Arrêt n° 671 du 23 juin 2011 (10-15.811) - Cour de cassation - Première chambre civile

Transports ferroviaires

Rejet


Demandeur(s) : Mme J... X...

Défendeur(s) : Société nationale des chemins de fer français (SNCF) prise en son Agence juridique interrégionale Sud-Est ; M. P... Y...


Sur le moyen unique :

Attendu qu’E... Z... , passager d’un train, ayant été mortellement blessé de plusieurs coups de couteau par M. Y..., sa mère Mme X... a assigné ce dernier ainsi que la SNCF en réparation de son préjudice moral ;

Attendu qu’il est fait grief à l’arrêt attaqué (Grenoble, 5 janvier 2010) d’avoir rejeté sa demande dirigée contre la SNCF alors, selon le moyen :

1°/ que le transporteur ferroviaire, tenu envers les voyageurs d’une obligation de sécurité de résultat de les conduire sains et saufs à destination, ne peut s’exonérer de sa responsabilité qu’en apportant la preuve d’un cas de force majeure, à savoir de circonstances imprévisibles et irrésistibles ; que les agressions de voyageurs dans un train sont prévisibles ; qu’ainsi, la cour d’appel ne pouvait décider que l’agression mortelle de E... Z... dans le train Grenoble-Lyon par un voyageur, au demeurant démuni de titre de transport, était imprévisible, au motif inopérant du trouble de comportement de l’agresseur, sans violer l’article 1148 du code civil ;

2°/ que d’autre part, l’agression de E... Z... étant survenue au moment de la coupe du monde de football de 1998 dans une région où se déroulaient des matches, l’afflux de population et de supporters qui devaient alors emprunter les transports imposait à la SNCF de prendre des mesures exceptionnelles de précaution, notamment en renforçant son personnel de contrôle et de surveillance ; qu’il résulte des propres constatations de la cour d’appel que la SNCF n’avait pris aucune mesure particulière pour la protection des voyageurs lors du parcours ferroviaire vers Saint-Etienne où devait se dérouler un match de football et que l’agresseur, anglais, monté dans le train sans titre de transport n’avait pas été contrôlé ; qu’ainsi faute de déduire de ces constatations qu’en l’absence de toute preuve ou allégation de quelconques mesures de prévention, il y avait lieu d’écarter l’existence d’un cas de force majeure faute d’irrésistibilité de l’agression, la cour d’appel a derechef violé l’article 1148 du code civil ;

Mais attendu qu’après avoir constaté que M. Y... s’était soudainement approché d’E... Z... et l’avait poignardé sans avoir fait précéder son geste de la moindre parole ou de la manifestation d’une agitation anormale, la cour d’appel a estimé qu’un tel geste, en raison de son caractère irrationnel, n’eût pu être empêché ni par un contrôle à bord du train des titres de transport, faute pour les contrôleurs d’être investis du pouvoir d’exclure du train un voyageur dépourvu de titre de transport, ni par la présence permanente d’un contrôleur dans la voiture, non plus que par une quelconque autre mesure à bord du train ; qu’elle en a déduit à bon droit que l’agression commise par M. Y... présentait pour la SNCF un caractère imprévisible et irrésistible ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS  :

REJETTE le pourvoi ;



Président : M. Charruault

Rapporteur : Mme Crédeville, conseiller

Avocat général : M. Pagès

Avocat(s) : Me Bouthors ; SCP Odent et Poulet