Arrêt n° 649 du 2 juillet 2020 (19-11.624 ) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C200649

Appel civil

Rejet

Demandeur(s) : Areva, société anonyme et autre(s)

Défendeur(s) : M. A... X... et autre(s)


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Versailles, 20 décembre 2018), la société Areva et la société Orano cycle, anciennement dénommée Areva NC, ont relevé appel de l’ordonnance du juge de la mise en état d’un tribunal de grande instance, rendue le 6 février 2018, ayant dit ce tribunal compétent pour connaître du litige opposant ces sociétés à M. X..., la société Opérations et organisations spéciales (la société OPOS) et M. Y.... Sur l’application de l’article 688 du code de procédure civile

2. Le mémoire ampliatif a été transmis en vue de sa notification à M. Y..., résidant au Mali, le 7 juin 2019. Il résulte des démarches que la société Areva et la société Orano cycle justifient avoir accomplies depuis lors auprès des autorités chargées de cette transmission, que ce mémoire n’a pas pu être remis à M. Y....

3. Un délai de six mois s’étant écoulé depuis la transmission du mémoire ampliatif, il y a lieu de statuer sur le pourvoi.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

4. La société Areva et la société Orano cycle font grief à l’arrêt de déclarer caduque leur déclaration d’appel formée à l’encontre de l’ordonnance rendue par le juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Nanterre le 6 février 2018 (RG n° 16/11570), en ce qu’elle vise le chef de décision disant le tribunal de grande instance de Nanterre compétent pour connaître du litige les opposant à M. X..., la société OPOS et M. Y..., alors :

« 1°/ que l’ordonnance du juge de la mise en état statuant sur une exception de procédure tirée de l’incompétence de la juridiction saisie n’est susceptible que d’un appel dans les formes et modalités fixées par les articles 776 et 905 du code de procédure civile, à l’exclusion de celles applicables à l’appel d’un jugement statuant exclusivement sur la compétence et visées aux articles 83 et suivants du même code, selon lesquels l’appelant doit notamment solliciter par voie de requête une autorisation d’assigner à jour fixe les intimés ; qu’en déclarant néanmoins caduque la déclaration d’appel de l’ordonnance du 6 février 2018, motif pris que la société Areva et la Société Orano cycle n’ayant pas sollicité par voie de requête une autorisation d’assigner à jour fixe les intimés, elles n’avaient pas respecté les formes et modalités de l’appel d’un jugement statuant exclusivement sur la compétence, telles qu’elles résultent des articles 83 et suivants susvisés, la cour d’appel a violé les articles 776 et 905 du code de procédure civile, ensemble les articles 83 et suivants, dans leur rédaction issue du décret n° 2017-891 du 6 mai 2017, du même code ;

2°/ que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle ; que le droit d’accès à un tribunal doit être concret et effectif : que les limitations à ce droit ne doivent pas restreindre l’accès ouvert à l’individu d’une manière ou à un point tel que le droit s’en trouve atteint dans sa substance même, notamment en raison d’un formalisme excessif en ce qui concerne les exigences procédurales ; que ne satisfont pas à cette exigence, les dispositions qui, par leur ambiguïté, ne mettent pas le justiciable en mesure de déterminer les modalités de la voie de recours qui lui est ouverte ; qu’en déclarant néanmoins caduque la déclaration d’appel de l’ordonnance du 6 février 2018, motif pris qu’elle ne respectait pas les formes de l’appel d’un jugement statuant exclusivement sur la compétence, telle qu’elles résultent des articles 83 et suivants du code de procédure civile, bien que la société Areva et la société Orano cycle aient pu légitimement considérer que l’appel relevait des modalités fixées par les articles 776 et 905 du code de procédure civile, dès lors que ces articles visent l’appel des ordonnances du juge de la mise en état statuant sur une exception de procédure, la cour d’appel, qui a privé les appelants de leur droit d’accès au juge d’appel, en leur opposant des dispositions dont l’ambiguïté était de nature à les induire en erreur, a violé l’article 6, §1, de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. »

Réponse de la Cour

5. Il résulte des articles 83, 84 et 85 du code de procédure civile, dans leur rédaction issue du décret n° 2017-891 du 6 mai 2017, que, nonobstant toute disposition contraire, l’appel dirigé contre la décision de toute juridiction du premier degré se prononçant sur la compétence sans statuer sur le fond du litige relève, lorsque les parties sont tenues de constituer un avocat, de la procédure à jour fixe et qu’en ce cas, l’appelant doit saisir, dans le délai d’appel, le premier président de la cour d’appel en vue d’être autorisé à assigner l’intimé à jour fixe.

6. L’application de ces textes spécifiques à l’appel d’une ordonnance d’un juge de la mise en état statuant sur la compétence du tribunal de grande instance se fonde sur la lettre et la finalité de l’ensemble du dispositif, dont l’objectif, lié à la suppression du contredit, était de disposer d’une procédure unique et rapide pour l’appel de tous les jugements statuant sur la compétence.

7. L’application de ces dispositions, sanctionnées par la caducité de l’appel, sauf cas de force majeure, ne pouvait être exclue pour une partie représentée par un avocat, professionnel avisé. En outre, ces dispositions poursuivent un but légitime au sens de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en l’occurrence la célérité et l’efficacité de la procédure d’appel des jugements statuant sur la compétence sans se prononcer sur le fond du litige, la compétence du juge appelé à connaître d’une affaire pouvant être définitivement déterminée dans les meilleurs délais. Elles ne portent pas une atteinte disproportionnée à l’accès au juge d’appel, un rapport raisonnable de proportionnalité existant entre les moyens employés et le but visé.

8. Dès lors, ayant relevé que les sociétés appelantes, qui ne se prévalaient d’aucun moyen pris d’un risque d’atteinte portée à leur droit à un procès équitable, ne s’étaient pas conformées à ces prescriptions, c’est à bon droit que la cour d’appel a prononcé la caducité de leur déclaration d’appel.

9. Le moyen n’est donc pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : M. de Leiris
, conseiller référendaire
Avocat général : M. Aparisi
, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Richard - Me Carbonnier