Arrêt n°913 du 3 décembre 2020 (19-19.670) - Cour de cassation - Troisième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C300913

Bail (règles générales)

Cassation

Sommaire

Le contrat de séjour au sens de l’article L. 311-4 du code de l’action sociale et des familles est exclusif de la qualification de contrat de louage de choses.
Il en résulte que la présomption de responsabilité du locataire en cas d’incendie, prévue par l’article 1733 du code civil, n’est pas applicable.


Demandeur(s) : Société Pacifica
Défendeur(s) : Association de résidences foyers


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Reims, 30 avril 2019), le 14 juin 2007, l’association de résidences foyers (l’Arfo), qui gère des logements pour les personnes retraitées, a conclu avec A... X... un contrat de séjour portant sur la mise à disposition d’un appartement et de services annexes.

2. Le 9 juillet 2011, un incendie, survenu dans ce logement, s’est propagé à d’autres appartements et aux parties communes de l’immeuble et a causé le décès de A... X....

3. Soutenant que l’occupante des lieux était responsable du sinistre sur le fondement de l’article 1733 du code civil, l’Arfo a assigné l’assureur de celle-ci, la société Pacifica, en indemnisation de son préjudice.

Examen du moyen

Sur le moyen unique, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

4. La société Pacifica fait grief à l’arrêt d’accueillir la demande, alors « que le contrat de séjour par lequel une maison de retraite s’oblige à héberger une personne âgée et à fournir des prestations hôtelières, sociales et médicales n’est pas soumis aux règles du code civil relatives au louage de choses ; qu’en décidant que le contrat de séjour conclu entre Mme A... X... et l’Association de Résidences Foyers était un contrat de louage d’immeuble et en appliquant par suite la présomption de responsabilité établie par l’article 1733 du code civil, la cour d’appel a violé ce texte par fausse application et l’article 1709 du code civil. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 1709 du code civil :

5. Aux termes de ce texte, le louage des choses est un contrat par lequel l’une des parties s’oblige à faire jouir l’autre d’une chose pendant un certain temps, et moyennant un certain prix que celle-ci s’oblige de lui payer.

6. Pour condamner la société Pacifica à réparer le dommage, l’arrêt retient que le contrat a pour objet principal de mettre à la disposition de l’occupante un logement et une cave à titre exclusif en contrepartie d’une redevance couvrant le loyer et les charges de chauffage, d’eau et d’électricité et que les prestations complémentaires portant sur le service des repas, le dispositif d’alarme et les animations sont facultatives et ne présentent qu’un caractère accessoire, de sorte que ce contrat de séjour est assimilable à un bail et que l’occupant des lieux est présumé responsable de l’incendie par application de l’article 1733 du code civil.

7. En statuant ainsi, alors que le contrat de séjour au sens de l’article L. 311-4 du code de l’action sociale et des familles est exclusif de la qualification de contrat de louage de chose, la cour d’appel a violé, par fausse application, le texte susvisé.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur l’autre grief, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 30 avril 2019 par la cour d’appel de Reims ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Caen ;


Président : M. Chauvin
Rapporteur : M. Parneix
Avocat général : Mme Morel-Coujard
Avocat(s) : SCP Rousseau et Tapie - SCP Claire Leduc et Solange Vigand