Arrêt n°1114 du 19 décembre 2019 (19-22.946) - Cour de cassation - Première chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C101114

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Cassation partielle sans renvoi

Sommaire :
Il résulte des dispositions de l’article L. 3216-1 du code de la santé publique que, lorsque le juge des libertés et de la détention contrôle la régularité de la procédure de soins psychiatriques sans consentement, le moyen pris de l’irrégularité d’un certificat médical ne constitue pas une exception de procédure, au sens de l’article 112 du code de procédure civile, mais une défense au fond, qui peut être présentée pour la première fois en cause d’appel.


Demandeur(s) : M. A... X...

Défendeur(s) : M. le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Grasse ; et autres


Faits et procédure

1. Selon l’ordonnance attaquée, rendue par le premier président d’une cour d’appel (Aix-en-Provence, 28 août 2019), et les pièces de la procédure, le 1er août 2019, à l’occasion de sa garde à vue, M. X... a été examiné, par un médecin psychiatre du centre hospitalier d’Antibes-Juan-les-Pins. Celui-ci a établi un rapport d’expertise décrivant des troubles psychiques portant atteinte de façon grave à l’ordre public en vue de son admission en soins psychiatriques sans consentement sur décision du représentant de l’Etat dans le département, au visa duquel le préfet a pris, le lendemain, un arrêté d’admission sur le fondement de l’article L. 3213-1, I, du code de la santé publique. Le 9 août, M. X... a été admis dans cet établissement. Le 14 août, le préfet a pris, en application de l’article L. 3213-1, II, du même code, une décision de maintien des soins sous la forme de l’hospitalisation complète.

2. Le même jour, le juge des libertés et de la détention a été saisi, par le préfet, aux fins de poursuite de la mesure et, par M. X..., aux fins de mainlevée de celle-ci.

Examen de la recevabilité du pourvoi en ce qu’il est dirigé contre le directeur du centre hospitalier, relevée d’office après avis donné aux parties conformément aux dispositions de l’article 1015 du code de procédure civile

Vu les articles R. 3211-13 et R. 3211-19 du code de la santé publique :

3. Le pourvoi formé contre le directeur du centre hospitalier d’Antibes-Juan-les-Pins, avisé de l’audience conformément aux textes précités, mais qui n’était pas partie à l’instance, n’est pas recevable.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, pris en sa seconde branche

Enoncé du moyen

4. M. X... fait grief à l’ordonnance de déclarer irrecevables ses conclusions de procédure comme étant présentées pour la première fois en cause d’appel, alors « qu’en déclarant irrecevable le moyen tiré de l’irrégularité du certificat médical établi par le docteur Y... au regard de l’article L. 3213-1 du code de la santé publique, sur le fondement de l’article 112 du code de procédure civile relatif à la nullité des actes de procédure, alors que le certificat litigieux n’est pas un acte de procédure et que la méconnaissance de l’article L. 3213-1 du code de la santé publique constitue en réalité une défense au fond, la cour d’appel a violé, par fausse application, l’article 112 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 3213-1, L. 3216-1 du code de la santé publique et 112 du code de procédure civile :

5. Il résulte du deuxième de ces textes que, lorsque le juge des libertés et de la détention contrôle la régularité de la procédure de soins psychiatriques sans consentement, le moyen pris de l’irrégularité d’un certificat médical ne constitue pas une exception de procédure, au sens du dernier texte, mais une défense au fond.

6. Pour rejeter la demande de mainlevée présentée par le patient et statuer sur la poursuite de la mesure, l’ordonnance retient que M. X... n’a pas invoqué, in limine litis, d’exceptions de procédure de sorte que celles qu’il soulève pour la première fois en cause d’appel sont irrecevables.

7. En statuant ainsi, alors qu’il avait relevé que la contestation portait notamment sur l’irrégularité du certificat médical initial au regard de l’article L. 3213-1 précité, en tant que délivré par un médecin psychiatre de l’établissement d’accueil, de sorte qu’elle constituait une défense au fond, le premier président a violé les textes susvisés.

Portée et conséquences de la cassation

8. Après avis donné aux parties, conformément à l’article 1015 du code de procédure civile, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 1, du code de l’organisation judiciaire et 627 du code de procédure civile.

9. Les délais légaux pour statuer sur la mesure étant expirés, il ne reste plus rien à juger.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’elle déclare l’appel recevable, l’ordonnance rendue le 28 août 2019, entre les parties, par le premier président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence ;

DIT n’y avoir lieu à renvoi ;


Président : Mme Batut
Rapporteur : Mme Gargoullaud, conseiller référendaire
Avocat(s) : SCP Fabiani, Luc-Thaler et Pinatel