Arrêt n° 6 du 4 janvier 2017 (15-26.827) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2017:C100006

Rejet


Demandeur(s) : M. Philippe X...

Défendeur(s) : les époux Y...


Sur le moyen unique :

 

 Attendu, selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 10 septembre 2015) que, par acte du 1er juin 1984, Joséphin X… et Antoinette Z…, son épouse, ont consenti à leurs deux enfants, Philippe et Muriel, une donation à titre de partage anticipé de divers biens immobiliers ; qu’ils sont respectivement décédés en 1988 et 2007 ; que Muriel X… est décédée en 2011, laissant pour héritiers M. Y…, son époux, et leur fille Manon ; que M. X… a sollicité le rapport à la succession de sa mère de la valeur de la jouissance gratuite par sa soeur de l’un des biens donnés dont les donateurs s’étaient réservés l’usufruit ;

 

 Attendu que M. X… fait grief à l’arrêt de rejeter ses demandes, alors, selon le moyen :

 

 1°/ que seule une libéralité est rapportable à la succession ; qu’en conséquence, le rapport de la jouissance gratuite d’un logement est subordonné à l’existence d’un appauvrissement du disposant dans l’intention de gratifier son héritier ; qu’en infirmant la décision rendue en première instance selon laquelle le rapport était dû et en rejetant la demande de rapport formée par M. X… en s’abstenant de toute recherche quant à l’appauvrissement et l’intention libérale du disposant, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision au regard des articles 843 et 851 du code civil ;

 

 2°/ que M. X… soutenait dans ses conclusions que l’appauvrissement et l’intention libérale du disposant étaient établis, de sorte que le rapport de la jouissance gratuite du logement était dû ; qu’en laissant sans réponse ce moyen, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;

 

 3°/ que le juge a le devoir d’interpréter l’acte ambigu en recherchant quelle a été la commune intention des parties ; que la renonciation de l’usufruitier à son droit de jouissance n’est certes soumise à aucune forme à la condition que sa volonté soit certaine et non équivoque ; que l’acte du 1er juin 1984 contient une donation de la nue-propriété de plusieurs biens avec réserve d’usufruit au bénéfice des donateurs sur tous les biens donnés tout en faisant mention de l’occupation par l’un des donataires d’un des immeubles donnés en nue-propriété ; qu’en se contentant d’affirmer que « c’est en considération de l’occupation par Mme Muriel X… de l’un des appartements objets de la donation qu’a été apprécié le caractère égalitaire du partage, comme en atteste la mention expresse de cette occupation à l’acte du 1er juin 1984 », sans rechercher quelle était la commune intention des parties et sans s’assurer de la volonté certaine des donateurs de renoncer à la jouissance dudit bien, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision au regard des articles 1134 et 578 et 621 du code civil ;

 

 4°/ que les biens qui font l’objet d’une donation-partage ne sont pas soumis au rapport et la question des modalités de ce dernier ne se pose que lorsque le rapport est dû ; qu’en jugeant d’une part qu’il était fait mention de l’occupation dans l’acte de donation-partage, de sorte qu’il pouvait être conclu que le rapport de celle-ci n’était pas dû, tout en exposant les règles de détermination de la valeur du rapport d’autre part et en relevant que M. X… ne produisait aucun calcul pour démontrer qu’il y avait lieu à indemnité de rapport à intégrer dans la masse partageable de troisième part, la cour d’appel a statué sans qu’il soit possible de savoir si la demande de rapport a été rejetée parce que celui-ci n’était pas dû ou parce que M. X… avait failli dans l’évaluation de celui-ci ; qu’elle a ainsi privé sa décision de base légale au regard des articles 843, 851, 860 et 1076 du code civil ;

 

 5°/ qu’il ne peut être tiré de la valeur du rapport une quelconque conséquence sur l’existence de celui-ci ; que pour débouter M. X… de sa demande de rapport, la cour d’appel a relevé « qu’en tout état de cause, en cas de donation en nue-propriété avec réserve d’usufruit au profit du donateur, la valeur à prendre en compte est celle de la pleine propriété du bien », pour en déduire « qu’en conséquence, s’agissant de la valorisation de l’avantage invoqué, le fait que Mme Muriel X… ait en définitive joui du bien comme si elle en avait la pleine propriété n’a pas nécessairement d’incidence sur l’égalité du partage » ; qu’en statuant de la sorte, en constatant que les modalités du rapport en valeur permettent de parvenir à l’égalité successorale lorsque le rapport est dû pour décider qu’en l’espèce le rapport ne serait pas dû puisque la jouissance du bien par Muriel X… n’a pas nécessairement d’incidence sur l’égalité du partage, la valeur du rapport à prendre en compte étant celle de la pleine propriété du bien, la cour d’appel a statué par des motifs inopérants et privé sa décision de base légale au regard des articles 843, 851 et 860 du code civil ;

 

 6°/ que le rapport est dû de la valeur du bien donné à l’époque du partage, d’après son état à l’époque de la donation ; si le bien a été aliéné avant le partage, on tient compte de la valeur qu’il avait à l’époque de l’aliénation ; qu’en jugeant que « conformément à l’article 860 du code civil, la valeur s’apprécie au jour du partage et il est par ailleurs relevé qu’au cas d’espèce, des biens ont été vendus en 1996 sans remploi du prix, ce qui conduit à une valorisation qui doit tenir compte du prix de vente ; que M. X… ne produit aucun calcul intégrant ces éléments pour démontrer qu’il y a lieu à indemnité de rapport à intégrer dans la masse partageable pour être ensuite allotie en moins prenant à la part de Mme Muriel X… » et ainsi débouter M. X… de l’ensemble de ses demandes, sans relever si parmi les biens objets de l’aliénation figurait celui qui était occupé par Muriel X… et qui justifierait que la valeur à l’époque de l’aliénation dudit bien soit prise en compte dans le calcul du rapport, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 860 du code civil ;

 

 Mais attendu que les juges du fond n’ayant pas été saisis d’une demande tendant à la liquidation et au partage de la succession d’Antoinette Z…, les demandes de M. X… ne pouvaient qu’être écartées ; que le moyen est inopérant ;

 

 Vu l’avis délivré aux parties en application de l’article 1015 du code de procédure civile ;

 

 PAR CES MOTIFS :

 

 REJETTE le pourvoi ;

 


Président : Mme Batut

Rapporteur : M. Ryenis, conseiller

Avocat(s) : SCP Odent et Poulet ; SCP Gadiou et Chevallier