Arrêt n° 756 du 25 juin 2014 (13-16.529) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2014:C100756

Succession ; vente immobilière

Cassation partielle


Demandeur(s) : M. J.-M. X...
Défendeur(s) : Mme X..., épouse Y... ; et autres


 

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que, par acte unilatéral sous seing privé du […] juillet 2005, P. X... a « déclaré vendre » à son frère, M. J.-M. X..., la moitié indivise d’immeubles qu’ils ont recueillie dans la succession de leur père F. X... ; qu’il est décédé le […] novembre 2005 en laissant à sa succession ses deux enfants, M. T. X... et Mme Y... ; que des difficultés se sont élevées entre eux quant au sort des biens litigieux, M. J.-M. X... prétendant en être entier propriétaire pour avoir acquis la part indivise de son frère ; que par un premier arrêt, non critiqué, la cour d’appel a dit que cet acte constituait une offre de vente qui n’avait pas été acceptée avant le décès de P. X... ;

Sur le premier moyen, pris en ses deux branches :

Attendu que M. J.-M. X... fait grief à l’arrêt de dire que l’offre de vente du […] juillet 2005 était caduque au décès de P. X... et de dire, en conséquence, que la maison et le bois situés à […] faisaient partie de l’actif de la succession de F. X..., alors, selon le moyen :

1°/ qu’une offre de vente ne peut être considérée comme caduque du seul fait du décès de l’offrant ; qu’en jugeant néanmoins, pour dire que la maison et le bois sis à […] faisaient partie de l’actif de la succession, que l’offre de vente faite le […] juillet 2005 à son frère par P. X... était devenue caduque au décès de ce dernier, la cour d’appel a violé les articles 1101, 1103 et 1134 du code civil ;

2°/ que le décès de l’offrant qui était engagé dans des pourparlers ne rend pas son offre caduque ; qu’en se bornant, pour dire que l’offre du […] juillet 2005 était caduque, à se fonder sur la double circonstance déduite du décès de l’offrant et de l’intuitu personae de cette offre, sans rechercher si, dès lors que les parties s’étaient rapprochées après l’émission de l’offre, que le bénéficiaire avait cherché le financement de l’acquisition, que les pourparlers étaient engagés à un point tel qu’au mois d’octobre 2005 les pièces nécessaires à la rédaction de l’acte notarié de vente étaient demandées à ce dernier, le décès du pollicitant ne pouvait constituer une cause de caducité de son offre, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard des articles 1101, 1103 et 1134 du code civil ;

Mais attendu que l’offre qui n’est pas assortie d’un délai est caduque par le décès de celui dont elle émane avant qu’elle ait été acceptée ; qu’ayant relevé qu’aucun délai de validité de l’offre n’avait été fixé la cour d’appel, qui n’était pas tenue de procéder à une recherche qui ne lui était pas demandée, en a, à bon droit déduit, que l’offre était caduque en raison du décès de P. X... ; que le moyen n’est donc pas fondé ;

Mais sur la première branche du second moyen :

Vu l’article 16 du code de procédure civile ;

Attendu que pour rejeter la demande d’attribution préférentielle de M. J.-M. X..., l’arrêt retient qu’en l’état la valeur de l’immeuble objet de la demande n’est pas connue, ce qui ne permet pas d’estimer le montant de la soulte qui sera payable comptant, et que le demandeur, retraité âgé de […] ans, ne fournit aucun justificatif relatif à ses revenus et ses disponibilités financières, ni explique de quelle manière il sera en mesure de régler cette soulte ;

Qu’en statuant ainsi sans avoir au préalable invité les parties à présenter leurs observations sur ce moyen relevé d’office, la cour d’appel a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il a rejeté la demande d’attribution préférentielle formée par M. J.-M. X..., l’arrêt rendu le 30 mai 2012, entre les parties, par la cour d’appel de Besançon ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Dijon ;

 


Président : M. Charruault
Rapporteur : M. Savatier, conseiller
Avocat général : M. Chevalier, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Potier de La Varde et Buk-Lament