Arrêt n°331 du 12 mars 2020 (18-14.382) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile -ECLI:FR:CCAS:2020:C200331

Cassation partielle

Demandeur(s) : société Transport Camalon (Transcam), société à responsabilité limitée

Défendeur(s) : caisse générale de la sécurité sociale (CGSS) de la Réunion


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Saint-Denis de la Réunion, 19 décembre 2017), à la suite d’un contrôle portant sur les années 2009 à 2011, la caisse générale de la sécurité sociale de la Réunion (la caisse) a, le 24 septembre 2012, notifié à la société Transport Camalon (la société), une lettre d’observations mentionnant plusieurs chefs de redressement, suivie, le 27 février 2013, d’une mise en demeure.

2. Une contrainte lui ayant été signifiée, le 18 novembre 2013, la société a formé opposition devant une juridiction de sécurité sociale. Elle conteste, notamment, le chef de redressement afférent à la réintégration, dans l’assiette de la contribution sociale généralisée, de la contribution pour le remboursement de la dette sociale et du forfait social, du montant des primes « Cospar » qui auraient dû, selon la caisse, être versées aux salariés en application de l’accord interprofessionnel du 25 mai 2009 pour la Réunion, étendu par arrêté du 27 juillet 2009.

Examen des moyens

Sur les deux moyens du pourvoi principal, ci-après annexés

3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur les deux moyens du pourvoi principal, qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le moyen unique du pourvoi incident

Enoncé du moyen

4. La caisse fait grief à l’arrêt d’accueillir la contestation de la société en ce qu’elle porte sur le redressement opéré au titre du bonus Cospar, alors que « selon l’article 3 de la loi n° 2009-594 du 27 mai 2009 pour le développement économique des outre-mer, un accord régional ou territorial interprofessionnel conclu selon les modalités prévues à l’article L. 2232-2 du code du travail et applicable dès 2009, peut permettre aux entreprises implantées dans les départements et régions d’outre-mer et dans les collectivités de Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Martin et Saint-Barthélemy, de verser à leurs salariés un bonus exceptionnel, d’un montant maximal de 1 500 euros par salarié et par an, exonéré de toutes cotisations sauf la CSG et la CRDS ; qu’un arrêté d’extension du ministre du travail du 27 juillet 2009 a rendu obligatoire pour tous les employeurs et tous les salariés compris dans son champ d’application, les dispositions du titre Ier de l’accord régional interprofessionnel du 25 mai 2009 à la Réunion imposant aux employeurs de verser le bonus Cospar à leurs salariés, même s’ils ne sont pas adhérents du Medef ; qu’en disant l’employeur fondé à contester le redressement opéré au titre du bonus Cospar aux motifs inopérants que « le Medef est seul signataire de l’accord du 25 mai 2009 » et que « la société Transcam est adhérente du syndicat FNTR dont l’adhésion au MEDEF n’est pas invoquée ni établie », la cour d’appel a méconnu les effets de l’arrêté d’extension du 27 juillet 2009 et a violé les textes visés au moyen. »

Réponse de la Cour

Vu les dispositions du titre 1er (Rémunérations) de l’accord régional interprofessionnel de La Réunion, signé le 25 mai 2009, et étendu par l’arrêté du ministre du travail du 27 juillet 2009, les articles L. 2261-15 du code du travail et 3, I, de la loi n° 2009-594 du 27 mai 2009 pour le développement économique des outre-mer, ce dernier dans sa rédaction applicable à la date d’exigibilité des cotisations et contributions litigieuses :

5. Il résulte du troisième de ces textes, rendu applicable par le dernier aux accords régionaux ou territoriaux interprofessionnels qu’il prévoit, que l’extension d’un accord par arrêté du ministre du travail rend les stipulations de l’accord obligatoires pour tous les salariés et employeurs compris dans le champ d’application de ce dernier.

6. Pour dire que la société est fondée à contester le redressement opéré au titre du bonus Cospar pour les années 2010 et 2011, l’arrêt, après avoir rappelé que l’arrêté d’extension du ministre a pour effet de rendre obligatoires les dispositions d’un accord professionnel ou interprofessionnel pour tous les employeurs compris dans son champ d’application professionnel et territorial, dont les organisations patronales sont représentatives à la date de la signature de l’accord, retient que l’arrêté d’extension du 27 juillet 2009 n’est pas applicable à la société, dès lors qu’il est établi et non discuté que le MEDEF est seul signataire de l’accord du 25 mai 2009 et que la société est adhérente du syndicat FNTR dont l’adhésion au MEDEF n’est pas invoquée ni établie.

7. En statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu’il lui appartenait seulement de déterminer si la société était comprise dans le champ d’application professionnel de l’accord étendu du 25 mai 2009, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, la Cour,

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il a débouté la société Transport Camalon de sa demande en nullité du jugement et en ce qu’il a confirmé le jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale de Saint-Denis de la Réunion rejetant la demande d’annulation de l’acte de signification de la contrainte ainsi que la demande de nullité de la contrainte, l’arrêt rendu le 19 décembre 2017, entre les parties, par la cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion ;

Remet, sauf sur ces points, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Saint-Denis de la Réunion, autrement composée ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Le Fischer conseiller référendaire
Avocat général : M. de Monteynard
Avocat(s) : SCP Coutard et Munier-Apaire - SCP Gatineau et Fattaccini