Arrêt n° 474 du 16 mai 2013 (11-28.252) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2013:C100474

Propriété littéraire et artistique

Rejet


Demandeur(s) : La société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes de la musique et de la danse (Spedidam)

Défendeur(s) :L’Institut national de l’audiovisuel (INA) ; et autres


Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 21 septembre 2011), que trois vidéogrammes d’une série télévisée réalisée en 1968 ayant été ultérieurement exploités sans l’autorisation des vingt-trois musiciens qui les avaient sonorisés, la Société de perception et de distribution des droits des artistes interprètes de la musique et de la danse (Spedidam) a, en décembre 2004, assigné l’Institut national de l’audiovisuel (INA), aux droits des sociétés DEMD et Europe images international, productrices des oeuvres litigieuses, en réparation des préjudices de chacun ; que son action, en tant que menée au nom de douze artistes interprètes dont le décès était avéré, a été dite irrecevable ;

Attendu que la Spedidam fait grief à la cour d’appel d’avoir ainsi statué, alors, selon le moyen, que les héritiers étant tenus par les conventions que leur auteur a passées, la cession par un artiste de ses droits de propriété intellectuelle à une société de gestion collective perdure après le décès de l’artiste ; que cette cession confère à la société de gestion collective la qualité pour défendre en justice ces droits, sans avoir à solliciter un quelconque mandat des héritiers ; qu’en l’espèce, la Spedidam faisait valoir que son droit d’action ne résultait pas d’un mandat qui lui aurait été conféré par l’artiste interprète ou ses héritiers mais de l’apport que fait l’artiste-interprète de ses droits à la Spedidam lors de son adhésion, cet apport restant propriété de la Spedidam lors du décès de l’artiste-interprète ; qu’en s’abstenant de répondre à cette argumentation, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;

Mais attendu que l’arrêt, après avoir estimé que l’invocation faite par elle de ses statuts -« en cas de décès d’un associé, les rémunérations continueront à être versées à ses ayants droit »- (article 14) et de son règlement général -« en cas de décès d’un ayant droit, les droits lui revenant seront versés par la Spedidam à ses héritiers identifiés »- est sans pertinence en l’espèce où il est question, non de la répartition des rémunérations dues aux ayants droit de l’artiste décédé, mais d’une action en réparation d’un préjudice, énonce que le droit d’agir en justice dans l’intérêt d’autrui, revêtant un caractère exceptionnel, ne peut résulter que de la loi, sans que la Spedidam prétende qu’une disposition légale l’investirait du droit d’agir en toutes circonstances en réparation d’un préjudice subi par tel de ses adhérents décédé pour le compte des héritiers de celui-ci, au demeurant non identifiés et donc non avertis de cette action ; que ces motifs font exactement ressortir qu’une créance de réparation dont la victime ne s’est pas prévalue de son vivant, élément de l’actif successoral transmis ensuite à ses ayants cause universels, ne peut être invoquée en justice que par eux, sauf à ce qu’ils aient donné à un tiers mandat d’y procéder, élément dont l’absence est précisément constatée ; d’où il suit que le moyen manque en fait ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi


Président : M. Charruault

Rapporteur : M. Gridel, conseiller

Avocat général : M. Mellottée

Avocat(s) : SCP Waquet, Farge et Hazan ; SCP Boutet ; SCP Fabiani et Luc-Thaler