Arrêt n°708 du 18 novembre 2020 (19-19.003) - Cour de cassation - Première chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C100708

Nationalité

Rejet

Demandeur(s) : M. A... X...
Défendeur(s) : le Procureur général près la Cour d’appel de Paris, service civil


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Paris, 12 juin 2018), rendu sur renvoi après cassation (1re Civ., 17 mai 2017, pourvoi n° 16-18.232), M. X..., né en 1962 au Maroc, a souscrit, le [...] 2002, une déclaration d’acquisition de nationalité en raison de son mariage, célébré le [...] 2001 avec une ressortissante française. Cette déclaration a été enregistrée le [...] 2003.

2. Après son divorce, prononcé le [...] 2004 et transcrit en marge des actes de l’état civil le [...], M. X... s’est remarié le [...] 2004 avec sa précédente épouse marocaine dont il avait eu un enfant en décembre 2002.

3. Par bordereau de transmission du 27 décembre 2010, le ministère de l’intérieur a informé le ministère de la justice du refus d’enregistrement, le 17 mars 2010, de la déclaration souscrite par Mme Y..., l’épouse marocaine de M. X... en raison de la fraude commise par celui-ci.

4. Le 10 décembre 2012, le ministère public a engagé une action en annulation de l’enregistrement de la déclaration souscrite par M. X....

Examen des moyens

Sur le premier moyen, pris en sa troisième branche, et le second moyen, ci-après annexés

5. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le premier moyen, pris en ses deux premières branches

Enoncé du moyen

6. M. X... fait grief à l’arrêt de déclarer l’action du ministère public recevable comme non prescrite et d’annuler, en conséquence, l’enregistrement de la déclaration de nationalité française souscrite le 12 avril 2002, alors :

« 1°/ que la transcription d’un divorce en marge des actes d’état civil d’un ressortissant ayant obtenu la nationalité française par mariage porte à la connaissance du ministère public la rupture de la vie commune des époux au sens de l’alinéa 3 de l’article 26-4 du code civil ; qu’en l’espèce, M. X... soutenait que le ministère public avait été informé de la rupture de sa vie commune à compter de la transcription de son jugement de divorce en marge des actes d’état civil le 13 juillet 2004 ; qu’en retenant que l’acte de mariage était muet sur la nationalité des époux, qu’il ne résultait d’aucune de ses mentions que M. X... aurait acquis la nationalité française par son mariage avec Mme Z... et que le procureur de la République près du tribunal de grande instance de Bordeaux, compétent pour exercer l’action en annulation, n’aurait pu supposer une fraude au seul vu d’un tel acte, dressé dans son ressort, sans procéder à des investigations complémentaires fondées sur des critères discriminatoires tirés des patronymes et/ou des lieux de naissance respectifs des époux, sans rechercher si le ministère public n’avait pas eu effectivement connaissance du divorce par suite de sa transcription le 13 juillet 2004 en marge des actes d’état civil, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 26-4 du code civil dans sa rédaction issue de la loi du 16 mars 1998 ;

2°/ qu’aux termes de l’article 26-4 du code civil, l’enregistrement d’une déclaration de nationalité peut être contesté par le ministère public en cas de mensonge ou de fraude dans le délai de deux ans de leur découverte ; que le délai biennal d’exercice de l’action court à compter de la date à partir de laquelle le procureur de la République territorialement compétent a été mis en mesure de découvrir la fraude ou le mensonge ; que compte tenu de l’apposition, en marge des actes de naissance dressés ou transcrits, de mentions relatives au lien matrimonial (mariage, divorce, séparation de corps, annulation de mariage) et à la nationalité (naturalisation, réintégration, déclaration d’acquisition, déclaration de réintégration, décisions juridictionnelles, certificat de nationalité française, etc.), la seule lecture d’un acte de naissance est, dans certaines circonstances, de nature à mettre le procureur de la République territorialement compétent à même de découvrir la fraude ou le mensonge ; que dans ses conclusions d’appel, M. X... avait soutenu que l’action du ministère public s’appuyait en grande partie sur son remariage avec Mme Y... le 23 octobre 2004 devant l’officier d’état civil de Cenon (33) et que, non seulement ce mariage avait fait l’objet de publicités régulières mais encore que les services d’état civil avaient expressément appelé sur ce mariage l’attention du procureur de la République qui avait déclaré ne pas s’y opposer ; qu’en déclarant que le signalement fait par le service d’état civil concernait uniquement l’absence de titre de séjour de l’épouse et n’était pas, par lui-même, nullement de nature à constituer un indice de fraude aux dispositions de l’article 21-2 du code civil, sans rechercher si, à la suite de ce signalement, la simple consultation des pièces remises à l’officier d’état civil en application de l’article 70 du code civil, parmi lesquelles l’acte de naissance de M. X..., ne mettait pas le ministère public en mesure de découvrir la fraude qu’elle invoquait pour demander l’annulation de l’enregistrement de la déclaration de nationalité qu’il avait souscrite, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard de l’article 26-4, alinéa 3, du code civil dans sa rédaction issue de la loi du 16 mars 1998.  »

Réponse de la Cour

7. Aux termes de l’article 26-4 du code civil, l’enregistrement d’une déclaration de nationalité peut être contesté par le ministère public en cas de mensonge ou de fraude dans le délai de deux ans de leur découverte.

8. Le délai biennal d’exercice de l’action court à compter de la date à partir de laquelle le procureur de la République territorialement compétent a été mis en mesure de découvrir la fraude ou le mensonge.

9. La transcription en marge de l’acte de mariage d’un époux étranger ayant souscrit une déclaration en vue d’acquérir la nationalité française en application de l’article 21-2 du code civil, de la mention du jugement de divorce, ayant dissous son mariage avec son épouse française, n’est pas en soi, de nature à mettre le ministère public territorialement compétent en mesure de connaître la fraude ou le mensonge qui l’autorise à exercer, conformément à l’article 26-4 du même code, l’action en annulation de l’enregistrement de cette déclaration.

10. En premier lieu, l’arrêt retient que, si la copie intégrale de l’acte de mariage de M. X... avec son épouse française comporte la mention marginale, apposée le 10 septembre 2004, du divorce prononcé le 4 décembre 2003, il ne résulte d’aucune de ses énonciations que l’intéressé ait acquis la nationalité française par son mariage. Il en déduit que le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bordeaux n’aurait pu suspecter de fraude sans procéder à des investigations complémentaires fondées sur des critères discriminatoires tirés des patronymes ou des lieux de naissance respectifs des époux. Il ajoute que l’acte de naissance de M. X... n’est pas produit mais qu’en tout état de cause, celui-ci étant né au Maroc, cet acte n’a pu être dressé ou sa transcription faite dans le ressort de la même circonscription judiciaire.

11. En second lieu, l’arrêt relève que si les services de l’état civil ont appelé l’attention du ministère public sur le mariage de M. X... avec Mme Y..., c’est exclusivement en raison du séjour irrégulier de celle-ci sur le territoire français, lequel pouvait constituer un obstacle à cette célébration.

12. Ayant ainsi mis en évidence, d’une part, que le ministère public territorialement compétent ne pouvait supposer une fraude au seul vu de la transcription du jugement de divorce en marge de l’acte de mariage, d’autre part, que le signalement relatif au remariage n’était pas, par lui-même, constitutif d’un indice de fraude, la cour d’appel, qui a effectué la première recherche prétendument omise et n’avait pas à procéder à la seconde que ses constatations rendaient inopérante, a légalement justifié sa décision.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : M. Acquaviva
Avocat général : Mme Marilly, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Lyon-Caen et Thiriez -