Arrêt n°26 du 7 janvier 2021 (19-24.155) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile
- ECLI:FR:CCAS:2021:C200026

Sécurité sociale, assurances sociales du régime général

Rejet

Demandeur(s) : Groupement d’intérêt public Habitat et interventions sociales

Défendeur(s) : Caisse primaire d’assurance maladie des Hauts-de-Seine ; et autres


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Paris, 13 septembre 2019) et les productions, par décision administrative du 18 février 2015, M. X... (la victime), employé en qualité d’agent contractuel de droit public non titulaire par le groupement d’intérêt public « Habitat et interventions sociales » (l’employeur), a été placé en congé de grave maladie, à compter du 19 décembre 2014 pour une durée initiale de six mois, renouvelée jusqu’au 19 décembre 2016 par décisions administratives successives.

2. L’employeur a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale, afin d’obtenir, en sa qualité de subrogé dans les droits de la victime, le paiement des indemnités journalières de l’assurance maladie que la caisse primaire d’assurance maladie des Hauts-de-Seine (la caisse) a refusé de verser, au motif qu’elle n’a pas reçu les avis de prolongation des arrêts de travail de la victime.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

3. L’employeur fait grief à l’arrêt de rejeter son recours, alors :

« 1°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 prévoyant qu’en vue de l’octroi d’un congé de grave maladie, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause et la décision est prise par le chef de service sur avis émis par un comité médical ; qu’en retenant, pour refuser de faire application des règles dérogatoires, que cette procédure « ne se substituerait en rien » (arrêt, p. 5, § 3) aux dispositions du code de la sécurité sociale, la cour d’appel a violé, par refus d’application, les articles 2 et 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale ;

2°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 prévoyant qu’en vue de l’octroi d’un congé de grave maladie, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause et que la décision d’octroi du congé est prise par le chef de service sur avis émis par un comité médical ; que le caractère d’ordre public d’une règle fait obstacle à ce qu’il y soit dérogé par la voie conventionnelle mais ne fait pas obstacle à l’application de dispositions spéciales, législatives ou réglementaires, contraires ; qu’en retenant que le caractère d’ordre public des règles de la sécurité sociale interdirait d’y déroger, cependant que les dispositions de l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 organisant un régime spécifique ne constituent pas des stipulations conventionnelles, mais des dispositions réglementaires dérogatoires, la cour d’appel a violé, par refus d’application, les articles 2 et 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale ;

3°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 prévoyant qu’en vue de l’octroi d’un congé de grave maladie, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause et que la décision d’octroi du congé est prise par le chef de service sur avis émis par un comité médical ; que l’administration est tenue d’envoyer à la CPAM concernée une copie de la décision de placement d’un agent en congé de grave maladie et, le cas échéant, des décisions de prolongation de ce congé ; qu’en retenant que les diminutions de prestations en espèce pour défaut d’envoi des arrêts de travail dans le délai réglementaire s’appliqueraient aux agents contractuels placés en congé de grave maladie, la cour d’appel a violé, par refus d’application, les articles 2 et 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale ;

4°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 18 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 qui organisent une procédure de contrôle spécifique ; qu’en retenant que la circonstance que la CPAM n’aurait prétendument pas disposé de l’adresse de M. X... aurait rendu impossibles les contrôles par son service et, par suite, serait de nature à justifier le refus de versement d’indemnités journalières à l’agent, cependant que le contrôle de la situation de cet agent incombait à un médecin agréé de l’administration, la cour d’appel a violé, par refus d’application, les articles 2, 13 et 18 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale ;

5°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 prévoyant qu’en vue de l’octroi d’un congé de grave maladie, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause et que la décision d’octroi du congé est prise par le chef de service sur avis émis par un comité médical ; que, dans ce régime dérogatoire, le médecin traitant habituel de l’agent contractuel n’établit pas de prescriptions d’arrêts de travail dans les conditions de droit commun ; qu’en retenant que le comité médical départemental n’étant pas un médecin traitant, il ne serait pas compétent pour prescrire un arrêt de travail ouvrant droit aux prestations de l’assurance maladie, la cour d’appel s’est prononcée par des motifs qui ne sont pas de nature à justifier sa décision et a violé, par refus d’application, les articles 2 et 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale ;

6°/ que la réglementation du régime général de la sécurité sociale n’est applicable aux agents contractuels relevant des groupements d’intérêt public que sous réserve de dispositions spéciales contraires ; que constituent des dispositions spéciales contraires les dispositions édictées à l’article 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 prévoyant qu’en vue de l’octroi d’un congé de grave maladie, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause et que la décision d’octroi du congé est prise par le chef de service sur avis émis par un comité médical ; que l’administration est tenue d’envoyer à la CPAM concernée une copie de la décision de placement d’un agent en congé de grave maladie et, le cas échéant, des décisions de prolongation de ce congé ; qu’en retenant qu’il appartiendrait à l’agent contractuel assuré social de déclarer à la CPAM sa maladie et non à la CPAM de se livrer à des « investigations » (p. 5, § 9), la cour d’appel s’est prononcée par des motifs qui ne sont pas de nature à justifier sa décision et a violé, par refus d’application, les articles 2 et 13 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ainsi que 34 et 35 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 et, par fausse application, les articles L. 321-1, L. 321-2 et R. 321-2 du code de la sécurité sociale.  »

Réponse de la Cour

Recevabilité du moyen

4. La caisse conteste la recevabilité du moyen en raison de sa nouveauté.

5. Cependant, il ressort des productions que le moyen avait été soulevé par l’employeur à hauteur d’appel.

6. Le moyen est, en conséquence, recevable.

Bien-fondé du moyen

7. Selon les articles L. 321-2, alinéa 2, et R. 321-2 du code de la sécurité sociale, l’assuré doit, en cas d’interruption du travail ou de prolongation de l’arrêt de travail, envoyer, dans les délais et sous les sanctions qu’ils prévoient, les avis d’arrêt de travail et de prolongation d’arrêt de travail délivrés par son médecin traitant à la caisse primaire d’assurance maladie.

8. Aux termes de l’article 2 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 modifié, rendu applicable aux agents non titulaires des groupements d’intérêt public par le décret n° 2013-292 du 5 avril 2013, dans sa rédaction applicable au litige, la réglementation du régime général de sécurité sociale ainsi que celle relative aux accidents du travail et aux maladies professionnelles sont applicables, sauf dispositions contraires, aux agents contractuels de droit public recrutés, notamment, par les groupements d’intérêt public. Ces agents sont, dans tous les cas, affiliés aux caisses primaires d’assurance maladie pour bénéficier des assurances maladie, maternité, invalidité et décès et de la couverture du congé de paternité.

9. Selon l’article 13 du même texte, l’agent non titulaire en activité bénéficie, dans les conditions qu’il précise, d’un congé de grave maladie pendant une période maximale de trois ans, assortie du maintien en tout ou partie de son traitement. En vue de l’octroi de ce congé, l’intéressé est soumis à l’examen d’un spécialiste agréé compétent pour l’affection en cause. La décision d’octroi est prise par le chef de service sur avis émis par le comité médical saisi du dossier selon la procédure prévue par la réglementation en vigueur pour les fonctionnaires titulaires.

10. Il résulte de la combinaison de ces textes que les agents publics non titulaires, compris dans le champ d’application du décret du 17 janvier 1986 sont tenus, pour l’attribution des indemnités journalières de l’assurance maladie du régime général, aux obligations prévues par les articles L. 321-2 et R. 321-2 susmentionnés du code de la sécurité sociale, la procédure prévue par l’article 13 du décret du 17 janvier 1986 ayant pour objet exclusif l’admission de l’agent au bénéfice du congé de grave maladie.

11. Pour rejeter le recours de l’employeur et dire fondée la suspension des indemnités journalières, ayant constaté que la caisse n’avait pas reçu les éléments médicaux pour faire contrôler par son service la pertinence de l’arrêt de travail de la victime, et ne connaissait pas l’adresse de celle-ci pour contrôler l’effectivité de l’arrêt de travail, l’arrêt retient que la procédure administrative applicable à l’agent qui a de graves problèmes de santé, sous le contrôle d’une instance médicale, instituée par les décrets n° 86-83 du 17 janvier 1986 et n° 86-442 du 14 mars 1986, ne se substitue en rien aux dispositions impératives du code de la sécurité sociale. Il ajoute que l’article 2 du décret du 17 janvier 1986 prévoit expressément le cas d’une diminution des prestations en espèce servies par le régime général, par application de l’article R. 321-2 du code de la sécurité sociale, et institue une diminution à due concurrence du traitement de l’agent. L’arrêt en déduit que la victime, en tant qu’assuré social, doit respecter les dispositions prescrites par le code de la sécurité sociale, et son employeur, subrogé dans les droits de son salarié, ne peut disposer de plus de droits que lui. Il précise que le comité médical départemental n’étant pas un médecin traitant au sens de l’article L. 321-1, il ne peut prescrire l’arrêt de travail ouvrant droit aux prestations de l’assurance maladie et que c’est à l’assuré social qu’il appartient de déclarer à la caisse sa maladie en application de l’article L. 321-2 du code de la sécurité sociale et non à la caisse de se livrer à des investigations.

12. De ces énonciations, dont elle a fait ressortir qu’en qualité d’agent contractuel non titulaire d’un groupement d’intérêt public, la victime relevait du régime général de la sécurité sociale pour la couverture des risques maladie, la cour d’appel en a exactement déduit que son droit aux indemnités journalières de l’assurance maladie était subordonné à la transmission à la caisse des avis d’arrêts de travail.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Dudit, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : SCP Delamarre et Jehannin - SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol