Arrêt n° 321 du 8 mars 2017 (16-13.533) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2017:C100321

Etranger

Cassation partielle sans renvoi

Demandeur : le préfet du Nord

Défendeur : Mme Fadha X...


Sur le moyen unique, pris en sa première branche :

Vu les articles L. 552-1 et L. 552-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ensemble les articles 63-1 et 803-6 du code de procédure pénale ;

Attendu qu’il résulte du deuxième de ces textes qu’en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d’inobservation des formalités substantielles, la juridiction qui est saisie d’une demande d’annulation ou relève d’office une telle irrégularité ne peut prononcer la mainlevée de la mesure de placement en rétention que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter atteinte aux droits de l’étranger ;

Attendu, selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel, et les pièces de la procédure, que Mme X..., de nationalité algérienne, en situation irrégulière en France, a été placée en garde à vue, le 6 janvier 2016, du chef d’organisation de mariage à visée migratoire, puis en rétention administrative, le 7 janvier ; que le préfet ayant saisi le juge des libertés et de la détention d’une requête en prolongation de la mesure de maintien en rétention administrative, celui-ci a constaté la régularité de la procédure et assigné l’intéressée à résidence ;

Attendu que, pour mettre fin à cette mesure, l’ordonnance retient que, lors d’une garde à vue, l’absence de remise d’un document écrit dans une langue comprise par l’intéressé, telle que prévue par l’article 803-6 du code de procédure pénale, porte nécessairement atteinte à ses droits, même si la personne était assistée d’un interprète lors de la notification de ceux-ci, et qu’il ressortait de la procédure qu’un document avait bien été remis, mais qu’aucun élément ne permettait d’établir qu’il s’agissait bien d’un document en langue arabe, alors qu’il avait été constaté que Mme X... avait besoin de l’assistance d’un interprète ;

Qu’en statuant ainsi, alors qu’ayant relevé que Mme X... avait bénéficié, par le truchement d’un interprète, de l’information de l’intégralité des droits prévus à l’article 803-6 du code de procédure pénale, il lui appartenait de rechercher si l’intéressée démontrait qu’une atteinte à ses droits résultait du défaut allégué de remise d’un document répondant aux exigences de ce même article, le premier président a violé les textes susvisés ;

Vu les articles L. 411-3 du code de l’organisation judiciaire et 1015 du code de procédure civile ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la seconde branche du moyen :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’elle déclare l’appel recevable, l’ordonnance rendue le 14 janvier 2016 par le premier président de la cour d’appel de Douai ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Gargoullaud, conseiller référendaire rapporteur
Avocat : SCP Odent et Poulet