.

Lorsque la notification du mémoire du demandeur a été faite par lettre recommandée avec demande d’avis de réception et n’a pas touché son destinataire, il y est procédé à nouveau par acte extrajudiciaire.”

Article 2

L’article R. 13-42 du code de l’expropriation est abrogé. »
Cette suggestion, qui a été retenue par le gouvernement, sera prise en compte à l’occasion de la recodification prochaine du code de l’expropriation entreprise sur la base de l’article 197 de la loi n° 2011-525 du 17 mai 2011 de simplification et d’amélioration de la qualité du droit.

Actions possessoires

Suppression des actions possessoires 9

Les Rapports 2009 et 2010 relevaient que les propositions de l’Association Henri Capitant pour une réforme du droit des biens incluaient notamment la suppression des actions possessoires et, corrélativement, du principe du non-cumul du pétitoire et du possessoire. Les multiples difficultés nées de l’application de ce principe et l’efficacité des procédures de référé actuelles permettent légitimement de justifier la suppression suggérée, la protection du trouble causé par une voie de fait relevant des attributions du juge des référés et le tribunal de grande instance statuant au fond sur le litige de propriété proprement dit.

Le directeur des affaires civiles et du sceau, qui s’est dit favorable à cette proposition, a cependant précisé que celle-ci avait fait l’objet d’un amendement, déposé par le gouvernement, au projet de loi relatif à la répartition des contentieux et à l’allégement des procédures juridictionnelles, que le Sénat a repoussé.

Contrat de travail

Protection des conseillers prud’hommes 10

Il a été suggéré à quatre reprises dans les Rapports annuels de modifier les dispositions de l’article L. 514-2 du code du travail (désormais L. 1442-19) pour clarifier la durée de la protection du conseiller prud’homme salarié et préciser les conséquences d’un licenciement prononcé en méconnaissance de son statut.

Cette suggestion n’a pas été suivie d’effet. Elle apparaît d’autant plus nécessaire que, par trois arrêts rendus le 22 septembre 2010 (pourvoi n° 08-45.227, Bull2010, V, n° 190 ; pourvoi n° 09-40.968, Bull2010, V, n° 191 ; pourvoi n° 09-41.173, Bull2010, V, n° 192), la chambre sociale de la Cour a jugé que la protection des conseillers prud’hommes court à compter de la proclamation des résultats des élections le lendemain du jour du scrutin prévue à l’article D. 1441-162 du code du travail, indépendamment de la publication de la liste des conseillers élus au recueil des actes administratifs de la préfecture du département, prévue à l’article D. 1441-164 du code du travail. C’est pourquoi il serait des plus opportuns qu’il soit fait obligation au salarié élu d’informer son employeur de l’existence de son mandat au plus tard au moment de l’entretien préalable pour éviter à celui-ci de prononcer, en toute bonne foi, un licenciement en méconnaissance de son nouveau statut.

Le directeur des affaires civiles et du sceau s’est déclaré favorable à cette proposition et a indiqué en avoir saisi son homologue chargé des relations du travail le 4 novembre 2011.

Retenues sur salaires des cadres au forfait en jours pour faits de grève de moins d’une journée ou demi-journée 11

Il était proposé, dans les Rapports 2008 et 2010, de préciser quel devait être, à défaut d’accord collectif, le mode de décompte des arrêts de travail et retenues pour fait de grève non comptabilisables en journée ou demi-journée applicable aux cadres soumis à une convention de forfait en jours. Il était suggéré d’intégrer dans le code du travail la solution adoptée sur ce point par la chambre sociale de la Cour de cassation dans un arrêt du 13 novembre 2008 (pourvoi n° 06-44.608, Bull2008, V, n° 211) en ces termes : « En l’absence de disposition, sur ce point, de l’accord collectif, la retenue opérée résulte de la durée de l’absence et de la détermination, à partir du salaire mensuel ou annuel, d’un salaire horaire tenant compte du nombre de jours travaillés prévus par la convention de forfait et prenant pour base, soit la durée légale du travail si la durée du travail applicable dans l’entreprise aux cadres soumis à l’horaire collectif lui est inférieure, soit la durée du travail applicable à ces cadres si elle est supérieure à la durée légale. » Il était en outre proposé, dans ces conditions, de modifier l’article L. 212-15-3 III, devenu L. 3121-45, du code du travail afin de prévoir que l’accord collectif instituant les conventions de forfait en jours devrait comporter les modalités de décompte des absences non comptabilisables en journée ou demi-journée et qu’à défaut d’accord l’employeur devrait utiliser un mode de décompte défini réglementairement.

La direction des affaires civiles et du sceau a souligné que cette mesure relevait à titre principal de la direction générale du travail. Elle a précisé que cette administration était réservée sur la proposition, considérant que la matière relevait de la négociation entre partenaires sociaux.

Rupture du contrat de travail conclu avec un agent de sécurité en cas de retrait de son agrément par l’autorité administrative 12

Une espèce jugée le 25 mars 2009 (Soc., 25 mars 2009, pourvoi n° 07-45.686, Bull2009, V, n° 86) a révélé une difficulté à ce sujet : la loi n° 83-629 du 12 juillet 1983 prévoit la rupture de plein droit du contrat de travail de l’agent de sécurité lorsque l’autorité administrative lui retire son agrément ; mais, lorsque cette décision de retrait est ensuite rapportée, le licenciement notifié par application de la loi devient sans cause réelle et sérieuse et l’employeur est condamné. Ce dernier n’a alors pour seule ressource que d’engager la responsabilité éventuelle de l’État. Inversement, si la décision de retrait survient après qu’une décision irrévocable est intervenue à propos du licenciement, pour le dire justifié par hypothèse, c’est cette fois le salarié qui est pénalisé puisqu’il aura perdu son emploi sans indemnisation alors que cela n’aurait pas dû avoir lieu.

Les Rapports 2009 et 2010 proposaient de résoudre ces difficultés en ajoutant à l’article 6 de la loi n° 83-629 du 12 juillet 1983 un alinéa prévoyant qu’en cas de recours contre la décision administrative de retrait d’agrément le contrat de travail est suspendu, en précisant peut-être, par cohérence, au premier alinéa, que la rupture de plein droit du contrat de travail est acquise au terme du délai de recours. Une telle précision éviterait de plonger les employeurs dans la difficulté, et d’engager ensuite la responsabilité de l’État (mais il est vrai qu’elle vient contrarier le principe de l’exécution immédiate des décisions administratives).

Cette suggestion, qui n’a pas encore été suivie d’effet, relève également, selon la direction des affaires civiles et du sceau, de la direction générale du travail et nécessiterait une expertise plus approfondie élargie à d’autres salariés, comme les personnels des casinos ou les assistantes maternelles.

Information des salariés quant au transfert de leur contrat de travail par application de l’article L. 1224-1 du code du travail (anciennement L. 122-12) en l’absence de représentants du personnel dans l’entreprise : transposition de la Directive 2001/23/CE du Conseil, du 12 mars 2001, article 7, alinéa 6 (elle-même ayant repris une précédente Directive 98/50/CE du Conseil, du 29 juin 1998) 13

La Directive 2001/23/CE du Conseil, du 12 mars 2001, dispose que « les États membres prévoient que, au cas où il n’y aurait pas dans une entreprise ou un établissement de représentants des travailleurs pour des motifs indépendants de leur volonté, les travailleurs concernés doivent être informés préalablement :
– de la date fixée ou proposée pour le transfert ;
– du motif du transfert ;
– des conséquences juridiques, économiques et sociales du transfert pour les travailleurs ;
– des mesures envisagées pour les travailleurs ».

Ce texte n’a pas été transposé. Notre droit interne ne fixe pas d’obligation d’information de la part de l’employeur dans un tel cas de figure. La chambre sociale a jugé en section (Soc., 18 novembre 2009, pourvois n° 08-43.397 et n° 08-43.398, Bull2009, V, n° 256) que les conditions d’une application directe n’étaient pas réunies. Les Rapports 2009 et 2010 soulignaient qu’il serait souhaitable que le droit interne se mette en conformité avec les exigences communautaires.

Cette proposition n’a pas encore été suivie d’effet. La direction générale du travail, en charge de la transposition, chercherait un vecteur adéquat.

Droit à congés payés des salariés : transposition de la Directive 93/104/CE, du 23 novembre 1993, article 7, remplacée depuis le 2 août 2004 par la Directive 2003/88/CE, du Parlement européen et du Conseil, du 4 novembre 2003 14

L’article L. 3141-3 du code du travail réserve le droit à un congé payé au salarié qui justifie avoir travaillé chez le même employeur pendant un temps équivalent à un minimum de dix jours de travail effectif. Or un arrêt rendu le 20 janvier 2009 par la Cour de justice des Communautés européennes (affaires n° C-350/06 et C-520/06), statuant sur le cas d’un salarié qui se trouvait depuis plus d’un an en congé pour maladie, a exclu que le droit à un congé payé puisse être subordonné à l’accomplissement d’un temps de travail effectif minimal ; il est ainsi relevé dans cette décision que « le droit au congé annuel payé conféré par la Directive 2003/88 elle-même à tous les travailleurs […] ne peut être subordonné par un État membre à l’obligation d’avoir effectivement travaillé pendant la période de référence établie par ledit État ». Il a dès lors été proposé dans les Rapports 2009 et 2010 de modifier l’article L. 3141-3 du code du travail qui n’est plus conforme au droit communautaire.

Cette suggestion n’a pas encore été suivie d’effet. La direction générale du travail rechercherait une solution.

Élections professionnelles

Modification réglementaire des articles R. 2143-5, R. 2314-29 et R. 2324-25 du code du travail relatifs à la procédure d’examen des contestations des désignations de délégués syndicaux et des élections professionnelles par le juge d’instance 15

L’application des articles R. 2143-5, R. 2314-29 et R. 2324-25 du code du travail ayant soulevé des difficultés tenant à la brièveté du délai d’avertissement des parties intéressées par la contestation et à la forme de cet avertissement, réalisé par lettre simple, il a été proposé, dans les Rapports 2008, 2009, 2010, de modifier ainsi qu’il suit le troisième alinéa de l’article R. 2143-5 et le premier alinéa des deux autres articles :

« Il [Le tribunal] statue dans les vingt jours sans frais ni forme de procédure et sur avertissement donné dans les huit [quinze] jours à l’avance par lettre recommandée avec demande d’avis de réception à toutes les parties intéressées. »

Cette proposition n’a pas encore été suivie d’effet. Un projet de décret a été soumis aux instances de consultation obligatoire.

Recours contre les décisions rendues en matière d’élections professionnelles et de désignation des représentants syndicaux 16

Un projet de décret réformant la procédure en matière de contentieux électoral professionnel serait actuellement en cours d’examen. Il prévoit l’ouverture d’un appel dans les différents contentieux électoraux, selon une procédure spéciale et rapide, ainsi que l’extension de la représentation obligatoire pour les pourvois formés dans cette matière. Il répondrait ainsi aux suggestions présentées en ce sens dans les Rapports 2008, 2009 et 2010.

La direction des affaires civiles et du sceau a toutefois indiqué qu’il semblerait que les organisations syndicales soient désormais opposées à l’ouverture de l’appel, craignant qu’il en résulte un allongement des procédures.

Délégués syndicaux supplémentaires 17

Il était proposé, dans les Rapports 2008, 2009, 2010, de modifier l’article L. 2143-4 du code du travail en le complétant par les alinéas suivants :

« Dans le cas où remplissent les conditions visées au 1er alinéa des syndicats ayant constitué une liste commune, le délégué syndical supplémentaire est désigné par commun accord des syndicats ayant présenté des candidats sur la liste commune.

Le mandat du délégué syndical supplémentaire prend fin à l’expiration du mandat des membres du comité d’entreprise élus lors du scrutin ayant donné lieu à sa désignation. »
Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. Un avant-projet de texte, qui tiendrait compte des remarques formulées par la Cour de cassation, serait en attente de validation par la direction générale du travail qui avait donné un accord de principe malgré les réserves de certains partenaires sociaux.

Sort des actes conclus par des représentants syndicaux ou des représentants du personnel dont le mandat a été annulé 18

La loi ne prévoyant aucune disposition particulière quant à la validité des actes qui ont pu être conclus par un représentant dont la désignation ou l’élection est ultérieurement annulée, et l’annulation rétroactive de tels actes étant susceptible de créer une situation d’insécurité dangereuse pour les entreprises et les salariés, il était proposé, dans les Rapports 2008, 2009, 2010, de rajouter pour chacune des institutions représentatives du personnel un article ainsi rédigé :

« L’annulation de l’élection [ou de la désignation] du représentant du personnel n’a pas d’effet sur la validité des actes conclus par ce représentant avant la décision d’annulation. »

Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. La direction générale du travail serait à la recherche d’un support législatif pour prendre en compte cette suggestion.

Salariés mis à disposition 19

La loi n° 2008-789 du 20 août 2008 a ouvert un droit d’option aux salariés « mis à disposition qui devront choisir d’être électeurs soit chez leur employeur, soit dans l’entreprise d’accueil » (articles L. 2314-18-1 et L. 2324-17-1 du code du travail). Il a été suggéré dans les Rapports 2009 et 2010 de compléter ces dispositions pour préciser les modalités d’exercice de ce droit, en déterminant notamment à quel moment et de quelle façon il doit être mis en œuvre. Un arrêt rendu par la chambre sociale (Soc., 26 mai 2010, pourvoi n° 09-60.400, Bull. 2010, V, n° 114) a mis en exergue les difficultés pratiques pouvant résulter de l’absence de précision sur les modalités de délivrance des informations nécessaires à l’exercice de ce droit d’option.

Cette suggestion n’a pas encore été suivie d’effet. Selon le directeur des affaires civiles et du sceau, la proposition relève des attributions de la direction générale du travail.

Délai de dépôt du mémoire en demande en matière d’élections professionnelles 20

Un arrêt rendu le 11 février 2009 par la chambre sociale (pourvoi n° 08-60.490, Bull. 2009, V, n° 44) souligne une difficulté relative au point de départ du délai de dépôt du mémoire en demande en matière d’élections professionnelles. Au contraire de l’article 989 du code de procédure civile qui dispose, en matière de procédure sans représentation obligatoire, que le délai de trois mois prévu pour le dépôt du mémoire en demande court à compter de la remise ou de la réception du récépissé de la déclaration, l’article 1004 du même code, applicable en matière d’élections professionnelles, fait courir ce délai à compter de la déclaration de pourvoi. La rigueur de la règle est cependant assouplie par la jurisprudence qui, de façon ancienne et contra legem, fait courir ce délai non du jour de la déclaration de pourvoi, mais du jour de la remise ou de l’envoi au demandeur du récépissé de la déclaration de pourvoi (Soc., 26 juillet 1984, pourvoi n° 84-60.149, Bull. 1984, V, n° 329). Dès lors, en effet, que l’article 1001 du code de procédure civile impose de mentionner, dans le récépissé, la teneur des articles 1004 et 1005 et qu’il a été jugé, en matière de procédure sans représentation obligatoire transposable aux élections professionnelles, qu’en l’absence de mention de ces textes le délai susvisé ne pouvait commencer à courir (1re Civ., 4 novembre 1987, pourvoi n° 85-03.039, Bull. 1987, I, n° 277), la remise ou l’envoi du récépissé, qui assure l’information du demandeur au pourvoi, marque bien le point de départ de ce délai. Les dispositions de l’article 1004 du code de procédure civile suscitant des difficultés d’interprétation en doctrine, une réforme de ce texte a été proposée dans les Rapports 2009 et 2010, afin d’harmoniser ces règles.

Cette proposition n’a pas encore été suivie d’effet. Toutefois, elle figurerait dans un projet de décret réformant la procédure en matière de contentieux électoral professionnel.

Possibilité pour le juge de décider d’une prorogation du mandat des représentants du personnel dans l’entreprise 21

La loi n° 2008-789 du 20 août 2008 réformant la démocratie sociale a démultiplié les risques de contentieux relatifs à l’élection des représentants du personnel dans l’entreprise et, par conséquent, même si la chambre sociale a tenté d’en limiter les effets, les risques d’annulation de scrutins. La question, déjà posée depuis plusieurs années, de la possibilité pour le juge d’ordonner, en cas d’annulation, la prorogation des anciens mandats jusqu’au scrutin pour éviter de laisser les entreprises sans représentation, prend donc une acuité particulière. Or la durée des mandats est une matière d’ordre public et seule la loi peut permettre au juge d’autoriser cette prorogation. À l’occasion des pourvois, la chambre sociale n’a pu que constater que les décisions d’annulation laissaient l’entreprise sans représentation du personnel pendant une période relativement longue. À l’heure actuelle, la prorogation n’est possible que si elle est décidée par l’unanimité des partenaires sociaux, ce qui est rarement le cas (par exemple, Soc., 16 janvier 2008, pourvoi n° 06-40.710).

Il était donc suggéré dans le Rapport 2010 d’introduire une disposition légale autorisant le juge d’instance, si les circonstances l’exigent, à proroger les mandats en cours pour une durée précise en fonction de la date fixée pour le renouvellement des institutions représentatives.

Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. La direction des affaires civiles et du sceau a évoqué un risque d’inconstitutionnalité de cette proposition et précisé que des pistes alternatives sont à l’étude en lien avec la direction générale du travail.

Actes à l’étranger

Rétablissement dans la loi de l’exigence de légalisation des actes de l’état civil étrangers 22

L’examen par la première chambre civile le 4 juin 2009 (pourvoi n° 08-10.962, Bull. 2009, I, n° 115 et pourvoi n° 08-13.541, Bull. 2009, I, n° 116) de deux affaires posant la question de la légalisation d’actes de l’état civil étrangers a révélé que l’exigence de légalisation, destinée à authentifier la signature et la qualité de leur auteur, n’avait plus de fondement légal en raison de l’abrogation de l’ordonnance royale d’août 1681 par une ordonnance n° 2006-460 du 21 avril 2006 relative à la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques (article 7 II 7o) ratifiée par la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du droit. Malgré cette abrogation, la première chambre civile a jugé que, sauf convention contraire, la formalité de la légalisation demeurait obligatoire par l’effet de la coutume internationale. Par nature évolutive, car tributaire de pratiques consulaires entre États qui peuvent elles-mêmes changer, la coutume peut varier dans le temps comme dans l’espace. L’exigence de légalisation risque de devenir ainsi plus incertaine alors que notre droit de la nationalité et de l’état civil requiert stabilité et sécurité juridique. Aussi, un bon ordonnancement juridique gagnerait à voir réaffirmé, en droit positif, le principe de l’obligation de légalisation des actes de l’état civil étrangers. Les Rapports 2009 et 2010 ont effectué une proposition en ce sens.

Cette suggestion n’a pas encore été suivie d’effet. Le directeur des affaires civiles et du sceau a indiqué qu’une dépêche du 22 décembre 2010 avait rappelé aux parquets la nécessité de veiller au respect de l’exigence de légalisation des consentements à l’adoption recueillis par des juges de paix et des notaires haïtiens, ce que la Cour de cassation a rappelé dans un avis du 4 avril 2011 (demande n° 11-00.001, Bull. 2011, Avis, n° 5). Un recours pour excès de pouvoir a été introduit contre cette dépêche. Pour le reste, l’avis du ministère des affaires étrangères et européennes doit être recueilli et la réflexion s’inscrire dans le cadre plus large de la légalisation des actes publics.

Sécurité sociale

Contentieux de l’incapacité23

La distinction entre le contentieux général et le contentieux technique de la sécurité sociale ne paraît pas devoir être maintenue. Source inutile de complexité, elle conduit à une dualité de juridictions aux compétences parcellaires, alors que les juridictions du contentieux général, tribunaux des affaires de sécurité sociale et chambres sociales des cours d’appel, paraissent pouvoir faire face à la totalité des contentieux de l’incapacité, étant observé d’ailleurs que c’est déjà le cas en matière agricole où la dualité de juridictions n’a pas cours.

C’est pourquoi le Rapport 2010 proposait, sous réserve des aménagements nécessaires, d’abroger les textes organisant un contentieux spécifique, dit contentieux technique de la sécurité sociale (articles L. 143-1 et suivants, R. 143-1 et suivants du code de la sécurité sociale), qui instituent les tribunaux du contentieux de l’incapacité et la Cour nationale de l’incapacité et de la tarification de l’assurance des accidents du travail, l’existence de cette dernière pouvant cependant être maintenue pour le seul contentieux très particulier de tarification visé à l’article L. 143-1 du code de la sécurité sociale pour lequel elle statue en premier et dernier ressort (article L. 143-4 de ce code).

Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. Le directeur des affaires civiles et du sceau a indiqué n’être pas favorable à la proposition, qu’il convient d’examiner en liaison avec la direction de la sécurité sociale afin de clarifier les critères de répartition de compétence et de simplifier et sécuriser le règlement des incidents de compétence.

Réparation des conséquences de la faute inexcusable 24

Selon les principes fixés en dernier lieu par les dispositions de la loi n° 76-1106 du 6 décembre 1976, aujourd’hui insérées sous les articles L. 452-1 et suivants du code de la sécurité sociale, la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle résultant de la faute inexcusable commise par l’employeur ou celui qu’il s’est substitué dans la direction du travail peut prétendre, indépendamment des prestations en nature et en espèces dues au titre de la couverture du risque par le régime légal, d’une part, à la majoration de la rente allouée en cas d’incapacité permanente (article L. 452-2 dudit code), d’autre part, à la réparation du préjudice causé par les souffrances physiques et morales, des préjudices esthétiques et d’agrément et du préjudice résultant de la perte ou de la diminution des possibilités de promotion professionnelle ainsi, lorsqu’elle demeure atteinte d’une incapacité permanente totale, qu’à une indemnité forfaitaire égale au montant du salaire minimum légal en vigueur à la date de la consolidation (article L. 452-3, alinéa 1er, dudit code) ; les ayants droit de la victime peuvent obtenir de même, en cas de décès de la victime, la réparation de leur préjudice moral (ibid., alinéa 2). Il appartient à l’organisme de sécurité sociale de faire l’avance à la victime ou à ses ayants droit des réparations complémentaires, dont il récupère ensuite le montant auprès de l’employeur soit par voie de cotisations complémentaires (majoration de rente ou indemnité forfaitaire), soit directement (autres préjudices). Les juridictions du contentieux général de la sécurité sociale sont exclusivement compétentes pour connaître tant de la reconnaissance de la faute inexcusable que de la condamnation de son auteur à réparation.

Ces dispositions qui restreignent ainsi, en dépit des efforts de la jurisprudence, les droits à indemnisation de la victime d’une faute inexcusable à certains chefs de préjudice, ont fait l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité (Cass., QPC, 7 mai 2010, n° 12005, pourvoi n° 09-87.288). S’il a conclu à la conformité à la Constitution tant des règles de prise en charge, au titre du régime légal, des accidents du travail et maladies professionnelles que du mécanisme d’indemnisation de la faute inexcusable par l’intermédiaire des organismes de sécurité sociale, le Conseil constitutionnel a cependant énoncé que les dispositions de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale ne sauraient « sans porter une atteinte disproportionnée au droit des victimes d’actes fautifs, faire obstacle à ce que ces mêmes personnes, devant les mêmes juridictions [c’est-à-dire les juridictions du contentieux général], puissent demander à l’employeur réparation de l’ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale », et a assorti d’une réserve d’interprétation en ce sens la déclaration de conformité de ces dispositions à la Constitution (Cons. const., 18 juin 2010, décision n° 2010-8 QPC, JO du 19 juin 2010, p. 11149, considérant n° 18).

L’application de cette décision se heurte, en pratique, à trois séries de difficultés. Il n’est pas certain, en premier lieu, qu’elle implique en faveur de la victime et de ses ayants droit la réparation intégrale du préjudice subi, ne serait-ce qu’en raison de la distinction opérée, traditionnellement, par le droit des accidents du travail entre la faute inexcusable et la faute intentionnelle de l’employeur, celle-ci ouvrant seule, jusqu’à présent, droit à la réparation de l’intégralité du préjudice selon les règles matérielles et processuelles du droit commun. Elle n’ouvre pas, en deuxième lieu, à la victime et à ses ayants droit le bénéfice, pour la réparation effective des chefs de préjudice non mentionnés dans les dispositions actuelles de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale, de l’intervention de l’organisme de sécurité sociale autant pour mener la procédure amiable ou contentieuse vis-à-vis de l’employeur que pour faire l’avance du paiement des indemnités. Elle introduit, en troisième lieu et enfin, un facteur de complexité dès lors qu’aux prestations en nature et en espèces versées au titre du régime légal et aux réparations complémentaires prévues par l’article L. 452-3 et garanties par l’organisme, vient s’ajouter, à la seule diligence de la victime et de ses ayants droit, la réparation d’autres chefs de préjudice. On ajoutera enfin que l’application immédiate des principes de la réparation étendue, voire intégrale, pourrait compromettre nombre d’entreprises de taille moyenne, dès lors que leur assureur se refuserait à supporter la conséquence d’un risque dont la réserve introduite par le Conseil constitutionnel modifie considérablement l’étendue. De la sorte, la décision de ce dernier pourrait donner naissance à un abondant contentieux sans que les victimes n’y trouvent véritablement leur compte.

C’est pourquoi il paraît judicieux de procéder, sans attendre, à la modification des dispositions du code de la sécurité sociale. La proposition formulée ci-après tend, d’une part, à ériger en principe la réparation dans son intégralité selon les règles de droit commun du préjudice subi par la victime d’une faute inexcusable, d’autre part, à soumettre celle-ci dans son ensemble aux règles qui font intervenir l’organisme de sécurité sociale pour le paiement des sommes dues et attribuent le contentieux aux juridictions du contentieux général de la sécurité sociale. Elle opte également, à titre transitoire, pour l’imputation, en ce qui concerne les accidents survenus et les maladies constatées postérieurement au 18 juin 2010 [erratum : lire antérieurement au 19 juin 2010], à la branche accidents du travail et maladies professionnelles du régime du montant des sommes en jeu inhérentes à l’extension de la réparation, selon la formule retenue par le législateur voici douze ans quant à l’indemnisation des victimes d’affections professionnelles liées à l’exposition à l’amiante et à ses dérivés (loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, modifiée, article 40).

Les dispositions des articles L. 451-1 à L. 455-2 du code de la sécurité sociale étant rendues applicables, par l’effet de l’article L. 751-9 du code rural et de la pêche maritime, au régime des accidents du travail et des maladies professionnelles des salariés agricoles, la modification proposée étendra ses effets à ces derniers. Il conviendrait de procéder, par ailleurs, à la modification des dispositions applicables, chacun en ce qui le concerne, aux régimes spéciaux mentionnés à l’article L. 711-1 du code de la sécurité sociale pour autant qu’ils comportent une branche accidents du travail. La question ne se pose pas en revanche, faute d’employeur, s’agissant du régime d’assurance contre les accidents du travail et les maladies professionnelles des non-salariés agricoles (régime AAEXA).

Aussi était-il proposé, dans le Rapport 2010, de modifier ainsi les dispositions de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale :
« Article unique

I – Les dispositions du premier alinéa de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale sont abrogées et remplacées par les dispositions suivantes :
“Indépendamment de la majoration de rente qu’elle reçoit en vertu de l’article précédent, la victime a le droit de demander à l’employeur devant la juridiction de sécurité sociale la réparation de l’ensemble des préjudices qui ne sont pas couverts par les prestations, majorations et indemnités prévues par le présent livre.”

II – La branche accidents du travail du régime général et celle du régime des salariés agricoles supportent définitivement, chacune en ce qui la concerne, la charge imputable à la modification de l’étendue de la réparation, résultant du I du présent article, des accidents du travail survenus et des maladies professionnelles constatées antérieurement au 19 juin 2010. »
Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. Le directeur des affaires civiles et du sceau a indiqué n’être pas favorable à cette proposition qui aurait pour effet de faire supporter aux caisses de sécurité sociale le coût de la réforme, ce que n’implique pas la décision du Conseil constitutionnel.

Contentieux de la désignation des membres des unions régionales des professionnels de santé 25

Reprenant pour en étendre le champ d’application à l’ensemble des professions de santé les dispositions antérieurement applicables aux seuls médecins, la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires a entendu instituer, dans chaque région et dans la collectivité territoriale de Corse, une union régionale des professions de santé qui rassemble, pour chaque profession, les représentants des professionnels de santé exerçant à titre libéral (article 4031-1, alinéa 1er, du code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi n° 2009-879, article 123 I). Les membres des unions régionales sont normalement élus, pour une durée de cinq ans et par profession, par les professionnels de santé exerçant dans la circonscription de l’union.

Les modalités de l’élection des membres des unions régionales des professionnels de santé sont fixées par les dispositions des articles R. 4031-19 et suivants du code de la santé publique issues des dispositions du décret n° 2010-585 du 2 juin 2010 relatif aux unions régionales des professionnels de santé. Ces dispositions précisent, en particulier, le régime de l’enregistrement des listes de candidats et les modalités de leur dépôt auprès de la commission d’organisation électorale, lequel doit intervenir entre le quatre-vingtième et le soixante-dixième jour avant le scrutin (article R. 4031-31, alinéa 2, dudit code). Il appartient à la commission de refuser l’enregistrement de toute liste qui ne remplit pas les conditions prescrites ; le refus peut être contesté devant le tribunal d’instance dans le ressort duquel se trouve le siège de la commission d’organisation électorale, à charge pour le tribunal de se prononcer en dernier ressort dans un délai de dix jours (ibid., alinéas 4 à 6).

L’application de ces dispositions suscite une difficulté qui tient au délai ouvert pour la contestation du refus d’enregistrement d’une liste de candidats. Les dispositions de l’article R. 4031-31, alinéa 4, du code de la santé publique énoncent en effet que « ce refus peut être contesté dans les trois jours qui suivent sa notification au mandataire », sans préciser ni les modalités selon lesquelles la notification doit être opérée, ni s’il convient de retenir la date de l’envoi de la notification ou bien celle de sa réception pour déterminer l’expiration du délai de trois jours. C’est d’ailleurs à une telle difficulté que la deuxième chambre civile a été confrontée lors de l’examen, en décembre 2010, d’un pourvoi introduit à l’encontre d’un jugement déclarant irrecevable le recours formé plus de trois jours après l’envoi de la notification de la décision de refus de la commission d’organisation électorale.

Il importe de retenir en la matière une solution qui s’accorde aux exigences du contentieux électoral, a fortiori au contentieux de l’enregistrement des candidatures qui doit être apuré nécessairement avant l’ouverture des opérations électorales proprement dites. À titre de comparaison, les dispositions du code électoral n’ouvrent, s’agissant de l’élection des conseillers municipaux et des membres du conseil de Paris, à celui qui essuie un refus d’enregistrement de sa candidature par l’autorité préfectorale, qu’un délai de vingt-quatre heures pour saisir le tribunal administratif, sans que soient précisées, au reste, les modalités selon lesquelles le refus est porté à la connaissance de l’intéressé, ni le point de départ du délai de vingt-quatre heures (article L. 265, alinéa 7, du code électoral). C’est une règle de même nature qui s’applique, mutatis mutandis, au préfet lorsqu’il reçoit une candidature à la députation à l’Assemblée nationale qui ne remplit pas les conditions prévues par le code électoral (ibid., article L. 159).

C’est pourquoi le Rapport 2010 proposait de modifier les dispositions de l’article R. 4031-31 du code de la santé publique de manière à laisser au juge du fond le pouvoir d’apprécier, in concreto, le respect du délai imparti aux candidats pour contester le refus d’enregistrement de leur candidature, en remplaçant les dispositions de la deuxième phrase du quatrième alinéa par les dispositions suivantes :

« En cas de refus d’enregistrement, tout candidat de la liste intéressée peut dans les trois jours saisir le tribunal d’instance dans le ressort duquel se trouve le siège de la commission d’organisation électorale. »

Cette proposition n’a pas été suivie d’effet. La direction des affaires civiles et du sceau note que la Cour de cassation a réglé la difficulté par sa jurisprudence qui recueille son soutien.

Recouvrement des indus par les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole 26

Les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole sont appelés, en cas d’erreur ou de fraude, à recouvrer le montant des prestations qu’ils ont indûment versées à leurs assurés ou allocataires. Jusqu’à une période récente, la répétition de l’indu obéissait, pour l’essentiel, aux règles de droit commun fixées par le code civil, réserve faite de l’application des règles de prescription propres aux prestations sociales (en principe la prescription biennale) et de la faculté reconnue aux organismes de procéder, sous certaines conditions, à la remise gracieuse, en tout ou partie, du montant des sommes litigieuses.

Comme le relève l’étude contenue dans le Rapport 2010 consacrée au « Droit de savoir » (p. 205), le recouvrement des indus a donné lieu, depuis une quinzaine d’années, à la multiplication des dispositions législatives en la matière : qu’elles s’appliquent au recouvrement des prestations proprement dites (voir la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000, article 25) ou bien au recouvrement directement auprès des professionnels et établissements de santé des prestations indûment versées du chef du non-respect par ces derniers des règles en matière de facturation, de tarification et de prise en charge, ces dispositions ont eu pour objet, en particulier, d’assortir le recouvrement de l’indu de la mise en œuvre au préalable de mesures d’information du débiteur.

Si une telle évolution ne saurait être remise en cause, la multiplication des dispositions en la matière conduit à une complication certaine du recouvrement de l’indu, susceptible de relever, selon la prestation, l’événement à l’origine de l’indu ou encore le débiteur des sommes en cause, de procédures qui ne se distinguent que malaisément, quand bien même elles ne se chevauchent ou ne se cumulent. Ainsi, un professionnel de santé peut-il faire l’objet, en application de l’article L. 133-4 du code de la sécurité sociale, d’une procédure de recouvrement de l’indu soumise à un ensemble de formalités bien précises, alors même que la procédure s’inscrit, le cas échéant, dans le cadre d’un examen de son activité par le service du contrôle médical en application de l’article L. 315-1 dudit code, lequel donne lieu, de même, à l’application de règles de procédure de nature à garantir les droits de l’intéressé. On ajoutera que les procédures ad hoc édictées par le législateur au cours de la période récente ne font pas obstacle ipso facto à l’application, le cas échéant, des règles de droit commun en matière de recouvrement d’indu et de responsabilité civile.

Il apparaît utile, dans ces conditions, de procéder à une clarification des dispositions qui régissent le recouvrement de l’indu en matière de sécurité sociale. Une telle clarification devrait s’inscrire, en premier lieu, autour de deux principes directeurs, le premier tendant à la détermination du champ d’application respectif de chacune des procédures de recouvrement, le second à l’articulation des procédures de contrôle et des procédures de recouvrement de l’indu, s’agissant en particulier des règles qui garantissent l’information et le respect du contradictoire et des droits de la défense au bénéfice des usagers du service public. Des dispositions propres aux procédures complexes (tel le recouvrement par les organismes d’assurance maladie des indus auprès des professionnels et établissements de santé à la suite des contrôles opérés par les agences régionales de santé) devraient permettre l’appel en la cause, lors du contentieux de l’indu, de l’organisme qui a procédé au contrôle.

La direction des affaires civiles et du sceau indique que la direction de la sécurité sociale a fait des propositions de nature à permettre le recouvrement de certains indus ayant conduit à l’adoption de plusieurs mesures dans la loi n° 2010-1594 du 20 décembre 2010 de financement de la sécurité sociale pour 2011.

Communication du dossier médical pour les besoins d’une expertise judiciaire ordonnée dans un litige opposant un employeur à un organisme social sur le caractère professionnel d’une affection 27

Les caisses d’assurance maladie jouent un rôle pivot dans la prise en charge du risque professionnel. Les caisses primaires instruisent les demandes de prise en charge, puis assurent l’indemnisation des salariés victimes, et informent les caisses régionales des dépenses ainsi engagées, ces dernières prenant ensuite en compte ces informations pour le calcul du taux AT/MP (accidents du travail/maladies professionnelles) de l’employeur.

De même, la majoration de la rente, prévue en cas de faute inexcusable de l’employeur, en application de l’article L. 452-2 du code de la sécurité sociale, et les indemnités allouées, conformément à l’article L. 452-3 du même code, sont versées par les caisses primaires d’assurance maladie, qui les recouvrent ensuite auprès de l’employeur, par l’imposition d’une cotisation complémentaire, s’agissant de la majoration de la rente, et par le paiement effectif des sommes dues, s’agissant des indemnités allouées en réparation des différents préjudices.

La jurisprudence a tiré de ces dispositions le principe de « l’indépendance des rapports » caisse-employeur, caisse-salarié, et salarié-employeur, de sorte que la décision de prise en charge, ou attributive de rente, lie définitivement la caisse dans ses rapports avec les salariés, même si l’employeur en conteste par la suite le bien-fondé, ou simplement l’opposabilité à son encontre (Soc., 26 mars 1984, pourvoi n° 82-16.744, Bull. 1984, V, n° 120 ; Soc., 28 février 2002, pourvoi n° 99-17.201, Bull. 2002, V, n° 81 ; 2e Civ., 16 mars 2004, pourvoi n° 02-30.979 ; 2e Civ., 23 mai 2007, pourvoi n° 06-12.722 ; 2e Civ., 17 janvier 2008, pourvoi n° 07-11.885).

De même, le fait que le caractère professionnel de la maladie ne soit pas établi entre la caisse et l’employeur ne prive pas la victime du droit de faire reconnaître la faute inexcusable de son employeur, la juridiction étant en mesure après débat contradictoire de rechercher si la maladie a un caractère professionnel et si l’assuré a été exposé au risque dans des conditions constitutives d’une telle faute (Soc., 28 février 2002, précité ; 2e Civ., 16 mars 2004, précité ; 2e Civ., 17 janvier 2008, précité).

En revanche, dès lors que le caractère professionnel de l’affection n’est pas établi à l’égard de l’employeur du salarié victime, la caisse ne peut exercer à son encontre aucune action en remboursement des sommes avancées, et la décision de cet organisme social est sans influence sur son taux de cotisation AT/MP.

Dans les rapports l’opposant à l’employeur, la caisse primaire est tenue de rapporter la preuve du bien-fondé de ses décisions, qu’il s’agisse du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, ou du taux d’incapacité retenu pour l’attribution d’une rente.

Ces questions impliquent parfois l’appréciation d’éléments tenant à l’état de santé du salarié.

En particulier, démontrer le bien-fondé de la reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie implique de déterminer si le salarié est atteint de la maladie figurant dans le tableau de maladie professionnelle invoqué. De même, l’appréciation du caractère professionnel d’une rechute ou la décision d’attribuer une rente en raison de son invalidité sont fondées sur différents critères médicaux.

Une contestation de l’employeur peut toutefois générer des difficultés pour la caisse primaire qui, subrogée dans les droits du salarié auquel elle sert les prestations prévues par le livre IV du code de la sécurité sociale, a la charge de l’administration de la preuve (même si elle bénéficie des mêmes présomptions que le salarié victime). L’instance oppose en effet les services administratifs de la caisse à l’employeur, alors que celle-ci s’est fondée sur un avis émis par le médecin-conseil, qui est tenu au secret médical, et n’est pas appelé à l’instance.

Le salarié n’est pas non plus partie à l’instance, la décision de prise en charge, ou attributive de rente, étant définitive en ce qui le concerne. La caisse primaire peut se trouver alors dans l’impossibilité de démontrer le bien-fondé de sa décision.

Par deux arrêts du 19 février 2009, relatifs à la fixation du taux d’incapacité du salarié victime relevant du contentieux technique de la sécurité sociale organisé par les articles L. 143-1 et suivants du code de la sécurité sociale, la deuxième chambre civile a décidé que si la caisse n’avait pas fourni les pièces nécessaires à un réel débat contradictoire, sa décision n’était pas opposable à l’employeur, qui n’avait pu exercer de manière effective son droit à recours (2e Civ., 19 février 2009, pourvois n° 08-11.959 et n° 08-11.888, Bull. 2009, II, n° 62).

C’est pourquoi l’article 79 de la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital a modifié l’article L. 143-10 du code de la sécurité sociale en organisant, dans le cadre d’une expertise organisée par la juridiction du contentieux de l’incapacité, la communication du dossier médical au médecin expert et à celui désigné par l’employeur.

En revanche, aucun texte ne permet d’organiser une telle communication dans les litiges relevant du contentieux général de la sécurité sociale, c’est-à-dire lorsqu’une contestation oppose l’employeur et la caisse primaire d’assurance maladie quant au bien-fondé de la prise en charge au titre de la législation professionnelle d’un accident, d’une maladie ou d’une rechute.

Pour justifier leurs décisions, les services administratifs des caisses primaires ne disposent donc alors que des seuls documents figurant dans le dossier administratif du salarié victime, et non des informations complémentaires qui peuvent avoir été recueillies par le médecin-conseil. En particulier, s’agissant de l’avis du contrôle médical, qui les lie, elles ne disposent que d’un avis administratif qui ne comprend aucune précision médicale.

Il semble souhaitable qu’une possibilité de communication du dossier constitué par le médecin-conseil soit également prévue dans ce cas, lorsque la juridiction de droit commun de la sécurité sociale estime nécessaire d’organiser une expertise afin d’apprécier, au regard des critères médicaux, le bien-fondé de la décision prise par les services administratifs de la caisse.

Il a ainsi été proposé dans le Rapport 2010 d’insérer dans le code de la sécurité sociale, à la suite des articles L. 141-1 et suivants relatifs à l’expertise médicale technique, ou bien à la suite des articles L. 142-1 et suivants relatifs au contentieux général, un article ainsi rédigé :

« Lorsqu’une mesure d’expertise judiciaire est organisée à l’occasion d’une contestation opposant un employeur à un organisme social sur le caractère professionnel d’une affection ou d’une rechute, le praticien-conseil du contrôle médical du régime de sécurité sociale transmet, sans que puissent lui être opposées les dispositions de l’article 226-13 du code pénal, à l’attention du médecin expert désigné par la juridiction compétente, l’entier dossier médical constitué par ses soins, et ayant contribué à la décision de prise en charge [l’ayant amené à émettre un avis favorable à la décision de prise en charge]. À la demande de l’employeur, ce dossier est communiqué au médecin qu’il mandate à cet effet.

La victime de l’accident du travail ou de la maladie professionnelle est informée de cette communication.

Un décret en Conseil d’État détermine les conditions d’application du présent article. »

Cette mesure n’a pas été suivie d’effet. La direction des affaires civiles et du sceau a précisé que, bien que favorable à cette proposition, la direction de la sécurité sociale n’a pas trouvé de support législatif à ce jour.


1.Rapport 1990, p. 17 ; Rapport 1996, p. 21 ; Rapport 1997, p. 11 ; Rapport 2001, p. 17 ; Rapport 2002, p. 14 ; Rapport 2007, p. 9 ; Rapport 2008, p. 9 ; Rapport 2009, p. 9 ; Rapport 2010, p. 9.

2.Rapport 2004, p. 14 ; Rapport 2010, p. 10.

3.Rapport 2006, p. 13 ; Rapport 2010, p. 11.

4.Rapport 2007, p. 17 ; Rapport 2008, p. 12 ; Rapport 2009, p. 12 ; Rapport 2010, p. 11.

5.Rapport 2009, p. 15 ; Rapport 2010, p. 12.

6 .Rapport 2009, p. 15 ; Rapport 2010, p. 12.

7.Rapport 2009, p. 16 ; Rapport 2010, p. 12.

8.Rapport 2009, p. 16 ; Rapport 2010, p. 13.

9.Rapport 2009, p. 17 ; Rapport 2010, p. 13.

10.Rapport 2007, p. 14 ; Rapport 2008, p. 12 ; Rapport 2009, p. 11 ; Rapport 2010, p. 14.

11.Rapport 2008, p. 16 ; Rapport 2010, p. 14.

12.Rapport 2009, p. 17 ; Rapport 2010, p. 15.

13.Rapport 2009, p. 18 ; Rapport 2010, p. 15.

14.Rapport 2009, p. 18 ; Rapport 2010, p. 16.

15.Rapport 2008, p. 13 ; Rapport 2009, p. 12 ; Rapport 2010, p. 16.

16.Rapport 2008, p. 13 ; Rapport 2009, p. 15 ; Rapport 2010, p. 17.

17.Rapport 2008, p. 15 ; Rapport 2009, p. 13 ; Rapport 2010, p. 17.

18.Rapport 2008, p. 16 ; Rapport 2009, p. 13 ; Rapport 2010, p. 17.

19.Rapport 2009, p. 19 ; Rapport 2010, p. 18.

20.Rapport 2009, p. 19 ; Rapport 2010, p. 18.

21.Rapport 2010, p. 26.

22.Rapport 2009, p. 20 ; Rapport 2010, p. 18.

23.Rapport 2010, p. 19.

24.Rapport 2010, p. 19.

25.Rapport 2010, p. 22.

26.Rapport 2010, p. 23.

27.Rapport 2010, p. 24.