Arrêt n°663 du 2 juillet 2020 (19-12.752) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
- ECLI:FR:CCAS:2020:C200663

Cassation

Demandeur(s) : M. A... X..., dit B.. ; et autre(s)
Défendeur(s) : caisse de Crédit mutuel La Frontalière


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Colmar, 20 décembre 2018) et les productions, par une ordonnance du 27 février 2009, un tribunal d’instance, statuant comme tribunal de l’exécution, a ordonné, à la requête de la caisse de Crédit mutuel La Frontalière (la banque), la vente forcée de biens immobiliers appartenant à M. X... et Mme Y....

2. Saisi par une nouvelle requête en adjudication forcée de la banque en date du 23 février 2017, le tribunal d’instance y a fait droit par ordonnance d’adhésion du 11 juillet 2017.

3. Sur le pourvoi immédiat formé par M. X... et Mme Y..., ce tribunal a, par ordonnance du 30 novembre 2017, dit n’y avoir lieu à rétracter sa décision et transmis le dossier à une cour d’appel.

Examen du moyen



Sur le moyen, pris en sa seconde branche

Enoncé du moyen

4. M. X... et Mme Y... font grief à l’arrêt de déclarer le pourvoi immédiat mal fondé, de maintenir l’ordonnance du 11 juillet 2017 du tribunal de l’exécution forcée immobilière, d’ordonner l’accès de la caisse de Crédit mutuel La Frontalière à l’adjudication forcée prononcée le 27 février 2009 par ordonnance du tribunal de l’exécution de Huningue concernant l’immeuble situé [...] cadastré section 5 n° [...], inscrit au Livre foncier de [...], au nom de M. A... X... et de Mme C... Y..., chacun pour moitié, pour avoir paiement de la somme de 177 770,90 CHF représentant la contrevaleur en euros au cours du 14 novembre 2016 de 154 334,44 euros et des intérêts au taux légal sur la somme de 11 629,87 CHF représentant la contrevaleur en euros au cours du 14 janvier 2016 de 10 803,41 euros et les cotisations d’assurance vie conformément au contrat à compter du 15 novembre 2016 jusqu’au règlement définitif alors « que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement ; qu’en statuant sans débat au visa de conclusions de la caisse de Crédit mutuel La Frontalière du 19 novembre 2018, postérieures au pourvoi immédiat de M. et Mme X... du 11 août 2017, sans même s’assurer que ces écritures avaient été communiquées à M. et Mme X... et que ceux-ci avaient été mis en mesure d’y répondre utilement, la cour d’appel a excédé ses pouvoirs et violé l’article 6.1 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. »

Réponse de la Cour

Vu les articles 672 et 673 du code de procédure civile et l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales :

5. Selon le premier de ces textes, la signification des actes entre avocats est constatée par l’apposition du cachet et de la signature de l’huissier de justice sur l’acte et sa copie avec l’indication de la date et du nom de l’avocat destinataire. Selon le deuxième, la notification directe des actes entre avocats s’opère par la remise de l’acte en double exemplaire à l’avocat destinataire, lequel restitue aussitôt à son confrère l’un des exemplaires après l’avoir daté et visé.

6. L’arrêt attaqué se prononce sans débat au visa de conclusions de la caisse de Crédit mutuel La Frontalière du 19 novembre 2018, postérieures au pourvoi immédiat de M. X... et Mme Y... du 11 août 2017, et comportant la mention imprimée selon laquelle elles avaient été notifiées à l’avocat constitué par M. X... et Mme Y....

7. En statuant ainsi, sans vérifier que ces conclusions avaient été notifiées à l’avocat de M. X... et de Mme Y... dans les formes requises, et que ces derniers en avaient eu connaissance et avaient été mis en mesure d’y répondre, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur l’autre branche du moyen, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 20 décembre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Colmar ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Metz ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : M. Cardini, conseiller référendaire
Avocat général : M. Aparisi, avocat général référendaire
Avocats : SCP Célice, Texidor, Périer