Arrêt n° 959 du 5 juillet 2012 (11-30.371) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI : FR : CCASS : 2012 : C100959

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Demandeur(s) à la cassation : Le procureur général près la cour d’appel de Rennes
Défendeur(s) à la cassation : M. X...


Sur le moyen unique, après avis de la chambre criminelle :

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel (Rennes, 9 mai 2011) et les pièces de la procédure, que M. X..., de nationalité turque, en situation irrégulière en France, a été interpellé, en état de flagrance, le 4 mai 2011 et placé en garde à vue pour séjour irrégulier en France ; que, le même jour, le préfet d’Ille-et-Vilaine a pris à son encontre un arrêté de reconduite à la frontière et une décision de placement en rétention administrative ; qu’un juge des libertés et de la détention a refusé de prolonger cette mesure ;

Attendu que le procureur général près la cour d’appel de Rennes fait grief à l’ordonnance de confirmer cette décision, alors, selon le moyen, qu’aucune disposition de la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 ne s’oppose à ce que la réglementation d’un État membre prévoit l’infliction d’une peine d’emprisonnement à un ressortissant d’un pays tiers en séjour irrégulier pour le seul motif que celui-ci demeure, en violation d’un ordre de quitter le territoire de cet État dans un délai déterminé, sur ledit territoire sans motif justifié, qu’une telle interprétation résulte d’une décision de la Cour de justice de l’Union européenne en date du 28 avril 2011 concernant l’Italie dont la législation n’est pas identique à la législation française ;

Mais attendu qu’il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (arrêts du 28 avril 2011, C-61/PPU, et du 6 décembre 2011, C-329/11) que la directive 2008/115/CE s’oppose à une réglementation nationale réprimant le séjour irrégulier d’une peine d’emprisonnement, en ce que cette réglementation est susceptible de conduire, pour ce seul motif, à l’emprisonnement d’un ressortissant d’un pays tiers, lorsque ce dernier, non disposé à quitter le territoire national volontairement, soit n’a pas été préalablement soumis à l’une des mesures coercitives prévues à l’article 8 de cette directive, soit, a déjà fait l’objet d’un placement en rétention, mais n’a pas vu expirer la durée maximale de cette mesure ; qu’en outre, en cas de flagrant délit, le placement en garde à vue n’est possible, en vertu des articles 63 et 67 du code de procédure pénale, applicables à la date des faits, qu’à l’occasion d’enquêtes sur les délits punis d’emprisonnement ; qu’il s’ensuit que le ressortissant d’un pays tiers, en séjour irrégulier en France, qui n’encourt pas l’emprisonnement prévu par l’article L. 621-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile lorsqu’il se trouve dans l’une ou l’autre situation exposée par la jurisprudence européenne précitée, ne peut être placé en garde à vue à l’occasion d’une procédure de flagrant délit diligentée de ce seul chef ;

Et attendu que l’ordonnance constate que M. X... a été placé en garde à vue au seul motif d’une infraction de séjour irrégulier, sur le fondement de l’article L. 621-1 du code susvisé, et qu’il ne résulte pas des pièces de la procédure que M. X... ait été préalablement soumis à une mesure coercitive au sens de l’article 8 de la directive ; que, dès lors, c’est à bon droit que le premier président a retenu que sa garde à vue était irrégulière ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Charruault
Rapporteur : M. Suquet, conseiller
Avocat général : M. Sarcelet