Arrêt n°783 du 03 octobre 2019 (18-20.828) - Cour de cassation - Première chambre civile
- ECLI:FR:CCASS:2019:C100783

Régimes matrimoniaux

Cassation partielle

Demandeur(s) : M. A... X...

Défendeur(s) : Mme B... Y...


Attendu, selon l’arrêt attaqué, qu’un jugement a prononcé le divorce de M. X... et de Mme Y..., mariés sous le régime de la séparation de biens ; que des difficultés sont nées pour le règlement de leurs intérêts patrimoniaux ;

Sur le premier moyen :

Vu l’article 214 du code civil ;

Attendu que, sauf convention matrimoniale contraire, l’apport en capital provenant de la vente de biens personnels, effectué par un époux séparé de biens pour financer la part de son conjoint lors de l’acquisition d’un bien indivis affecté à l’usage familial, ne participe pas de l’exécution de son obligation de contribuer aux charges du mariage ; Attendu que, pour rejeter la demande de M. X... tendant à se voir reconnaître titulaire d’une créance au titre du financement de la totalité du prix d’acquisition de la maison des Adrets-de-l’Estérel, achetée par les époux, en indivision, pour moitié chacun, après avoir relevé que celui-ci avait investi dans cette opération des fonds personnels, provenant de la vente de biens acquis avant le mariage, l’arrêt retient que le patrimoine de l’époux permettait cette acquisition, sans qu’il y ait lieu de distinguer ses disponibilités en revenus et en capital, la notion de contribution aux charges du mariage pouvant comprendre de façon extensive toute dépense, tout investissement réalisé dans l’intérêt de la famille, et que, dès lors qu’elle n’apparaît pas disproportionnée au regard de ses capacités financières, lesquelles ne se réduisent pas à ses seuls revenus, cette dépense d’investissement à affectation familiale doit être analysée comme une participation à l’exécution de son obligation de contribuer aux charges du mariage ;

Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

Et sur le moyen relevé d’office, après avis donné aux parties conformément à l’article 1015 du code de procédure civile  :

Vu les articles 815-9, alinéa 2, et 815-10 du code civil ;

Attendu que l’arrêt dit qu’une indemnité est due par M. X... à Mme Y... pour l’occupation du bien indivis situé à Saint-Chaffrey ;

Qu’en statuant ainsi, alors que l’indemnité d’occupation devait revenir à l’indivision, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

PAR CES MOTIFS et sans qu’il y ait lieu de statuer sur le second moyen :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il dit que M. X... ne dispose d’aucune créance à l’égard de son épouse ou de l’indivision s’agissant de la villa des Adrets-de-l’Estérel et fixe le montant de l’indemnité d’occupation due par M. X... à son ex-épouse au titre du bien de Saint-Chaffrey à la somme mensuelle de 960 euros divisée par deux, soit 480 euros par mois à compter du 3 septembre 2011, jusqu’au partage, l’arrêt rendu le 6 juin 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Grenoble ; remet, en conséquence, sur ces points, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Chambéry ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Auroy, conseiller doyen
Avocat général : Mme Marilly
Avocat : SCP Alain Bénabent - SCP Waquet, Farge et Hazan