Arrêt n°328 du 12 mars 2020 (19-11.399) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
- ECLI:FR:CCAS:2020:C200328

Cassation partielle

Demandeur(s) : URSSAF Aquitaine

Défendeur(s) : société Etablissements X..., société par actions simplifiée


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Pau, 29 novembre 2018), la société Etablissements X... (la société) a fait l’objet d’un contrôle de l’application des législations de sécurité sociale et d’assurance de garantie des salaires par l’URSSAF d’Aquitaine (l’URSSAF), pour les années 2012 à 2014.

2. Par une lettre d’observations du 30 juillet 2015, l’URSSAF a notifié à la société un redressement portant notamment sur la réintégration, dans l’assiette des cotisations, des sommes attribuées aux salariés en exécution de l’accord de participation conclu le 28 octobre 2010.

3. La société a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, ci-après annexé

4. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen, qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le second moyen, pris en sa quatrième branche

Enoncé du moyen

5. L’URSSAF fait grief à l’arrêt de prononcer la nullité du redressement ayant donné lieu aux deux mises en demeure du 12 novembre 2015 alors « qu’en toute hypothèse, aucune violation du principe du contradictoire ne peut être caractérisée lorsque l’URSSAF a informé le cotisant, dans la lettre d’observations, de la teneur et de l’origine des informations et documents obtenus auprès de tiers avant la mise en recouvrement ; qu’en l’espèce, la lettre d’observations, qui avait été adressée à la société contrôlée le 30 juillet 2015, mentionnait expressément que, questionnée sur la réalité du dépôt de l’accord de participation, la Direccte en avait confirmé l’absence ; qu’en affirmant, pour dire que la procédure de contrôle était frappée de nullité et annuler le redressement litigieux, qu’à défaut d’avoir porté les renseignements pris auprès de l’administration à la connaissance préalable de la société en lui précisant les coordonnées du service et de la personne physique qui l’avait renseignée, l’URSSAF n’avait pas respecté le principe du contradictoire, la cour d’appel a violé les articles R. 243-59 et L. 119-21 du code de la sécurité sociale. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale :

6. Selon le second de ces textes, l’organisme ayant usé du droit de communication en application du premier est tenu d’informer la personne physique ou morale à l’encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d’une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l’origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s’est fondé pour prendre cette décision. Cette obligation d’information, qui doit être satisfaite avant la mise en recouvrement des cotisations en litige, constitue une formalité substantielle dont le non respect entraîne la nullité de la procédure de contrôle.

7. Pour annuler le redressement litigieux au motif tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, l’arrêt retient que soutenir qu’il n’est pas établi que l’entreprise n’ait pas été informée de son interrogation de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) est inopérant dans la mesure où ni la lettre d’observations, ni les contestations de la cotisante, ni le courrier de maintien du redressement ne portent mention de la connaissance préalable que pouvait avoir eue la cotisante de la demande formée par l’agent de recouvrement de l’URSSAF auprès de la direction régionale, et que l’URSSAF devait recueillir les renseignements litigieux en toute transparence et les porter à la connaissance préalable de la société en lui précisant les coordonnées du service et de la personne physique qui l’avaient renseignée afin que ladite société puisse répondre éventuellement et apporter tout justificatif qu’elle estimait utile.

8. En statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses constatations que l’URSSAF avait porté les informations relatives à l’exercice de son droit de communication dans la lettre d’observations du 30 juillet 2015, soit avant la mise en recouvrement des cotisations litigieuses, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il prononce la nullité du redressement ayant donné lieu aux deux mises en demeure du 12 novembre 2015, l’arrêt rendu le 29 novembre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Pau ;

Remet, sur ce point, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Bordeaux ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Vigneras, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : SCP Gatineau et Fattaccini - SCP Matuchansky, Poupot et Valdelièvre