Arrêt n° 699 du 16 juillet 2020 (19-18.145) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C200699

Avocat - Pouvoirs des juges - Avocat (honoraires)

Cassation

Sommaire

La procédure spéciale prévue par l’article 174 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 ne s’applique qu’aux contestations relatives au montant et au recouvrement des honoraires des avocats. Il en résulte que le bâtonnier et, sur recours, le premier président, n’ont pas le pouvoir de connaître, même à titre incident, de la responsabilité de l’avocat à l’égard de son client résultant d’un manquement à son devoir de conseil et d’information.

Dès lors, encourt la cassation l’ordonnance qui pour fixer le montant des honoraires dus, retient que le manquement de l’avocat à son obligation d’information préalable du client concernant le tarif horaire pratiqué, s’il ne peut le priver de toute rémunération, peut conduire à une réfaction de ses honoraires dans une proportion appréciée par le juge.


Demandeur(s) : X..., Y..., Z... et V..., société d’exercice libéral à responsabilité limitée
Défendeur(s) : Parc Montmorency, société civile immobilière


Faits et procédure

1. Selon l’ordonnance attaquée rendue par le premier président d’une cour d’appel (Paris, 19 avril 2019), la société Immobilière Parc Montmorency (SIPM) a confié la défense de ses intérêts dans un litige relatif au recouvrement d’appels de fonds à la société X..., Y..., Z... et V... (l’avocat). A la suite d’un différend sur le montant des honoraires, la SIPM a saisi le bâtonnier de l’ordre d’une contestation de ceux-ci. Examen des moyens

Sur le premier moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

2. L’avocat fait grief à l’ordonnance de fixer à la seule somme de 26 163,59 euros hors-taxes le reliquat des honoraires dus par la SIPM et, en conséquence, de la condamner à lui verser cette somme, majorée des intérêts au taux légal à compter du 29 février 2016 et de la TVA au taux de 20 %, alors « que le juge de l’honoraire n’est pas habilité à se prononcer sur une éventuelle responsabilité de l’avocat envers son client, qui serait liée à un prétendu manquement à son devoir de conseil et d’information quant aux conditions de sa rémunération et à l’évolution prévisible de ses honoraires ; que dès lors, en retenant, pour réduire les honoraires dus par SIPM au cabinet CVML au titre du dossier Boucly à la somme de 20 000 euros, que ce dernier n’avait pas informé sa cliente, autrement qu’à réception des factures, de l’évolution prévisible du montant des honoraires et que ce manquement à son obligation d’information pouvait conduire à une réfection des honoraires réclamés dans une proportion appréciée par le juge, le premier Président de la cour d’appel a violé, ensemble, l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971 et l’article 174 du décret du 27 novembre 1991.  »

Réponse de la Cour

Vu l’article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 et l’article 174 du décret n° 91-1197 du 27 novembre 1991 :

3. La procédure spéciale prévue par le second de ces textes ne s’applique qu’aux contestations relatives au montant et au recouvrement des honoraires des avocats. Il en résulte que le bâtonnier et, sur recours, le premier président, n’ont pas le pouvoir de connaître, même à titre incident, de la responsabilité de l’avocat à l’égard de son client résultant d’un manquement à son devoir de conseil et d’information.

4. Pour fixer à la somme de 20 000 euros hors-taxes les honoraires dus dans le dossier SIPM/Boucly, soit un reliquat à devoir de 7 925 euros après versement des provisions, l’ordonnance énonce que dans ce dossier, la SIPM n’a jamais été informée, autrement qu’à réception des factures, de l’évolution prévisible du montant des honoraires et que ce manquement à l’obligation d’information préalable du client concernant le tarif horaire pratiqué ne peut aboutir à priver l’avocat de toute rémunération mais peut conduire à une réfaction des honoraires réclamés dans une proportion appréciée par le juge.

5. En statuant ainsi, le premier président a violé les textes susvisés.

Et sur le second moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

6. L’avocat fait grief à l’ordonnance de fixer à la seule somme de 26 163,59 euros hors-taxes le reliquat des honoraires dus par la SIPM et de la condamner, en conséquence à lui verser seulement cette somme, majorée des intérêts au taux légal à compter du 29 février 2016 et de la TVA au taux de 20 %, alors « que le juge de l’honoraire n’a pas le pouvoir de se prononcer sur une éventuelle responsabilité de l’avocat à l’égard de son client liée au manquement à son devoir de conseil et d’information quant aux conditions de sa rémunération et à l’évolution prévisible de ses honoraires ; que dès lors, en retenant, pour réduire les honoraires dus par SIPM au cabinet CVML au titre du dossier « Divers » à la somme de 35 000 euros, que ce dernier n’avait pas informé sa cliente, autrement qu’à la réception des factures, de l’évolution prévisible du montant des honoraires et que ce manquement à son obligation d’information pouvait conduire à une réfection des honoraires réclamés dans une proportion appréciée par le juge, le premier Président de la cour d’appel a violé, ensemble, l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971 et l’article 174 du décret du 27 novembre 1991. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 10 de la loi du 31 décembre 1971 et l’article 174 du décret du 27 novembre 1991 :

7. La procédure spéciale prévue par le second de ces textes ne s’applique qu’aux contestations relatives au montant et au recouvrement des honoraires des avocats. Il en résulte que le bâtonnier et, sur recours, le premier président, n’ont pas le pouvoir de connaître, même à titre incident, de la responsabilité de l’avocat à l’égard de son client résultant d’un manquement à son devoir de conseil et d’information.

8. Pour fixer à la somme de 35 000 euros hors-taxes les honoraires dus dans le dossier « Divers  » soit un reliquat à devoir de 16 310 euros après versement des provisions, l’ordonnance énonce que dans ce dossier, la SIPM n’a jamais été informée, autrement qu’à réception des factures, de l’évolution prévisible du montant des honoraires et que ce manquement à l’obligation d’information préalable du client concernant le tarif horaire pratiqué ne peut aboutir à priver l’avocat de toute rémunération mais peut conduire à une réfaction des honoraires réclamés dans une proportion appréciée par le juge.

9. En statuant ainsi, le premier président a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’ordonnance rendue le 19 avril 2019, entre les parties, par le premier président de la cour d’appel de Paris ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la juridiction du premier président de la cour d’appel de Paris autrement composée ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Bohnert
, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Nicolétis
Avocat(s) : SARL Cabinet Munier-Apaire - SCP Richard