Arrêt n°454 du 20 mai 2021 (19-19.258_19-19.259) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2021:C200454

Appel Civil

Rejet

Demandeur(s) : M. [Y] [T] et M. [N] [J] agissant tous deux en qualité de "gérants financiers" de M. [D] [B]
Défendeur(s) : M. [D] [B] et Mme [F] [R], épouse [B] et autre(s)


Jonction

1. En raison de leur connexité, les pourvois n° B 19-19.259 et A 19-19.258 sont joints.

Faits et procédure

2. Selon l’arrêt (Aix-en-Provence, 24 janvier 2019) et les jugements (juge de l’exécution du tribunal de grande instance de Grasse, 13 juin 2019) attaqués, sur des poursuites de saisie immobilière engagées par la société Deutsche Bank (la banque) à l’encontre de M. [B] et Mme [R], un jugement d’orientation en date du 31 mai 2018 a déclaré irrecevable l’intervention volontaire de MM. [T] et [J], rejeté les contestations de M. [B] et Mme [R] et ordonné la vente par adjudication de l’immeuble saisi.

3. MM. [T] et [J] ont interjeté appel de ce jugement après y avoir été autorisés par une ordonnance de la présidente de la chambre agissant sur délégation du premier président. Par arrêt du 24 janvier 2019, cet appel a été déclaré irrecevable.

4. Par un jugement du 21 mars 2019, un juge de l’exécution a fixé la date de la vente forcée au 13 juin 2019. MM. [T] et [J] ont fait signifier des conclusions d’intervention volontaire et ont demandé l’arrêt des poursuites du fait de l’exéquatur des décisions rendues par la cour d’arbitrage de la région de Moscou ayant converti la procédure ouverte contre M. [B] en liquidation judiciaire et désigné M. [J] en qualité de « gérant financier ».

5. Par un jugement du 13 juin 2019, un juge de l’exécution a déclaré irrecevable l’intervention volontaire de MM. [T] et [J] et ordonné que la vente forcée ait lieu le même jour. Par un jugement du même jour, ce juge de l’exécution a adjugé le bien immobilier.

Recevabilité du pourvoi n° A 19-19.258 contestée par la défense dirigé contre le jugement n° 2019/290 en date du 13 juin 2019 en ce qu’il déclare l’intervention volontaire de MM. [T] et [J] irrecevable

Vu les articles 605 du code de procédure civile et R. 311-7, alinéa 1er, du code des procédures civiles d’exécution :

6. Selon le second de ces textes, les jugements sont, sauf dispositions contraires, susceptibles d’appel. Selon le premier de ces textes, le pourvoi en cassation n’est ouvert que contre les jugements rendus en dernier ressort.

7. Il en résulte que le jugement du 13 juin 2019, qui a déclaré l’intervention volontaire et la demande aux fins d’arrêt des poursuites irrecevables, était susceptible d’appel de ce chef uniquement.

8. En conséquence, le pourvoi n’est pas recevable.

Recevabilité du pourvoi n° A 19-19.258, contestée par la défense, dirigé contre le jugement en date du 13 juin 2019 en ce qu’il adjuge le bien immobilier

Vu l’article 609 du code de procédure civile :

9. Aux termes de ce texte, seules les parties peuvent former un pourvoi. Un tiers est donc irrecevable à former un pourvoi contre un jugement auquel il n’est pas partie.

10. Il ne résulte pas des mentions du jugement d’adjudication du 13 juin 2019 que MM. [T] et [J] étaient parties.

11. En conséquence, le pourvoi n’est pas recevable.

Examen du moyen du pourvoi n° B 19-19.259

Sur le moyen, pris en sa première branche, ci-après annexé

12. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce grief qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen, pris en sa seconde branche

Enoncé du moyen

13. MM. [T] et [J] font grief à l’arrêt de déclarer irrecevable leur appel, alors « que les juges ne peuvent porter une atteinte excessive au droit à l’exercice d’un recours ; qu’en considérant que l’appel des exposants serait irrecevable au seul prétexte que la copie de l’ordonnance les autorisant à assigner à jour fixe annexée aux assignations à jour fixe signifiées aux parties est dépourvue de la signature de la présidente et que la police de caractère de la date figurant sur cette copie est différente de celle de la date de l’ordonnance présente au dossier de procédure, sans pour autant constater aucune autre différence quant au contenu de cette décision, sa motivation et sa date, la cour d’appel a fait preuve d’un formalisme excessif, portant une atteinte disproportionné au droit de MM. [T] et [J] à l’exercice d’un recours, et violant l’article 6, § 1, de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. »

Réponse de la Cour

14. Il résulte de l’article R. 322-19 du code des procédures civiles d’exécution, qu’ à peine d’irrecevabilité relevée d’office, l’appel du jugement d’orientation doit être formé selon la procédure à jour fixe dans les quinze jours suivant la notification de ce jugement. Aux termes de l’article 920 du code de procédure civile, relatif à la procédure du jour fixe, l’assignation pour le jour fixé doit contenir les copies de la requête, de l’ordonnance du premier président, et un exemplaire de la déclaration d’appel visé par le greffier ou une copie de la déclaration d’appel dans le cas mentionné au troisième alinéa de l’article 919.

15. Il résulte de ces textes qu’il incombe aux appelants, qui sont représentés par un avocat, de joindre à leur assignation à jour fixe la copie intègre de l’ordonnance du premier président.

16. Cette obligation est dénuée d’ambiguïté pour un avocat, professionnel avisé. Sa sanction, par une irrecevabilité de l’appel, est proportionnée au but légitime que poursuit cette disposition, qui est, dans un souci d’une bonne administration de la justice, d’assurer la célérité et l’efficacité de la procédure d’appel contre un jugement d’orientation rendu en matière de saisie immobilière et le respect du principe de la contradiction, en permettant aux autres parties de prendre connaissance en temps utile des prétentions de l’appelant ainsi que de l’ensemble des pièces de cette procédure accélérée et de vérifier sa régularité. Cette formalité, nécessaire, ne procède d’aucun formalisme excessif.

17. L’arrêt relève, d’abord, que l’ordonnance, dont la copie est dénoncée à l’assignation à jour fixe signifiée à la banque mais également aux autres parties, est dépourvue de la signature de la présidente de la chambre contrairement à celle figurant au dossier de la procédure.

18. Il constate, ensuite, que la police de caractère de la date de l’ordonnance signée par la présidente est différente de celle apparaissant sur la copie de l’ordonnance, annexée à l’assignation à jour fixe et que la date figurant sur l’ordonnance signée par la présidente est manuscrite de la façon suivante "le 04 SEP.2018" alors que la date figurant sur la copie de l’ordonnance annexée à l’assignation à jour fixe est dactylographiée comme suit "le 4 septembre 2018".

19. L’arrêt en déduit qu’il est manifeste que la copie de l’ordonnance sur requête annexée aux assignations à jour fixe n’est pas celle de l’ordonnance signée et datée par la présidente de la chambre figurant au dossier de la procédure.

20. En l’état de ces constatations, c’est à bon droit que la cour d’appel a prononcé l’irrecevabilité de l’appel.

21. Le moyen n’est, dès lors, pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

DÉCLARE le pourvoi n° A 19-19.258 irrecevable ;

REJETTE le pourvoi n° B 19-19.259 ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Jollec, conseiller référendaire
Avocat général : M. Girard
Avocat(s) : SCP Thouin-Palat et Boucard - SCP Bernard Hémery, Carole Thomas-Raquin, Martin Le Guerer