Arrêt n°2067 du 28 novembre 2019 (18-15.333 ; 18-15.348) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2019:C202067

Contrat de travail, formation

Rejet

Demandeur(s) : Société transport Wendling, société à responsabilité limitée

Défendeur(s) : Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales (URSSAF) d’Alsace


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Colmar, 22 février 2018), qu’à la suite d’un contrôle portant sur les années 2007 à 2009, l’union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales d’Alsace (l’URSSAF) a notifié, le 19 juillet 2012, à la société transport Wendling (la société) une lettre d’observations portant sur trois chefs de redressement consécutifs à l’existence d’un travail dissimulé, suivie, le 21 février 2013, de la notification d’une mise en demeure ; que la société a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale ;

Sur le moyen unique pris en sa troisième branche, qui est annexé :

Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le moyen, pris en sa troisième branche, annexé, qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Et sur le même moyen, pris en ses deux premières branches :

Attendu que la société fait grief à l’arrêt de valider le redressement, alors, selon le moyen :

1°/ que les juges du fond ne peuvent accueillir ou rejeter les demandes dont ils sont saisis sans examiner tous les éléments de preuve qui leur sont soumis par les parties au soutien de leurs prétentions ; qu’en se fondant, pour retenir l’existence d’un lien de subordination de M. X... à l’égard de la société transports Wendling, et ainsi valider le redressement opéré par l’Urssaf, sur les seules déclarations du travailleur, sans s’attacher à celles de la société transports Wendling ni examiner les éléments du dossier, la cour d’appel a violé les articles 455 du code de procédure civile et 6 de la Convention européenne des droits de l’homme ;

2°/ que sont présumés ne pas être liés avec le donneur d’ordre par un contrat de travail dans l’exécution de l’activité donnant lieu à immatriculation ou inscription les personnes physiques immatriculées au registre du commerce et des sociétés, au répertoire des métiers, au registre des agents commerciaux ou auprès des unions de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales pour le recouvrement des cotisations d’allocations familiales, sauf si l’existence d’un contrat de travail est établie lorsque les personnes mentionnées fournissent directement ou par une personne interposée des prestations à un donneur d’ordre dans des conditions qui les placent dans un lien de subordination juridique permanente à l’égard de celui-ci ; qu’en se contentant de relever, pour retenir l’existence d’un lien de subordination de M. X... à l’égard de la société transports Wendling, que le premier utilisait les moyens de la seconde et qu’il ne disposait d’aucune indépendance concernant les tâches à effectuer et les dates de ses interventions, ce qui n’était pas de nature à caractériser l’existence d’un lien de subordination entre l’entreprise et son prestataire, immatriculé au registre du commerce en qualité de chauffeur sans véhicule, la cour d’appel a violé les articles L. 8221-5 et L. 8221-6 du code du travail ;

Mais attendu que si, selon l’article L. 8221-6-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la date d’exigibilité des cotisations litigieuses, les personnes physiques ou dirigeants de personnes morales, dans l’exécution de l’activité donnant lieu à immatriculation ou inscription sur les registres que ce texte énumère, sont présumés ne pas être liés avec le donneur d’ordre par un contrat de travail, cette présomption légale de non-salariat, qui bénéficie aux personnes sous le statut d’auto-entrepreneur, peut être détruite s’il est établi qu’elles fournissent directement ou par une personne interposée des prestations au donneur d’ordre dans des conditions qui les placent dans un lien de subordination juridique permanente à l’égard de celui-ci ;

Et attendu que, par motifs propres et adoptés, l’arrêt retient que M. X..., immatriculé au registre du commerce pour l’activité de sciage et rabotage de bois, chauffeur poids lourds sans véhicule, a décrit dans le détail ses conditions d’intervention auprès des diverses sociétés qui le sollicitaient, précisant que, pour la société des transports Wendling, il lui était demandé de conduire des camions afin d’effectuer des livraisons sur des chantiers ; que les véhicules étaient mis à sa disposition par la société qui en assurait l’approvisionnement en carburant et l’entretien ; que M. X... utilisait la licence communautaire de la société et se présentait sur les chantiers comme faisant partie de la société de transport ; que les disques d’enregistrement étaient remis à cette dernière ; qu’il était assujetti au pouvoir de subordination de la société, que ce soit en ce qui concerne les tâches à effectuer, les moyens mis à sa disposition, et les dates de ses interventions ; qu’il n’avait donc aucune indépendance dans l’organisation et l’exécution de son travail ;

Que de ces constatations procédant de son appréciation souveraine des éléments de fait et de preuve débattus devant elle, faisant ressortir l’existence d’un lien de subordination juridique entre la société et la personne qu’elle avait employée sous le statut d’auto-entrepreneur, la cour d’appel, qui n’était pas tenue de s’expliquer sur les différents éléments de preuve qu’elle décidait d’écarter, a exactement déduit que le montant des sommes qui avaient été versées à M. X... devait être réintégré dans l’assiette des cotisations sociales ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Dudit
Avocat général : Mme Ceccaldi
Avocat(s) : Me Laurent Goldman - SCP Gatineau et Fattaccini