Arrêt n°799 du 16 décembre 2020 (19-22.103) - Cour de cassation - Première chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C100799

Filiation

Rejet

Demandeur(s) : M. A... X... et Mme B... Y..., épouse X...
Défendeur(s) : le Procureur général près de la Cour d’appel de Rennes


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Rennes, 1er juillet 2019), un jugement du 16 avril 2015 du tribunal cantonal de Tunis (Tunisie) a validé l’adoption de l’enfant C... Z..., née le [...] 2014 à Kairouan (Tunisie) par M. X... et Mme Y..., son épouse, et dit que l’enfant s’appellerait désormais D... . Ces derniers ont saisi le tribunal de grande instance de Nantes aux fins de transcription, soutenant que le jugement tunisien produisait les effets de l’adoption plénière.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

2. M. et Mme X... font grief à l’arrêt de dire que le jugement du tribunal cantonal de Tunis du 16 avril 2015 validant l’adoption de l’enfant C... Z... née le [...] 2014 à Kairouan produira en France les effets d’une adoption simple et de rejeter leur demande tendant à ce que l’enfant porte le nom de X...-Y..., alors :

« 1°/ que l’arrêt attaqué a constaté que l’enfant est née de père inconnu, qu’elle a été abandonnée par sa mère à l’Institut national de la protection de l’enfance tunisien, qu’aux termes de son acte écrit d’abandon la mère a certifié avoir abandonné l’enfant de sa propre volonté et de façon définitive, que par jugement du 27 mars 2015 il a été décidé du placement de l’enfant à titre définitif auprès de l’Institut national de la protection de l’enfance tunisien, et que ce dernier, par attestation du 21 avril 2015, a certifié que l’enfant était abandonnée par ses parents, sans attache familiale et pupille de l’État, et que suite à la rupture complète et irrévocable du lien de filiation préexistant de l’enfant le directeur de l’Institut avait donné son consentement définitif et irrévocable à l’adoption par M. et Mme X... pour une adoption plénière de droit français ; qu’il en résultait que le lien préexistant de filiation de l’enfant a été totalement et irrévocablement rompu, peu important que l’adoption elle-même fût révocable, de sorte que l’adoption litigieuse remplissait les conditions posées par l’article 370-5 du code civil pour produire en France les effets d’une adoption plénière ; qu’en jugeant que le lien préexistant de filiation n’avait pas été totalement et irrévocablement rompu parce que l’adoption elle-même était révocable si bien qu’elle produisait en France les effets d’une adoption simple, la cour d’appel n’a pas tiré les conséquences légales de ses constatations au regard de l’article 370-5 du code civil, qu’elle a ainsi violé ;

2°/ que l’arrêt de la cour d’appel de Tunis du 14 février 1980 concernait des enfants majeurs ayant donné leur accord pour la rétractation du jugement d’adoption, et qu’il était ancien, isolé et non confirmé par une autre jurisprudence ; qu’ils ajoutaient que l’arrêt de la Cour de cassation tunisienne du 9 novembre 2011 était relatif à des enfants en danger victimes de mauvais traitements de la part des adoptants, que dès lors la « rétractation » du jugement d’adoption devait plutôt s’analyser comme une procédure de retrait de l’autorité parentale, que la traduction française de cette décision était confuse et approximative, et qu’il leur était impossible de la vérifier puisque l’original en arabe n’était pas produit ; qu’en ne répondant pas à ce moyen opérant, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

3. Aux termes de l’article 370-5 du code civil, l’adoption régulièrement prononcée à l’étranger produit en France les effets de l’adoption plénière si elle rompt de manière complète et irrévocable le lien de filiation préexistant. A défaut, elle produit les effets de l’adoption simple. Elle peut être convertie en adoption plénière si les consentements requis ont été donnés expressément en connaissance de cause.

4. L’arrêt énonce que la loi tunisienne du 4 mars 1958 relative à la tutelle publique, à la tutelle officieuse et à l’adoption, qui autorise l’adoption, ne précise pas expressément si celle-ci a pour effet de rompre le lien de filiation avec les parents par le sang ni si elle est révocable. Il relève qu’il résulte cependant d’un arrêt de la cour d’appel de Tunis du 14 février 1980 et d’un arrêt de la Cour de cassation tunisienne du 2 novembre 2011 que ces juridictions ont interprété cette loi comme permettant la révocation de l’adoption. Il en déduit que l’adoption tunisienne ne rompt pas de manière complète et irrévocable le lien de filiation préexistant.

5. La cour d’appel, qui n’était pas saisie d’une demande de conversion de l’adoption simple en adoption plénière mais d’une demande de transcription, en a exactement déduit, sans être tenue de suivre les parties dans le détail de leur argumentation, que la décision tunisienne produirait en France les effets d’une adoption simple.

6. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Le Cotty, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Caron-Déglise
Avocat(s) : SCP Thouin-Palat et Boucard -