Arrêt n° 1667 du 10 décembre 2015 (14-27.243 et 14-27.244) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2015:C201667

Responsabilité délictuelle ou quasi-délictuelle - Dommage - Réparation

Rejet


Demandeur(s) : société Pacifica ; et autre

Défendeur(s) : M. Guillaume Y... ; et autres


Sur le premier moyen du pourvoi n° C 14-27.244 dirigé contre l’arrêt rectifié du 23 septembre 2014 :

Attendu, selon les arrêts attaqués (Toulouse, 23 septembre 2014 rectifié par arrêt du 25 novembre 2014) et les productions, que le 18 juin 2006, alors qu’il circulait sur un scooter, M. Y... a été grièvement blessé dans un accident dans lequel était impliqué le véhicule conduit par M. X..., assuré auprès de la société Pacifica ; qu’après expertise, M. Y... a assigné M. X... et son assureur en indemnisation de ses préjudices en présence de la caisse primaire d’assurance maladie de la Haute-Garonne et de la société Caisse nationale de prévoyance assurances (CNP assurances) ;

Attendu que la société Pacifica et M. X... font grief à l’arrêt de les condamner à payer in solidum à M. Y... la somme de 1 414 440,43 euros avec intérêts au taux légal à compter du jugement, alors, selon le moyen :

1°/ que la victime doit voir son préjudice intégralement réparé, sans perte ni profit ; qu’en décidant que pour l’évaluation du capital à verser à la victime au titre de ses préjudices patrimoniaux permanents, il serait « fait application du barème de capitalisation publié en mars 2013 par la Gazette du Palais qui s’appuie sur les données démographiques les plus récemment publiées 2006-2008, et sur une appréciation de la conjoncture économique la plus proche de la réalité avec un taux d’intérêt de 1,20 % », cependant que ce taux d’intérêt de 1,20% ne correspond pas au taux d’intérêt officiel (TEC 10, correspondant au taux d’emprunt d’Etat à dix ans) mais au TEC 10 dont a été déduit le taux de renchérissement du coût de la vie évalué à 80 % du taux d’inflation de 2012, ce qui revient à permettre à la victime de cumuler le bénéfice du versement d’un capital avec le bénéfice d’une indexation réservée au versement des rentes périodiques, la cour d’appel a violé le principe précité, outre l’article 1382 du code civil ;

2°/ que pour être indemnisable, un dommage doit être actuel et certain ; que l’inflation future est, dans son existence comme dans son montant, un événement éventuel et hypothétique ; qu’en décidant que pour l’évaluation du capital à verser à la victime au titre de ses préjudices patrimoniaux permanents, il serait « fait application du barème de capitalisation publié en mars 2013 par la Gazette du Palais qui s’appuie sur les données démographiques les plus récemment publiées 2006-2008, et sur une appréciation de la conjoncture économique la plus proche de la réalité avec un taux d’intérêt de 1,20 % », cependant que le taux d’intérêt de 1,20 % prend en considération un taux d’inflation totalement hypothétique, la cour d’appel a violé le principe précité, outre l’article 1382 du code civil ;

3°/ que seul est indemnisable le préjudice ayant un lien de causalité direct avec le fait dommageable ; que l’inflation susceptible de survenir postérieurement à la décision fixant le montant du préjudice de la victime constitue un événement sans lien de causalité directe avec le dommage ; qu’en fixant le montant du préjudice de la victime en tenant compte de l’inflation future, cependant que cet événement aléatoire était sans lien avec l’accident dont avait été victime M. Y..., la cour d’appel a violé l’article 1382 du code civil, ensemble le principe de la réparation intégrale du préjudice sans perte ni profit ;

Mais attendu que, tenue d’assurer la réparation intégrale du dommage actuel et certain de la victime sans perte ni profit, c’est dans l’exercice de son pouvoir souverain que la cour d’appel a fait application du barème de capitalisation qui lui a paru le plus adapté à assurer les modalités de cette réparation pour le futur ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

Et attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le moyen unique du pourvoi n° B 14-27.243 et sur le second moyen du pourvoi n° C 14-27.244 annexés qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE les pourvois ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Touati, conseiller référendaire
Avocat général : M. Lavigne
Avocat(s) : Me Balat ; SCP Boré et Salve de Bruneton ; SCP Ghestin