Arrêt n° 711 du 24 juin 2020 (20-40.001) - Cour de Cassation - Chambre sociale - ECLI:FR:CCAS:2020:SO00711

Non-lieu à renvoi

Demandeur(s) : syndicat CGT ANEF Vallée du Rhône

Défendeur(s) : association ANEF Vallée du Rhône


Faits et procédure

1. Pour mettre en place le comité social et économique (CSE), l’association ANEF (l’association) a invité les organisations syndicales représentatives à négocier un accord fixant le nombre et le périmètre des établissements distincts. L’association, ayant constaté l’absence d’accord, a notifié aux organisations syndicales le 16 septembre 2019 sa décision de mise en place d’un CSE unique d’entreprise. Le 29 septembre 2019, le syndicat CGT de l’ANEF Vallée du Rhône (le syndicat) a contesté cette décision auprès du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. Par décision du 22 novembre 2019, le directeur régional a validé l’existence d’un établissement unique retenue par l’association.

2. Ayant saisi le tribunal d’instance, le syndicat a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité.

Enoncé de la question prioritaire de constitutionnalité

3. Par jugement du 26 décembre 2019, le tribunal d’instance a transmis une question prioritaire de constitutionnalité ainsi rédigée :

«  L’article L. 2313-5 du Code du travail tel qu’interprété par la Cour de cassation, en ce qu’il donne compétence au juge judiciaire d’examiner l’ensemble des questions relatives à la légalité, externe ou interne d’une décision administrative, ne viole-t-il pas le principe de dualité des juridictions, et partant la Constitution du 4 octobre 1958 ? »

Examen de la question prioritaire de constitutionnalité

4. La disposition contestée est applicable au litige, qui concerne la contestation de la décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi fixant le nombre et le périmètre des établissements distincts au sein de l’association. 5. Elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel.

6. Cependant, d’une part, la question posée, ne portant pas sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de faire application, n’est pas nouvelle.

7. D’autre part, la question posée ne présente pas un caractère sérieux.

8. Conformément à la conception française de la séparation des pouvoirs, figure au nombre des « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » celui selon lequel, à l’exception des matières réservées par nature à l’autorité judiciaire, relève en dernier ressort de la compétence de la juridiction administrative l’annulation ou la réformation des décisions prises, dans l’exercice des prérogatives de puissance publique, par les autorités exerçant le pouvoir exécutif, leurs agents, les collectivités territoriales de la République ou les organismes publics placés sous leur autorité ou leur contrôle.

9. Toutefois, dans la mise en oeuvre de ce principe, lorsque l’application d’une législation ou d’une réglementation spécifique pourrait engendrer des contestations contentieuses diverses qui se répartiraient, selon les règles habituelles de compétence, entre la juridiction administrative et la juridiction judiciaire, il est loisible au législateur, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice, d’unifier les règles de compétence juridictionnelle au sein de l’ordre juridictionnel principalement intéressé.

10. A cet égard, confier à l’ordre juridictionnel judiciaire la contestation de la décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi fixant le nombre et le périmètre des établissements distincts, dès lors que le contentieux des élections professionnelles organisées sur le fondement de cette décision relève de l’ordre juridictionnel judiciaire, principalement intéressé, ne méconnaît pas le principe constitutionnel invoqué.

8. En conséquence, il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

DIT N’Y AVOIR LIEU DE RENVOYER au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité.


Président : M. Cathala
Rapporteur : M. Joly, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Berriat