La dématérialisation de l’organisation du travail et des procédures : l’exemple de la Cour de cassation (septembre 2013)

 


 

 

Par Jean-Michel Sommer[1] et Michel Azoula[2]

 

 

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Jusqu’au début des années 2000, la Cour de cassation avait eu recours à l’informatique essentiellement à des fins d’aide à la gestion des procédures au service des greffes, pour les fonctions de recherche des dossiers, consultation des données, édition des courriers, dactylographie des décisions, statistiques, autant de thèmes traditionnels de l’informatique de gestion. Une première approche documentaire avait néanmoins déjà permis de créer une première base de jurisprudence au service des magistrats.


Au cours des dix dernières années, les méthodes de travail et le traitement des procédures ont été profondément transformés. L’architecture du système d’information et de communication a été complétée pour impliquer l’ensemble des utilisateurs. Si le développement de l’informatique de gestion et l’accès aux bases de données jurisprudentielles s’est poursuivi, la mise en place d’une communication électronique avec les partenaires de la juridiction, la dématérialisation des pièces de procédure et enfin la signature électronique des décisions en a constitué les principaux objectifs. Aujourd’hui, la procédure du pourvoi en cassation est dématérialisée, ce qui permet à la Cour de mieux remplir ses missions de régulation, de contrôle et d’édiction de normes, et d’améliorer la qualité du jugement des affaires au service des usagers.


Le premier des objectifs de la dématérialisation est l’amélioration des conditions de travail : supprimer ou réduire les manipulations de dossiers, faciliter l’accès au dossier en permettant une consultation simultanée par les utilisateurs, récupérer tout ou partie d’un texte, renforcer la sécurité de la gestion physique des dossiers, permettre le téléchargement et le classement des pièces, réaliser l’archivage centralisé du dossier dès sa création. La dématérialisation de l’organisation du travail a ainsi simplifié les tâches et réduit les délais de traitement, elle a donc bénéficié aussi bien aux utilisateurs qu’aux justiciables « I » - Le second objectif est l’optimisation du traitement des pourvois dans le respect des règles et des principes fondamentaux du déroulement du procès. Cet aspect a bien sûr une dimension fortement juridique et procédurale, la dématérialisation tendant à améliorer le service rendu par la création et la gestion électronique d’un dossier de procédure « II ». Une méthode préside enfin à la réalisation et au développement de ce projet de dématérialisation, dont les mots-clés sont progressivité et concertation, la réalisation est vivante et évolutive, elle s’appuie sur un dialogue constant avec les utilisateurs « III ».

 

 

I – La dématérialisation de l’organisation du travail

 

  • L’équipement informatique de la Cour : Comme la plupart des administrations, la Cour de cassation, bénéficiant des nouvelles technologies, s’est dotée de moyens informatiques modernes. Les services du greffe, les bureaux, les salles de travail et de lecture des deux bibliothèques ainsi que les salles d’audience bénéficient d’un équipement informatique adapté. Dans chacune des salles d’audience, un poste de travail individuel connecté au réseau de la Cour a été installé à l’emplacement de chaque magistrat.


  • La dotation et la formation des magistrats  : Les magistrats nouvellement affectés à la Cour, au siège comme au parquet général, sont dotés d’un ordinateur portable et/ou d’un poste fixe relié au réseau lorsqu’ils disposent d’un bureau à la Cour. Les connexions sont sécurisées pour l’accès en réseau ou par Internet depuis le domicile des magistrats. A cet effet, des droits d’accès sont concédés en considération des fonctions exercées. La charte des utilisateurs du réseau privé virtuel et de la sécurité informatique à la Cour, élaborée en cohérence avec la charte établie par le secrétariat général du ministère de la Justice, est remise à chacun pour lui permettre de tirer le meilleur parti des matériels et services fournis et de prendre conscience des enjeux de sécurité. Lors de leur prise de fonctions, une formation à l’utilisation des outils informatiques documentaires et de recherche juridique ainsi qu’à l’utilisation des bureaux virtuels et des formulaires est dispensée aux nouveaux arrivants.


  • Le « bureau virtuel » : il s’agit ici d’une réalisation majeure de la Cour. Accessible par un simple navigateur sur le poste des magistrats, ce bureau permet un accès personnalisé et sécurisé aux données dématérialisées d’un dossier. Placé sur l’Intranet de la Cour de cassation, ce bureau renseigne le conseiller sur l’en cours des dossiers qui lui ont été distribués, sur les audiences passées sur une période de quatre mois en arrière et sur les audiences à venir. Le magistrat peut ainsi, en accédant aux données et documents, préparer son audience dans toutes les affaires fixées. Il peut consulter les rapports ainsi que, s’il appartient à la formation de jugement concernée, les avis des rapporteurs et les projets d’arrêts que ceux-ci ont rédigés, ces deux derniers types de documents étant soumis au secret du délibéré.


  • Des profils particuliers du bureau virtuel : Des profils ont été développés pour tenir compte des différentes fonctions occupées par les magistrats. Ainsi les auditeurs affectés au service de documentation, des études et du rapport, les avocats généraux et les présidents des chambres disposent de droits d’accès limités ou étendus, en considération de leur rôle dans le déroulement du procès ou à la Cour ou encore de leurs responsabilités administratives.


  • La ressource documentaire : De nombreux accès sont disponibles, à partir du bureau virtuel. Ainsi les magistrats peuvent consulter le catalogue de la bibliothèque, accéder aux données de la plupart des éditeurs privés, ainsi qu’à des veilles juridiques et jurisprudentielles réalisées par le service de documentation, des études et du rapport, en droit interne comme en droit européen. Un espace dédié à la question prioritaire de constitutionnalité a aussi été créé. Des liens avec les bases de données du Conseil constitutionnel, du Conseil d’Etat, du Tribunal des Conflits ou des juridictions européennes ont été posés pour faciliter le travail de recherche.


  • Les bases de données produites par la Cour : Le service de documentation, des études et du rapport gère deux bases de données de jurisprudence, les bases Jurinet et Jurica. La première contient l’intégralité des arrêts de la Cour depuis 1990, les arrêts publiés depuis 1960 et une sélection de grands arrêts antérieurs. Cette base, d’utilisation quotidienne à la Cour mais aussi dans les juridictions du fond, est enrichie de liens vers les rapports des rapporteurs et les avis des avocats généraux. Ces rapports et avis sont depuis peu disponibles dans toutes les affaires jugées. Des liens existent aussi vers les commentaires et notices publiées au bulletin d’information de la Cour de cassation (BICC) ou au rapport annuel. La seconde base réunit l’ensemble des arrêts des cours d’appel en matière civile, soit environ 200 000 décisions par an. L’exploration de la jurisprudence des cours d’appel tend à se développer au sein des chambres de la Cour de cassation, elle est également le support d’études. La base Jurica rend possible la recherche de divergences de jurisprudence ou de questions de principe nouvelles qui peuvent conduire à la saisine des formations solennelles de la Cour, chambres mixtes ou assemblées plénières.


  • L’e.book « Droit et pratique de la Cassation en matière civile » : Un groupe de travail constitué au sein de la Cour, vient d’achever l’actualisation d’un ouvrage consacré à la technique du pourvoi en cassation, publié aux éditions LexisNexis. Un e.book de cet ouvrage, comportant des liens internes, a été réalisé par l’éditeur. Il vient d’être installé sur le bureau virtuel de chacun des magistrats ayant une activité en matière civile, commerciale ou sociale. De son côté, la Cour a posé des liens permettant d’accéder, dans sa base de données Jurinet, aux arrêts cités. 

 

 

II- La dématérialisation du traitement des procédures civiles

 

  • Un dossier partagé : L’enregistrement des dossiers de procédure autorise non seulement l’accomplissement par chacun de ses tâches, mais il favorise aussi le partage des données au sein d’un véritable dossier de procédure virtuel dématérialisé pour chaque affaire. Depuis la déclaration du pourvoi jusqu’au jugement de l’affaire, le dossier et les documents qui le composent sont mis à la disposition de celui qui l’instruit ou qui le juge. A la faveur des textes qui, depuis la loi du 13 mars 2000 relative à l’adaptation du droit de la preuve aux technologies de l’information et à la signature électronique, puis le décret du 28 décembre 2005 qui a institué dans le code de procédure civile un titre XXI consacré à la communication par voie électronique, ont accompagné l’utilisation des nouvelles technologies dans le droit processuel, la Cour de cassation a conclu, le 21 décembre 2007 une convention avec l’ordre des avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation ayant pour objet la consultation et le téléchargement de dossiers informatiques par les avocats et la transmission par eux des déclarations de pourvoi, des mémoires et de leurs productions de pièces associées. La convention rappelle que la mise en œuvre de l’informatisation tend à une meilleure connaissance du suivi des affaires, ainsi qu’à la réduction des délais. Le système permet un allègement des temps de saisie, une plus grande transparence de l’information et une meilleure gestion des affaires au service des justiciables.


  • L’enregistrement du pourvoi  : Dans les procédures avec représentation obligatoire, correspondant à la quasi-totalité des pourvois formés en matière civile, commerciale et sociale, la déclaration de pourvoi est transmise au greffe par voie électronique, chaque avocat disposant d’un certificat d’authentification de signature électronique, par le truchement d’une société tiers de confiance certificateur. Les pourvois, les mémoires des avocats et les pièces sont réceptionnés et traités par le greffe des pourvois et, pour quelques procédures particulières, par la première présidence. Ce sont ainsi environ 850 documents qui sont reçus quotidiennement par le greffe. Un dossier virtuel de la procédure est automatiquement créé par une application baptisée « Nomos ». Au stade de la déclaration de pourvoi, plusieurs vérifications sont effectuées, comme l’existence d’une éventuelle demande d’aide juridictionnelle ou le contrôle du paiement du timbre dématérialisé dont l’acquittement est aujourd’hui exigé. Une cote papier du dossier est encore éditée à ce jour par le greffe, qui laisse ainsi une trace matérielle du dossier. Destinée à accueillir une copie du pourvoi, de la décision attaquée et la reproduction des griefs du pourvoi, cette cote devrait être appelée à disparaître.


  • L’orientation de l’affaire : Après le dépôt du mémoire en demande, transmis lui aussi par voie dématérialisée par l’avocat constitué, le service de documentation, des études et du rapport, qui est physiquement installé dans d’autres locaux, oriente chaque semaine, toujours par voie électronique, les pourvois vers les chambres compétentes, sans transfert de dossier papier. L’orientation est faite en considération de la nature de l’affaire et des attributions des chambres. Des rapprochements intellectuels peuvent être effectués à cette occasion par le service en consultant l’application « Nomos ». 


  • La distribution de l’affaire : Après dépôt du mémoire en défense et réception du dossier par la chambre, l’affaire est distribuée à un conseiller ou à un conseiller référendaire spécialisé chargé du rapport. La distribution est faite par le président de la chambre ou un magistrat qu’il délègue à cet effet, souvent un conseiller référendaire. La distribution des affaires au sein des chambres donne lieu à une « rematérialisation » très partielle du dossier : sont généralement versés dans la cote papier une copie de la décision attaquée et des moyens de cassation proposés par l’avocat du demandeur.


  • Les travaux du rapporteur : le rapporteur télécharge les données de la procédure qui lui a été confiée à partir de son bureau virtuel. Il peut aussi accéder à l’historique du dossier, qui retrace tous les événements intervenus, ainsi qu’à l’inventaire numérique de tous les actes de la procédure et des productions des parties, consultables au format PDF. Le rapporteur peut de la sorte reprendre et copier par exemple les moyens du demandeur car ceux-ci ne peuvent, dans la procédure de cassation, être altérés ou résumés. Le rapporteur rédige ses travaux, consistant en un rapport, un avis personnel donné à la chambre et un ou plusieurs projets d’arrêts, qu’il adresse par courriel au greffe des arrêts. Ces travaux sont ainsi conservés sur le serveur de la Cour pour les besoins de la suite de la procédure.


  • L’intervention de l’avocat général  : De son côté, l’avocat général prépare, à l’aide de son propre bureau virtuel, l’avis qu’il donnera à la chambre. Cet avis est mis en ligne et peut-être consulté par les conseillers siégeant dans la chambre et par les avocats avant l’audience. Le plus souvent, l’avocat général rédige son avis après le dépôt et au vu du rapport, mais rien ne lui interdit de travailler « en aveugle », dès la distribution de l’affaire à la chambre et dès sa désignation, concomitamment avec le rapporteur.


  • L’audience et le jugement du pourvoi  : Au moment du dépôt du rapport, le pourvoi est orienté par le rapporteur vers une formation restreinte ou solennelle de la chambre, en fonction de la difficulté ou de l’intérêt de l’affaire, cette orientation pouvant être reconsidérée ultérieurement. Le président et le doyen de la chambre, dans les affaires ordinaires, préparent l’audience au cours de ce qu’il est convenu d’appeler la conférence, et adressent aux rapporteurs leurs observations par voie électronique. A l’audience, le rapporteur apporte les modifications au projet pour tenir compte du délibéré puis l’enregistre, avec l’accord du président. Le projet ainsi adopté à l’audience est à la disposition du service du greffe des arrêts qui le met en forme définitive avant signature par le rapporteur, le président et le greffier.


  • La signature électronique des décisions : la dématérialisation sera complète lorsque les arrêts seront signés par l’apposition d’une signature électronique. Cette ultime étape, qui dépend en partie de projets plus vastes engagés par le secrétariat général du ministère de la Justice et l’Union européenne, est en cours d’expérimentation. Des tests sont réalisés et la Cour a bon espoir que cette dernière entreprise, qui présente des difficultés techniques et juridiques, puisse aboutir au cours de l’année 2013. 

 

 

III – Progressivité et concertation : un dialogue permanent avec les utilisateurs 

 

  • Dialogue interne : Le projet d’informatisation de la Cour de cassation et de dématérialisation des procédures est vivant. Il appelle régulièrement des améliorations ou des modifications. Le premier président a chargé un groupe de travail permanent, qui se réunit chaque trimestre, de suivre les réalisations, les évolutions et de formuler des propositions. Animé par un président de chambre et composé de représentants de chacune des chambres de la Cour, du parquet général et des chefs de service du greffe, ce groupe entretient un dialogue constant avec les maîtres d’œuvre du projet et est à l’origine de nombreuses évolutions, notamment du bureau virtuel. Les comptes-rendus de ces réunions sont mis à la disposition de tous les membres de la Cour sur son site Intranet

Le dialogue interne s’étend aussi aux juridictions du fond. Les échanges prennent la forme d’une transmission des arrêts des cours d’appel afin d’alimenter la base Jurica. En sens inverse, la Cour met en ligne des outils accessibles via l’Intranet de la Cour, permettant aux juridictions de consulter la base Jurica et d’accéder ainsi à leur propre jurisprudence. En outre, des fiches méthodologiques thématiques sont proposées aux cours et tribunaux, les listes des experts judiciaires figurent sur le site, de même qu’un espace dédié à la question prioritaire de constitutionnalité (QPC). Enfin, les juridictions accèdent par l’Intranet à la base de jurisprudence Jurinet de la Cour à partir de laquelle peuvent désormais être consultés tous les rapports et avis des avocats généraux, dans les affaires ayant donné lieu à des arrêts publiés ou simplement diffusés. Ce sont là des outils précieux de compréhension de la jurisprudence de la Cour et d’aide à la décision.

 

  • Dialogue externe  : Des réunions périodiques sont aussi organisées avec l’ordre des avocats et les représentants de la Cour. Ces rencontres donnent lieu à des comptes-rendus diffusés au sein de la Cour et sur le portail des avocats aux Conseils. Y sont vérifiés la bonne transmission des actes et le respect des règles mises en place. Sont aussi examinées, par exemple, les questions liées à la sécurité informatique, au traitement des séries de pourvoi ainsi que les évolutions souhaitables et les réalisations nouvelles. Des réunions de formation et d’information des cabinets et des membres de la Cour ont par ailleurs été institutionnalisées.

Les justiciables eux-mêmes disposent enfin de la possibilité d’être informés de l’état d’avancement de leur dossier par un accès sécurisé sur le site Internet de la Cour de cassation. Une charte du justiciable a d’ailleurs été élaborée et est présentée sur le site.

 

 

Quelques chiffres

 

Le nombre d’affaires civiles enregistrées chaque année était d’environ 22 000 au début des années 2000, il a légèrement diminué au cours des dix dernières années, en raison notamment de la généralisation de la représentation obligatoire, et se situe en 2011 autour de 21 000 affaires enregistrées.

 

Le nombre de magistrats des chambres civiles qui traitent ces dossiers est aujourd’hui de 160 magistrats du siège et 40 magistrats du parquet.

 

Le stock des affaires civiles qui était constitué d’environ 35 000 affaires en cours en 2001 a été progressivement réduit pour s’établir à environ 20 000 affaires en cours en 2011.

 

Le greffe comprend pour traiter les affaires civiles, hors les services du bureau d’aide juridictionnelle et de délivrance des certificats de non-pourvoi, environ 60 fonctionnaires.

 

La durée moyenne de traitement d’un pourvoi a elle aussi été considérablement réduite, puisqu’il fallait en moyenne près de 24 mois pour rendre un arrêt sur un pourvoi civil en 2002, alors qu’il n’en faut plus qu’environ 14 en 2011.

 

Les moyens informatiques humains se composent enfin d’une équipe d’étude et développement de 3 personnes, ayant recours à un marché de TMA (Tierce Maintenance Applicative) pour la sous-traitance essentiellement de la maintenance corrective et évolutive des applications du greffe (qui représente à peu près une personne temps plein), et une équipe de 7 personnes qui assurent au quotidien la gestion informatique de la Cour (gestion du parc informatique, de l’exploitation des serveurs, de la formation, de l’assistance de premier niveau) pour l’ensemble des équipements et des personnels.

 

En conclusion, sur le plan méthodologique, la dématérialisation des dossiers à la Cour de cassation n’a pas été traitée comme un projet informatique « lourd » avec un cahier des charges initial complet et devant respecter un planning de développement établi, mais ses objectifs ont été progressivement définis dans le cadre d’une concertation permanente des utilisateurs, et sa mise en œuvre s’est faite au fil des évolutions successives de l’informatique de gestion initiale. A ce jour, les bénéfices retirés par la dématérialisation sont importants. Ils peuvent être mesurés par chacun, magistrats, avocats, usagers, en termes de simplification des tâches et de rapidité de traitement des affaires, en parfaite transparence et dans le respect des règles de la procédure. Les principes de contradiction et de publicité s’en trouvent même renforcés. S’il reste encore beaucoup à faire, la réalisation est unique et sans doute exemplaire. ■


La dématérialisation des dossiers à la Cour de cassation a consisté, comme le montre le schéma ci-dessus, à compléter le système d’information civil de la Cour de cassation avec les documents de la procédure, alors qu’il ne comprenait auparavant que les données de procédure.

 

La quasi totalité des affaires civiles relevant de la représentation obligatoire, l’alimentation du système d’information est d’abord assurée par les avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation. Ils transmettent en ligne à partir de leur cabinet, à l’aide d’une liaison internet sécurisée par un tiers certificateur, d’une part, les fichiers de déclaration de pourvoi, au format texte délimité avec signature électronique, destinés à créer le pourvoi dans la base de données de la Cour, et d’autre part, dans les délais requis, les mémoires en demande contenant leurs moyens de cassation et les mémoires en défense, au format PDF signés électroniquement. Ces transmissions sont accompagnées de productions, comme les décisions attaquées ou les actes de signification, dont certaines essentielles à la constitution du dossier de cassation sont obligatoires, sous forme de documents numérisés au format PDF par le cabinet. En retour, l’avocat peut consulter en temps réel les affaires (procédure et documents) dans lesquelles il est constitué, consulter les événements de procédure de ces affaires, voire télécharger les données de ces affaires.

 

La seconde source d’alimentation du système d’information est interne. Outre le contrôle de tout ce qui est transmis et la saisie de certaines informations par le greffe, ce sont principalement les magistrats, désignés pour traiter les dossiers au sein des chambres, qui alimentent ensuite le dossier électronique. Le conseiller rapporteur transmet un rapport au format traitement de texte qui est intégré dans le dossier dématérialisé au format PDF ; l’avocat général rédige et transmet un avis également intégré dans les mêmes formes. L’avis du rapporteur et le projet d’arrêt, qui sont des documents couverts par le secret du délibéré, ne sont pas intégrés dans le dossier électronique, mais consultables en traitement de texte uniquement par les conseillers de la chambre. L’arrêt adopté à l’audience, après signature et validation par le greffe, est enfin mis en ligne dans le dossier électronique le jour de son prononcé à 14 heures.

 

Dans quelques cas particuliers, où il est nécessaire de consulter des pièces du dossier de fond, la Cour fait venir ces pièces sous forme papier.

 

Enfin, les justiciables ont la possibilité, par un accès internet au site de la Cour de cassation, de consulter en ligne un résumé du déroulement de la procédure qui les concerne.

 

 

 

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[1] Conseiller référendaire, chargé de mission du premier président de la Cour de cassation

[2] Chef de projet informatique à la Cour de cassation

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