Arrêt n°307 du 12 mars 2020 (18-21.648) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
-ECLI:FR:CCAS:2020:C200307

Sécurité sociale, cotisations et contributions du régime général - Chose jugée

Cassation partielle

Demandeur(s) : Le Pactole, société à responsabilité limitée

Défendeur(s) : URSSAF Ile-de-France et autre(s)


Désistement partiel

1. Il est donné acte à la société Le Pactole du désistement de son pourvoi en ce qu’il est dirigé contre le ministre chargé de la sécurité sociale.

Faits et procédure

2. Selon l’arrêt attaqué (Paris, 22 juin 2018), à la suite d’un contrôle inopiné l’ayant conduit à constater l’emploi de deux travailleurs non déclarés au sein de la société Le Pactole (la société), l’URSSAF de Paris et de la région parisienne, aux droits de laquelle vient l’URSSAF d’Ile-de-France (l’URSSAF), a procédé au redressement des cotisations de la société pour la période du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012 et lui a notifié une mise en demeure, puis décerné une contrainte.

3. Poursuivis devant la juridiction correctionnelle du chef de travail dissimulé, les deux co-gérants de la société ont été relaxés pour l’un des deux salariés concernés et déclarés coupables pour l’autre.

4. La société a formé opposition devant une juridiction de sécurité sociale à la contrainte décernée à son encontre par l’URSSAF.

Examen du moyen

Sur le moyen unique, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

5. La société fait grief à l’arrêt de déclarer bien fondé le redressement opéré par l’URSSAF au titre du travail dissimulé de deux salariés sur la période du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012, de valider la contrainte délivrée le 4 janvier 2013 et signifiée le 16 janvier 2013, sauf à en ramener le montant à 16 942 euros pour les cotisations et à 3 257 euros pour les majorations de retard provisoires, pour la période du 1er janvier 2008 au 3 juin 2012 et de débouter la société de l’ensemble de ses demandes, alors, « que le délai de prescription en cas de redressement de l’URSSAF est de trois années civiles à compter de l’envoi de la mise en demeure ou, par exception, de cinq années civiles en cas d’infraction de travail illégal ; que cette prescription doit être ramenée à trois ans en cas de relaxe par le juge pénal ; qu’en retenant en l’espèce que le redressement pouvait porter sur la période contrôlée allant du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012 dès lors qu’un procès-verbal avait été adressé au procureur de la République le 2 août 2012 bien qu’elle eût constaté que l’employeur avait été relaxé du chef d’exécution de travail dissimulé pour M. X..., d’où il s’évinçait que, pour celui-ci, le délai de prescription devait être ramené à trois ans, la cour d’appel a violé le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil, ensemble, par fausse application, les dispositions de l’article L. 244-3 du code de la sécurité sociale dans leur rédaction applicable. »

Réponse de la Cour

6. Aux termes de l’article L. 244-3 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige, la prescription quinquennale se substituant à la prescription triennale est seulement soumise à la constatation d’une infraction de travail illégal par procès-verbal établi par l’inspecteur du recouvrement.

7. Le jugement de relaxe étant sans incidence à cet égard, la cour d’appel qui a constaté l’établissement d’un procès-verbal pour travail dissimulé en date du 2 août 2012, adressé au procureur de la République, en a exactement déduit que la mise en demeure pouvait porter sur la période du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012.

8. Le moyen n’est donc pas fondé.

Mais sur le même moyen, pris en sa deuxième branche

Enoncé du moyen

9. La société fait le même grief alors « qu’en déclarant bien fondé le redressement opéré par l’URSSAF au titre du travail dissimulé de M. X... sur la période du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012 cependant qu’elle constatait que Messieurs A... et B... Y... avaient été relaxés du chef d’exécution de travail dissimulé pour M. X... le 6 juin 2012, tous deux en qualité d’employeurs, par jugement du tribunal correctionnel de Paris du 29 janvier 2014 statuant sur le fond de l’action publique, la cour d’appel a violé le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil. »

Réponse de la Cour

Vu le principe de l’autorité de la chose jugée au pénal sur le civil ;

10. Pour valider la contrainte, l’arrêt, après avoir relevé que par jugement correctionnel du 29 janvier 2014, MM. A... et B... Y..., co-gérants de la société, avaient été relaxés des fins de la poursuite pour travail dissimulé s’agissant de M. X..., et déclarés coupables du même chef s’agissant de M. Z..., retient que la motivation stéréotypée de cette décision ne permet pas de déterminer les motifs précis ayant conduit au prononcé de la relaxe et qu’en conséquence, seule doit être considérée définitivement établie leur culpabilité pour le travail de M. Z....

11. En statuant ainsi, alors qu’elle constatait que les dirigeants de la société avaient été relaxés du chef de travail dissimulé pour l’un des deux salariés par une décision définitive d’une juridiction de jugement statuant sur le fond de l’action publique, la cour d’appel a violé le principe susvisé.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur l’autre branche du moyen, la Cour :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il déclare bien fondé le redressement opéré au titre du travail dissimulé de M. Z... sur la période du 1er janvier 2008 au 30 juin 2012, l’arrêt rendu le 22 juin 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ;

Remet, sauf sur ce point, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Paris, autrement composée ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Taillandier-Thomas
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : SCP Ohl et Vexliard - SCP Gatineau et Fattaccini