Arrêt n°864 du 17 octobre 2019 (18-24.043) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C100864

Convention européenne des droits de l’homme - Étranger

Rejet

Sommaire n°1 :
Les litiges concernant l’entrée, le séjour et l’éloignement des étrangers n’entrent pas dans le champ d’application de l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Sommaire n° 2 :
L’absence de décision du juge des libertés et de la détention au terme du délai de vingt-quatre heures prévu à l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d‘asile ne peut être assimilée à une décision implicite de rejet de la requête en contestation de l’arrêté de placement en rétention. Un appel formé dans ces circonstances est irrecevable.


Demandeur(s) : M. A... X...

Défendeur(s) : le Préfet du Pas-de-Calais ; et autres


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel (Douai, 9 mars 2018), et les pièces de la procédure, que M. X..., de nationalité soudanaise, en situation irrégulière sur le territoire national, a été placé en rétention administrative le 5 mars 2018 ; qu’il a saisi le juge des libertés et de la détention d’une requête tendant à contester la décision de placement en rétention le 6 mars 2018 à 11 heures 47 ; qu’il a formé appel le 7 mars 2018 à 15 heures 55 “contre la décision implicite de rejet” de cette requête ;

Attendu que M. X... fait grief à l’ordonnance de déclarer son appel irrecevable, alors, selon le moyen :

1°/ que saisi d’une contestation quant à la régularité d’une décision de placement en rétention administrative, le juge des libertés et de la détention rend son ordonnance dans le délai de 24 heures imparti par l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dans sa version applicable ; que le juge des libertés et de la détention n’a pas statué dans le délai de 24 heures sur la requête de M. X... contestant son placement en rétention et demandant qu’il y soit mis fin, de sorte que M. X... a été maintenu en rétention administrative au-delà de ce délai ; qu’en affirmant que l’absence de décision de ce magistrat ne saurait être assimilée à une décision implicite de rejet de la requête de M. X..., quand il constatait que M. X... avait été maintenu en rétention au-delà du délai imparti au juge pour statuer sur sa demande de remise en liberté, le premier président de la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constations, en violation des articles L. 512-1, L. 552-1 et R. 552-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ensemble les articles L. 552-9 du même code et 543 du code de procédure civile ;

2°/ qu’à tout le moins, en se bornant a affirmer péremptoirement que l’absence de décision du juge des libertés et de la détention ne saurait être assimilée a une décision implicite de rejet de la requête de M. X..., le premier président de la cour d’appel a statué par voie de simple affirmation et a méconnu les exigences de l’article 455 du code de procédure civile, ensemble l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

3°/ que le droit à un recours effectif implique qu’un requérant ait la possibilité de faire examiner ses demandes par une instance nationale et que celle-ci soit en mesure d’en examiner le bien-fondé ; qu’en prononçant l’irrecevabilité de l’appel forme par M. X... en raison de l’absence de décision du juge des libertés et de la détention pouvant être qualifiée de jugement au sens de l’article 543 du code de procédure civile, le premier président de la cour d’appel a retenu de ces dispositions et de celles de l’article L. 552-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une interprétation de nature à limiter concrètement la possibilité de M. X... de faire examiner le bien-fondé de sa demande, en violation de l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Mais attendu que les litiges concernant l’entrée, le séjour et l’éloignement des étrangers n’entrent pas dans le champ d’application de l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Et attendu qu’ayant exactement retenu que l’absence de décision du juge des libertés et de la détention au terme du délai de vingt-quatre heures prévu à l’article L. 552-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peut être assimilée à une décision implicite de rejet de la requête en contestation de l’arrêté de placement en rétention, le premier président en a justement déduit que l’appel formé par M. X... était irrecevable ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Feydeau-Thieffry, conseiller référendaire
Avocat général : M. Poirret, premier avocat général
Avocat(s) : SCP Fabiani, Luc-Thaler et Pinatel