Arrêt n° 535 du 4 juin 2020 (19-10.443) - Cour de Cassation - Deuxième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C200535

Suspicion légitime

Cassation

Demandeur(s) : M. A... X...

Défendeur(s) : Procureur général près la cour d’appel de Riom et autre(s)


Faits et procédure

1. Selon l’ordonnance attaquée d’une première présidente de cour d’appel (Riom, 20 décembre 2018), la Direction nationale d’enquêtes fiscales a été autorisée par une ordonnance du 15 novembre 2017 rendue par M. Frassati, juge des libertés et de la détention du tribunal de grande instance de Cusset, à procéder à des visites et saisies domiciliaires dans les locaux occupés par M. X... sur le fondement des articles L. 16 B et R. 16 B-1 du livre des procédures fiscales.

2. Par assignation en date du 7 juin 2018, le comptable du pôle de recouvrement spécialisé de l’Allier a assigné M. X... devant le tribunal de grande instance de Cusset en paiement d’une certaine somme sur le fondement des articles L. 267 et R. 267-1 du livre des procédures fiscales.

3. M. Frassati a été chargé d’instruire et de statuer dans cette affaire.

4. M. X... a déposé une requête aux fins de récusation de M. Frassati.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en sa seconde branche

Enoncé du moyen

5. M. X... fait grief à l’ordonnance de rejeter la requête en récusation de M. Frassati, président du tribunal de grande instance de Cusset, chargé d’instruire et de statuer dans le cadre de l’instance pendante devant lui et enrôlée sous le n° RG 18/731, alors « qu’en s’abstenant, en toute hypothèse, de vérifier si le fait que M. Frassati, en qualité de président du tribunal de grande instance de Cusset, soit chargé d’instruire et de statuer dans une procédure fiscale dirigée contre M. X..., après avoir, en qualité de juge des libertés et de la détention de ce même tribunal, autorisé des visites domiciliaires dans plusieurs lieux susceptibles d’être occupés par ce dernier et aux saisies nécessitées par la recherche de la preuve d’une fraude fiscale présumée, n’était pas de nature à constituer une cause permettant à M. X... de douter de l’impartialité de celui-ci, la première présidente de la cour d’appel de Riom a privé sa décision de base légale au regard des articles 341 du code de procédure civile, L. 111-6 du code de l’organisation judiciaire et 6 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 111-6 du code de l’organisation judiciaire, 341 du code de procédure civile et 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

6. Il résulte de ces textes, d’une part, que toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue par un tribunal impartial, cette exigence devant s’apprécier objectivement, et, d’autre part, que la récusation d’un juge est admise s’il a précédemment connu de l’affaire.

7. Pour rejeter la requête en récusation, l’ordonnance retient que l’autorisation d’effectuer une visite domiciliaire donnée par un magistrat agissant en qualité de juge des libertés et de la détention n’empêche pas ce même magistrat, qui n’a pas pris parti au fond et qui est saisi ensuite d’une procédure de nature fiscale, de conserver son impartialité dans le cadre de cette seconde procédure et qu’à cet égard, dans le cadre du litige fiscal, le magistrat en cause a fait droit à la demande de réouverture des débats de M. X..., mesure favorable à ce dernier.

8. En se déterminant ainsi, sans rechercher si les fonctions successives du même juge, d’abord en qualité de juge des libertés et de la détention ayant autorisé l’administration fiscale à procéder à une visite domiciliaire et des saisies sur le fondement de l’article L. 16 B du livre des procédures fiscales, puis en qualité de président de la formation de jugement, l’amenaient à connaître des mêmes faits ce qui était de nature à constituer une cause permettant de douter de l’impartialité du juge, la première présidente, qui n’a pas mis la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle, a privé sa décision de base légale.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur la première branche du moyen :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’ordonnance rendue le 20 décembre 2018, entre les parties, par la première présidente de la cour d’appel de Riom ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cette ordonnance et les renvoie devant la juridiction du premier président de cour d’appel de Riom, autrement composée ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Jollec, conseiller référendaire
Avocat général : M. Aparisi, avocat général référendaire
Avocat(s) : SCP Gadiou et Chevallier -