Arrêt n° 1566 du 20 octobre 2016 (15-22.789) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCASS:2016:C201556

Indemnisation des victimes d’infraction

Cassation


Demandeur(s) : M. Alain-Charles X... ; et autres

Défendeur(s) : Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués


Attendu, selon l’arrêt attaqué, que M. Z..., M. X... et M. Y... ont été victimes de faits d’escroquerie ayant donné lieu à une condamnation pénale de leurs auteurs et à l’octroi de dommages-intérêts ; que n’ayant pu recouvrer ces sommes, ils ont saisi l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (l’AGRASC) ; que celle-ci ayant déclaré leur demande irrecevable, ils l’ont assignée en paiement des sommes allouées par la juridiction pénale ;

Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur la seconde branche du premier moyen et sur le second moyen annexé, qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation ;

Mais sur le premier moyen, pris en sa première branche :

Vu l’article 706-164, alinéa 1er, du code de procédure pénale ;

Attendu qu’il résulte de ce texte que toute personne physique qui, s’étant constituée partie civile, a bénéficié d’une décision définitive lui accordant des dommages-intérêts en réparation du préjudice qu’elle a subi du fait d’une infraction pénale ainsi que des frais en application des articles 375 ou 475-1 et qui n’a pas obtenu d’indemnisation ou de réparation en application des articles 706-3 ou 706-14, ou une aide au recouvrement en application de l’article 706-15-1, peut obtenir de l’AGRASC que ces sommes lui soient payées prioritairement sur les biens de son débiteur dont la confiscation a été décidée par décision définitive ;

Attendu que pour débouter M. Z..., M. X... et M. Y... de leur demande, l’arrêt énonce qu’à défaut pour eux de justifier d’une saisine préalable et vaine de la CIVI et du SARVI à fins d’indemnisation, la demande qu’ils ont présentée auprès de l’AGRASC est irrecevable ;

Qu’en statuant ainsi, alors que les victimes justifiaient de ce qu’elles bénéficiaient d’une décision définitive leur octroyant des dommages-intérêts et de ce qu’elles n’avaient obtenu ni indemnisation, ni réparation, ni aide au recouvrement de la CIVI et du SARVI, la cour d’appel, ajoutant une condition que la loi ne prévoit pas, a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 15 mai 2015, entre les parties, par la cour d’appel de Paris ; remet, en conséquence, la cause et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d’appel de Versailles ;


Président : Mme Flise
Rapporteur : Mme Bohnert, conseiller référendaire
Avocat général : M. Grignon Dumoulin
Avocat(s) : SCP Bénabent et Jéhannin ; SCP Piwnica et Molinié