Article L. 324-2-1 du code du tourisme

  • Question

L’article L. 324-2-1 du code du tourisme applicable au litige, en ce qu’il met à la charge des exploitants de plate formes électroniques les diligences suivantes :

  • informer le loueur des obligations de déclaration ou d’autorisation préalables ;
  • recueillir une déclaration sur l’honneur attestant du respect de ces obligations, indiquant si le logement constitue ou non sa résidence principale ;
  • faire apparaître le numéro de déclaration du logement, obtenu en application du il de l’article L. 324-1-1 dudit code ;
  • veiller à ce que le logement proposé à la location ou à la sous-location ne soit pas loué plus de cent vingt jours par an ;
  • informer, à sa demande, annuellement, la commune du logement loué. Au-delà de cent vingt jours de location ;

Est-il compatible avec le principe constitutionnel d’égalité devant les charges publiques consacré par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ?

  • Saisine

Du 06/11/2018, W 18-40.042- Tribunal de grande instance de Paris, 30 octobre 2018

  • Décision de la Cour de cassation

Arrêt n°153 du 31 janvier 2019 (18-40.042) - Cour de cassation - Troisième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C300153

Demandeur (s) : Société Windu Gmbh
Défendeur (s) : Ville de Paris représentée par son maire en exercice


Attendu que la Ville de Paris a assigné en référé la société Windu Gmbh aux fins de voir ordonner la mention, sur plusieurs annonces publiées sur sa plateforme numérique, du numéro d’enregistrement de déclaration préalable auprès de la commune exigée pour la location de courte durée à une clientèle de passage et, à défaut, leur suppression, et l’interdiction de publier des annonces sur la Ville de Paris qui ne mentionnent pas un numéro d’enregistrement ; que le tribunal de grande instance de Paris a transmis une question prioritaire de constitutionnalité ainsi rédigée :

« L’article L. 324-2-1 du code du tourisme en ce qu’il met à la charge des exploitants de plateformes électroniques les diligences suivantes :

  • informer le loueur des obligations de déclaration ou d’autorisation préalables ;
  • recueillir une déclaration sur l’honneur attestant du respect de ces obligations, indiquant si le logement constitue ou non sa résidence principale ;
  • faire apparaître le numéro de déclaration du logement, obtenu en application du II de l’article L. 324-1-1 dudit code ;
  • veiller à ce que le logement proposé à la location ou à la sous-location ne soit pas loué plus de cent vingt jours par an ;
  • informer, à sa demande, annuellement, la commune du logement loué au-delà de cent vingt jours de location ;

Est-il compatible avec le principe constitutionnel d’égalité devant les charges publiques consacré par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ?  » ;


Que, toutefois, la question posée par la société Windu Gmbh dans son mémoire distinct était ainsi rédigée :

« L’article L. 324-2-1 du code du tourisme, qui édicte une obligation de surveillance à la charge des exploitants de plateformes électroniques et qui impose à ces dernières d’assumer une succession d’obligations destinées à faire échec à la diffusion d’annonces illicites, sans même leur offrir une indemnisation, est-il compatible avec le principe constitutionnel d’égalité devant les charges publiques consacré par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ? » ;

Attendu que, si la question posée peut être reformulée par le juge à l’effet de la rendre plus claire ou de lui restituer son exacte qualification, il n’appartient pas à celui-ci d’en modifier l’objet et la portée ; que, dans une telle hypothèse, il y a lieu de considérer que la Cour de cassation est régulièrement saisie et se prononce sur le renvoi de la question prioritaire de constitutionnalité telle qu’elle a été soulevée dans le mémoire distinct produit devant la juridiction qui la lui a transmise ;

Attendu que la disposition contestée est applicable au litige ;

Qu’elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel ;

Mais attendu que la question posée, ne portant pas sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait pas eu l’occasion de faire application, n’est pas nouvelle ;

Et attendu que celle-ci ne présente pas un caractère sérieux dès lors que les obligations prévues par l’article L. 324-2-1 du code du tourisme sont justifiées par un motif d’intérêt général, la lutte contre la pénurie de logements destinés à la location et la régulation des dysfonctionnements du marché, qu’elles s’imposent à toute personne qui se livre ou prête son concours contre rémunération, par une activité d’entremise ou de négociation ou par la mise à disposition d’une plateforme numérique, à la mise en location d’un logement soumis à l’article L. 324-1-1 du même code et aux articles L. 631-7 et suivants du code de la construction et de l’habitation et qu’elles sont en lien direct avec son activité, de sorte qu’il n’en résulte pas de rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ;

D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;

Par ces motifs :

DIT N’Y AVOIR LIEU DE RENVOYER au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité ;


Président : M. Chauvin
Rapporteur : Mme Guillaudier, conseiller référendaire
Avocat général : M. Kapella
Avocat(s) : SCP Foussard et Froger

  • Décision du Conseil constitutionnel

Non lieu à renvoi