01-11.549
Arrêt n° 256 du 17 février 2004
Cour de cassation - Première chambre civile

Conventions internationales

Rejet


Demandeur(s) à la cassation : M. Hadi X...
Défendeur(s) à la cassation : Mme Hafida Y..., épouse X...


Sur le moyen unique, pris en ses trois branches :

Attendu que M. X... et Mme Y..., tous deux de nationalité algérienne, se sont mariés en Algérie en 1985 ; qu’en janvier 1998, Mme Y... a présenté une requête en divorce au juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Paris ; qu’à l’audience du 7 avril 1998, M. X... a soulevé l’exception de litispendance internationale, en raison de l’instance en divorce pendante devant le tribunal de Sidi M’hamed (Algérie) depuis le 23 novembre 1997 ;

Attendu que M. X... fait grief à l’arrêt attaqué (Paris, 22 mars 2001) d’avoir dit que le jugement du tribunal de Sidi M’hamed du 29 mars 1998 ayant prononcé le divorce ne pouvait être reconnu en France et d’avoir rejeté l’exception de chose jugée, alors, selon le moyen, que, dès lors qu’il résulte des propres constatations des juges du fond : 1°/ que le litige entre les époux, tous deux de nationalité algérienne et mariés en Algérie, se rattachait de manière caractérisée aux juridictions algériennes, 2°/ que la procédure devant la juridiction algérienne avait été loyale et contradictoire, l’épouse obtenant des dommages-intérêts, 3°/ que le choix du juge algérien n’avait pas été frauduleux, dans la mesure où la saisine de la juridiction algérienne ne visait pas à faire obstacle à la saisine préalable du juge français et où, au contraire, l’épouse n’avait saisi la juridiction française qu’après mise en oeuvre de la procédure en Algérie, la cour d’appel ne pouvait refuser l’exequatur du jugement algérien du 23 mars 1998 sans violer l’article 1er d) de la Convention franco-algérienne du 27 août 1964 et les principes régissant l’ordre public international français ;

Mais attendu que l’arrêt retient que le divorce des époux X... a été prononcé par les juges algériens, malgré l’opposition de la femme, au seul motif, admis par la loi algérienne, que le pouvoir conjugal reste entre les mains de l’époux et que le divorce doit être prononcé sur la seule volonté de celui-ci ; que la cour d’appel en a exactement déduit que, même si elle résultait d’une procédure loyale et contradictoire, cette décision constatant une répudiation unilatérale du mari sans donner d’effet juridique à l’opposition éventuelle de la femme et en privant l’autorité compétente de tout pouvoir autre que celui d’aménager les conséquences financières de cette rupture du lien matrimonial, était contraire au principe d’égalité des époux lors de la dissolution du mariage reconnu par l’article 5 du protocole du 22 novembre 1984, n° 7, additionnel à la convention européenne des droits de l’homme, que la France s’est engagée à garantir à toute personne relevant de sa juridiction, et donc à l’ordre public international réservé par l’article 1er d de la Convention franco-algérienne du 27 août 1964, dès lors que, comme en l’espèce, les deux époux étaient domiciliés sur le territoire français ; d’où il suit que la deuxième branche du moyen n’est pas fondée tandis que les deux autres sont inopérantes dès lors qu’elles s’attachent à la compétence du juge algérien que la cour d’appel n’a pas déniée ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Lemontey
Rapporteur : M. Pluyette, conseiller
Avocat général : M. Cavarroc
Avocat(s) : Me Choucroy, Me Cossa