Arrêt n°872 du 24 octobre 2019 (18-21.339) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100872

Santé publique

Cassation partielle

Demandeur(s) : l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales

Défendeur(s) : M. A... X... ; et autres


Donne acte à l’Office national d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales du désistement de son pourvoi en ce qu’il est dirigé contre M. Y..., la Société hospitalière d’assurances mutuelles, la société Polyclinique Saint-Jean et la société Gie La SHAM ;

Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’à la suite d’une opération du dos, réalisée le 13 septembre 2011, par M. Y..., chirurgien, dans les locaux de la polyclinique Saint-Jean (la polyclinique), B... X... a présenté un syndrome infectieux et gardé un lourd handicap en dépit des traitements mis en oeuvre ; qu’elle-même, son époux, M. X..., et son fils, M. Z..., (les consorts X... et Z...) ont assigné en responsabilité et indemnisation le praticien, la polyclinique, son assureur, la Société hospitalière d’assurances mutuelles, et l’Office national d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (l’ONIAM) ; que, le (...], B... X... est décédée ; que les consorts X... et Z... ont sollicité, en leur qualité d’ayants droit de la défunte, la réparation des préjudices subis par elle ainsi que celle de leurs préjudices personnels ; que, le caractère nosocomial de l’infection contractée par B... X... et son lien causal avec le décès ayant été retenus, l’indemnisation a été, en raison de la gravité des conséquences de cette infection, mise à la charge de l’ONIAM, sur le fondement de l’article L. 1142-1-1, alinéa 1er, du code de la santé publique ;

Sur le premier moyen  :

Vu les articles L. 1142-1-1 et L. 1142-17, alinéa 2, du code de la santé publique, et L. 232-1 et suivants du code de l’action sociale et des familles, ensemble le principe d’une réparation intégrale du préjudice sans perte ni profit pour la victime ;

Attendu que, selon le deuxième de ces textes, doivent être déduites de l’indemnisation versée par l’ONIAM en application du premier, les prestations énumérées à l’article 29 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, et plus généralement, les indemnités de toute nature reçues ou à recevoir d’autres débiteurs du chef du même préjudice ; qu’il résulte des articles L. 232-1 et suivants du code de l’action sociale et des familles que l’allocation personnalisée d’autonomie (l’APA) constitue une prestation indemnitaire, dès lors qu’elle n’est pas attribuée sous condition de ressources, et que, fixée en fonction des besoins individualisés de la victime d’un handicap, elle répare les postes de préjudice relatifs à l’assistance par une tierce personne ;

Attendu que, pour fixer le montant de l’indemnité due aux consorts X... et Z... au titre de l’assistance par une tierce personne dont B... X... a eu besoin jusqu’à sa consolidation, puis jusqu’à son décès, l’arrêt retient que l’APA perçue par celle-ci, n’ayant pas de caractère indemnitaire, ne doit pas être déduite ;

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes et le principe susvisés ;

Et sur le second moyen :

Vu l’article L. 1142-1-1 du code de la santé publique, ensemble le principe d’une réparation intégrale du préjudice sans perte ni profit pour la victime ;

Attendu que le préjudice d’accompagnement de fin de vie a pour objet d’indemniser les troubles et perturbations dans les conditions d’existence d’un proche qui partageait habituellement une communauté de vie affective et effective avec la victime ;

Attendu que, pour fixer l’indemnisation due à M. X... au titre des préjudices personnellement éprouvés, l’arrêt retient l’existence, d’une part, de préjudices résultant de la maladie de son épouse liés au bouleversement dans les conditions de vie de celui-ci, d’autre part, des préjudices consécutifs au décès, constitués notamment d’un préjudice d’accompagnement ;

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a réparé deux fois le bouleversement dans les conditions de vie de M. X... avant le décès de son épouse et violé les texte et principe susvisés ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ses dispositions allouant à M. X... et M. Z..., en leur qualité d’ayants droit de B... X..., les sommes de 99 000 euros et 297 900 euros au titre de l’assistance par une tierce personne temporaire et après la consolidation, incluses dans la somme de 836 485,26 euros que l’ONIAM a été condamné à leur payer, et en ses dispositions allouant à M. X... la somme de 5 000 euros au titre des bouleversements de ses conditions de vie du fait de la maladie d’B... X... et celle de 32 000 euros au titre de son préjudice d’accompagnement jusqu’à son décès, l’arrêt rendu le 14 juin 2018, entre les parties, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Montpellier ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Duval-Arnould
Avocat général : M. Sudre ; Mme Legohérel, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Sevaux et Mathonnet