Arrêt n° 697 du 8 juillet 2010 (09-67.013) - Cour de cassation - Première chambre civile

Arbitrage

Rejet

 

 


 

Demandeur(s) : la société Doga, société anonyme

Défendeur(s) : la société HTC Sweden AB, société de droit suédois

 


 

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Versailles, 9 avril 2009) que la société suédoise HTC a conclu le 19 novembre 1999 avec la société française Doga, un contrat de distribution exclusive de ses produits sur le territoire français ; que ce contrat contenait une clause compromissoire ; que, le 26 mars 2007, la société HTC a résilié le contrat ; que la société Doga a assigné la société HTC devant un tribunal de commerce en paiement de dommages-intérêts sur le fondement de l’article L. 442-6 I 5° du code de commerce pour rupture abusive du contrat ; que la société HTC a soulevé l’incompétence de la juridiction étatique en se prévalant de la clause compromissoire ;

 

Sur le premier moyen, pris en ses trois branches :

 

Attendu que ce grief n’est pas de nature à permettre l’admission du pourvoi ;

 

Sur le second moyen, pris en ses deux branches :

 

Attendu que la société Doga fait grief à l’arrêt d’avoir rejeté son contredit et dit le tribunal de commerce de Versailles incompétent au profit de la juridiction arbitrale pour statuer sur le litige, alors, selon le moyen :

 

1°/ qu’après avoir relevé que la société Doga avait “introduit le présent litige sur le fondement des dispositions de l’article L. 442-6, I, 5° en faisant valoir que HTC avait rompu de manière brutale les relations commerciales établies”, ce dont il résultait qu’était en cause l’application d’une loi de police, la cour d’appel, qui a néanmoins écarté la compétence, pourtant impérative en ce cas, des juridictions étatiques françaises revendiquée par la société Doga, n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, violant ainsi l’article 3 du code civil, ensemble les principes généraux du droit international privé ;

2°/ Alors, en tout état de cause et subsidiairement, que la rupture brutale d’une relation commerciale établie, en violation des dispositions d’ordre public de l’article L. 442-6, I, 5° du code de commerce, constitue un délit civil, qui engage la responsabilité délictuelle de son auteur ; que même si cet agissement illicite a été commis à l’occasion d’un contrat, l’action en réparation intentée par la victime pour voir sanctionner la méconnaissance par l’autre partie d’une obligation légale est en elle-même sans lien avec le contrat, de sorte que la clause compromissoire qu’il contient est manifestement inapplicable au litige ; qu’en décidant le contraire, la cour d’appel a violé le texte susvisé, ensemble l’article 1458 du code de procédure civile ;

Mais attendu qu’ayant relevé que la clause compromissoire visant tout litige ou différend né du contrat ou en relation avec celui-ci n’était pas manifestement inapplicable dès lors que la demande de Doga présentait un lien avec le contrat puisqu’elle se rapportait notamment aux conditions dans lesquelles il y avait été mis fin et aux conséquences en ayant résulté pour Doga, peu important que des dispositions d’ordre public régissent le fond du litige dès lors que le recours à l’arbitrage n’est pas exclu du seul fait que des dispositions impératives, fussent-elles constitutives d’une loi de police, sont applicables, la cour d’appel en a exactement déduit qu’il appartenait à l’arbitre de se prononcer par priorité sur sa propre compétence ; que le moyen ne peut être accueilli ;

 

PAR CES MOTIFS :

 

REJETTE le pourvoi ;

 


 

Président : M. Charruault

Rapporteur : M. Falcone, conseiller

Avocat général : M. Legoux

Avocat(s) : SCP Delaporte, Briard et Trichet ; SCP Gaschignard