Articles L. 1242-12 et L. 1245-1 du code du travail

  • Question

Les articles L. 1242-12 et L. 1245-1 du code du travail, tels qu’interprétés par la jurisprudence constante de la Cour de cassation qui déduit de la combinaison de ces articles que l’absence ou l’insuffisance, dans un contrat à durée déterminée de remplacement, de la mention relative à la qualification professionnelle de la personne remplacée, entraîne la requalification dudit contrat en contrat à durée indéterminée, portent-ils une atteinte disproportionnée à la liberté contractuelle telle qu’elle est garantie par les articles 4 et 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ?

  • Saisine

20/12/2019 - de A 19-21.535 à U 19-21.552 - Pourvoi c/ Cour d’appel de Paris, 15 mai 2019

  • Décision de la Cour de cassation

Arrêt n°421 du 18 mars 2020 (19-21.535 ; 19-21.538 ; 19-21.540 ; 19-21.543 ; 19-21.545 ; 19-21.546 ; 19-21.547 ; 19-21.549) - Cour de cassation - Chambre sociale
- ECLI:FR:CCAS:2020:SO00421

Demandeur(s) : Corsair, société anonyme

Défendeur(s) : Mme T... P... , épouse A... et autre(s)


Faits et procédure

Énoncé de la question prioritaire de constitutionnalité

2. A l’occasion des pourvois qu’elle a formés contre les arrêts rendus le 19 février 2019 et le 15 mai 2019 par la cour d’appel de Paris, la société Corsair a, par mémoire distinct et motivé, demandé de renvoyer au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité ainsi rédigée : "Les articles L. 1242-12 et L. 1245-1 du code du travail dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance n° 2017-1718 du 20 décembre 2017, tels qu’interprétés par la jurisprudence constante de la Cour de cassation qui déduit de la combinaison de ces articles que l’absence ou l’insuffisance, dans un contrat à durée déterminée de remplacement, de la mention relative à la qualification professionnelle de la personne remplacée, entraîne la requalification du dit contrat en contrat à durée indéterminée, portent-ils une atteinte disproportionnée à la liberté contractuelle telle qu’elle est garantie par les articles 4 et 16 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ?"

Examen de la question prioritaire de constitutionnalité

3. Il est jugé avec constance qu’il résulte de la combinaison des articles L. 1242-12 et L. 1245-1 du code du travail, qu’est réputé à durée indéterminée le contrat de travail à durée déterminée qui ne comporte pas la définition précise de son motif, et que cette exigence de précision quant à la définition du motif implique nécessairement que le nom et la qualification du salarié remplacé figurent dans le contrat lorsqu’il s’agit de l’un des cas visés par l’article L. 1242-2 1°du même code.

4. La question prioritaire de constitutionnalité, qui a pour objet la portée effective qu’une interprétation jurisprudentielle constante confère à une disposition législative laquelle a été soumise à la Cour de cassation, est recevable.

5. La disposition contestée est applicable au litige, qui concerne la requalification de contrats à durée déterminée conclus pour le remplacement de salariés absents en contrat à durée indéterminée.

6. Elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel.

7. Cependant, d’une part, la question posée, ne portant pas sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de faire application, n’est pas nouvelle.

8. D’autre part, la question posée ne présente pas un caractère sérieux.

9. En effet, l’interprétation jurisprudentielle constante qui consiste à considérer que, pour les contrats à durée déterminée conclus en remplacement d’un salarié absent, la mention de la qualification professionnelle de la personne remplacée requise par l’article L. 1242-12 1° du code du travail participe de la définition précise du motif de recours à ce type de contrat, permet de s’assurer que la conclusion d’un contrat dérogatoire au contrat à durée indéterminée l’a été dans l’un des cas limitativement énumérés par le législateur et contribue à assurer la sanction effective du principe d’égalité de traitement entre les salariés en contrat à durée déterminée et les salariés en contrat à durée indéterminée tel qu’instauré par les dispositions précises et inconditionnelles de la clause 4 de l’accord cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée repris par la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999.

10. Les dispositions législatives critiquées telles qu’interprétées de façon constante sont justifiées par un motif d’intérêt général de lutte contre la précarité pouvant résulter du recours abusif à l’emploi à durée déterminée de sorte qu’elles ne portent pas une atteinte disproportionnée à la liberté contractuelle.

11. En conséquence, il n’y a pas lieu de renvoyer la question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

DIT N’Y AVOIR LIEU DE RENVOYER au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Ala, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Grivel
Avocat(s) : SCP Célice, Texidor, Périer - SCP Rousseau et Tapie, SCP Didier et Pinet

  • Décision du Conseil constitutionnel

Non-lieu à renvoi