Arrêt n° 308 du 9 février 2017 (16-21.686) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2017:C200308

RENVOI

Demandeur : société Orange

Défendeur : union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales d’Alsace


Attendu qu’ayant mis en œuvre un plan d’attribution gratuite d’actions en faveur de l’ensemble des membres de son personnel à l’exception du président-directeur général et des membres du comité exécutif, la société France télécom, devenue la société Orange (la société), s’est acquittée, en août 2011, de la contribution prévue par l’article L. 137-13 du code de la sécurité sociale auprès de l’URSSAF du Bas-Rhin, aux droits de laquelle vient l’URSSAF d’Alsace (l’URSSAF) ; qu’elle a demandé à celle-ci, le 19 juillet 2013, si elle pourrait solliciter le remboursement des sommes versées au cas où les conditions d’attribution des actions ne seraient pas acquises au 31 décembre 2013 ; que l’URSSAF ayant répondu par la négative, la société a saisi une juridiction de sécurité sociale aux fins d’annulation de cette décision ; qu’elle a présenté, à l’appui du pourvoi en cassation qu’elle a formé contre l’arrêt rejetant son recours, par un écrit distinct et motivé déposé le 2 décembre 2016, une question prioritaire de constitutionnalité ;

Attendu que la question est ainsi rédigée :

« Le II de l’article L. 137-13 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue de la loi n° 2007-1786 du 19 décembre 2007 de financement de la sécurité sociale pour 2008, porte-il atteinte au principe d’égalité devant les charges publiques garanti par l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, au principe d’égalité devant la loi fiscale garanti par l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et au droit de propriété garanti par les articles 2 et 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, en ce qu’il prévoit que la contribution due par les employeurs sur les actions attribuées dans les conditions prévues aux articles L. 225-197-1 à L. 225-197-6 du code de commerce est exigible le mois suivant la date de la décision de principe d’attribution des actions, de sorte que la contribution est due même si les actions viennent en définitive à ne pas être effectivement attribuées en raison de la défaillance, indépendante de la volonté de l’entreprise, des conditions auxquelles cette attribution a été subordonnée ? » ;

Attendu que la disposition critiquée est susceptible de recevoir application dans le litige qui se rapporte au principe du remboursement, sur le fondement de l’article L. 243-6 du code de la sécurité sociale, de la contribution versée par la société à la suite de la décision d’attribution gratuite d’actions à son personnel ;

Qu’elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil constitutionnel ;

Attendu que la question posée, ne portant pas sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait pas eu encore l’occasion de faire application, n’est pas nouvelle ;

Mais attendu qu’en fixant au mois suivant la date de la décision d’attribution gratuite des actions, l’exigibilité de la contribution qu’elle prévoit, la disposition critiquée, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2015-990 du 6 août 2015, exclut implicitement mais nécessairement tout remboursement du montant de celle-ci lorsque les actions ne sont pas attribuées en raison de la défaillance des conditions auxquelles l’attribution était subordonnée ; que la question présente, dès lors, un caractère sérieux au regard des exigences du principe de l’égalité devant les charges publiques énoncé à l’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

D’où il suit qu’il y a lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;

PAR CES MOTIFS :

RENVOIE au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : M. Poirotte
Avocat général : Mme Lapasset, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Célice, Soltner, Texidor et Périer - SCP Gatineau et Fattaccini