Arrêt n° 2048 du 13 septembre 2017 (15-24.397) - Cour de cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2017:SO02048

Travail règlementation, durée du travail

Cassation

Sommaire :
Aucune modification de son contrat de travail, aucun changement de ses conditions de travail ne pouvant être imposé à un représentant du personnel, il incombe à l’employeur, en cas de refus du salarié d’accepter la modification ou le changement litigieux, d’obtenir l’autorisation de l’inspecteur du travail de rompre le contrat de travail.
Une cour d’appel ayant constaté qu’un salarié, qui avait refusé la proposition de modification de son contrat de travail à la suite de la nullité de sa convention de forfait en heures, était salarié protégé, aurait dû déduire de ce refus l’obligation pour l’employeur, soit de maintenir le montant de la rémunération, soit de saisir l’inspecteur du travail d’une demande d’autorisation administrative de licenciement.


Demandeur(s) : M. Daniel X...

Défendeur(s) : la société Aldi marché, société à responsabilité limitée


Sur le moyen relevé d’office, après avis donné aux parties en application des dispositions de l’article 1015 du code de procédure civile :

 Vu les articles L. 2411-1, L. 2411-3 et L. 2411-8 du code du travail ;

 Attendu qu’aucune modification de son contrat de travail, aucun changement de ses conditions de travail ne peut être imposé à un représentant du personnel ; qu’il incombe à l’employeur, en cas de refus du salarié d’accepter la modification ou le changement litigieux, d’obtenir l’autorisation de l’inspecteur du travail de rompre le contrat de travail ;

 Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. X… a été engagé par la société Aldi marché et exerçait, en dernier lieu, les fonctions de responsable de magasin, statut cadre ; que le salarié était délégué syndical et représentant syndical au comité d’entreprise ; que les parties ont, en application des dispositions de l’article 5.7.3 de la convention collective nationale du commerce de gros et de détail à prédominance alimentaire du 12 juillet 2001, conclu une convention individuelle de forfait annuel de mille neuf cent-vingt heures correspondant à un temps de travail effectif hebdomadaire moyen de quarante-deux heures augmenté de 5 % de temps de pause rémunéré ; que des conventions individuelles de forfait en heures ayant, dans le cadre de contentieux opposant la société Aldi marché à d’autres salariés occupant également les fonctions de responsable de magasin, été déclarées nulles faute pour les intéressés de disposer d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps, l’employeur a informé M. X… par lettre du 30 avril 2012 de ce qu’à compter du mois de juin suivant, il décompterait son temps de travail sur la base de trente-cinq heures hebdomadaires au taux horaire prévu par la convention ; qu’estimant que l’employeur lui avait imposé une baisse de son volume horaire hebdomadaire et de sa rémunération, le salarié a saisi la juridiction prud’homale ;

 Attendu que pour débouter le salarié de ses demandes de rappel de salaires, l’arrêt, après avoir relevé que ce salarié bénéficiait d’une rémunération sur la base d’un horaire moyen de quarante-deux heures effectives, augmentées des temps de pause, pour un montant de 3 064 euros en mai 2012, retient, d’abord que plusieurs décisions, certes affectées de l’autorité relative de la chose jugée, ayant remis en cause la validité de l’article 8.3 de l’avenant n° 80 du 14 janvier 2000 à la convention collective nationale du commerce à prédominance alimentaire, l’employeur était fondé à proposer une modification du contrat de travail, ensuite que le salarié n’ayant pas opté pour l’une des formules proposées, l’employeur a fait application du régime de droit commun soit un horaire de trente-cinq heures hebdomadaires et le paiement d’heures supplémentaires, et que ce salarié ne peut prétendre se voir appliquer une diminution de l’horaire de travail de sept heures et refuser l’autre aspect, soit la diminution corrélative de la rémunération, cette baisse de la rémunération s’imposant au regard de l’égalité entre salariés ;

 Qu’en statuant ainsi, alors qu’ayant constaté que M. X…, qui avait refusé la proposition de modification de son contrat de travail, était salarié protégé, la cour d’appel, qui devait déduire de ce refus l’obligation pour l’employeur, soit de maintenir le montant de la rémunération, soit de saisir l’inspecteur du travail d’une demande d’autorisation administrative de licenciement, a violé les textes susvisés ;

 PAR CES MOTIFS :

 CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 30 juin 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Nîmes ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Montpellier ;


Président : M. Frouin

Rapporteur : Mme Ducloz, conseiller référendaire

Avocat général : M. Liffran

Avocat(s) : SCP Waquet, Farge et Hazan ; SCP Gatineau et Fattacini