Arrêt n°1343 du 26 novembre 2020 (19-19.520) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCAS:2020:C201343

Prescription civile - Sécurité sociale

Cassation

Sommaire


L’action en répétition des arrérages d’une pension de vieillesse perçus par un tiers postérieurement au décès de l’assuré revêt le caractère d’une action personnelle ou mobilière au sens de l’article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008. Comme telle, elle se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer.


Demandeur(s) : caisse d’assurance retraite et de la santé au travail Sud-Est

Défendeur(s) : Mme A... X...


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Aix-en-Provence, 17 mai 2019), bénéficiaire d’une pension de retraite personnelle qui lui était versée par la caisse d’assurance retraite et de la santé au travail du Sud-Est (la carsat), B... X... est décédé le [...] 1998. La carsat, soutenant avoir été tenue dans l’ignorance de ce décès jusqu’au 31 mai 2012, a notifié à sa veuve, Mme X..., le 20 septembre 2013, une pénalité financière de 9 093 euros et lui a réclamé, le 4 octobre 2013, le remboursement d’un indu correspondant aux arrérages de pension versés sur le compte du bénéficiaire du 1er janvier 1999 au 30 avril 2012, d’un montant de 84 774, 22 euros.

2. Après avoir obtenu de la commission de recours amiable que la pénalité financière soit ramenée à 3 000 euros, Mme X... a saisi d’un recours une juridiction de sécurité sociale. La carsat a formé à l’encontre de cette dernière une demande reconventionnelle en paiement de ces sommes.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, pris en ses troisième, quatrième et cinquième branches, ci-après annexé

3. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le premier moyen, pris en sa deuxième branche

Enoncé du moyen

4. La carsat fait grief à l’arrêt, après avoir dit que la prescription quinquennale de l’action en répétition de l’indu engagée par elle envers Mme X... commençait à courir à compter du 1er juin 2012, de confirmer le jugement en ce qu’il a dit que l’action en répétition de l’indu engagée par la carsat envers Mme X... est atteinte par la prescription quinquennale prévue par l’article 2224 du code civil, et renvoyé les parties devant les services administratifs et comptables de la carsat afin de déterminer le montant précis des sommes pouvant être répétées auprès de Mme X... par la caisse, et de la débouter du surplus de ses demandes alors « que l’action en répétition des arrérages d’une pension de vieillesse versés postérieurement au décès du bénéficiaire est soumise à la prescription de droit commun ; qu’en l’espèce, la cour d’appel a admis que l’action de la carsat du Sud-Est en répétition d’arrérages de pension de vieillesse versés postérieurement au décès de son mari était soumise à la prescription quinquennale, laquelle n’avait commencé à courir qu’à compter du 1er juin 2012 ; qu’en jugeant que son action en répétition de l’indu était atteinte par la prescription quinquennale et en renvoyant les parties à déterminer le montant des sommes pouvant être répétées eu regard de la prescription, sans préciser pourquoi l’action de la carsat du Sud-Est serait atteinte par la prescription quinquennale ni quels arrérages de pension seraient concernés par cette prescription, la cour d’appel qui n’a pas mis la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle sur le raisonnement qu’elle a adopté, a privé sa décision de base légale au regard de l’article 2224 nouveau du code civil. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 2224 du code civil, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008, applicable au litige :

5. Selon ce texte, les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer.

6. L’action en répétition des arrérages d’une pension de vieillesse perçus par un tiers postérieurement au décès de l’assuré revêt le caractère d’une action personnelle ou mobilière au sens de ce texte.

7. Pour dire atteinte par la prescription l’action en répétition de l’indu engagée par la carsat à l’encontre de Mme X..., l’arrêt se borne à énoncer que les parties s’accordent pour dire que la prescription applicable est celle de cinq ans prévue par l’article 2224 du code civil, que cette prescription ne commence à courir qu’à compter de la date à laquelle la carsat a eu ou aurait pu avoir connaissance du caractère injustifié du versement des arrérages de pension de vieillesse au profit de B... X..., que Mme X... ne rapportant pas la preuve qu’elle a informé la carsat du décès de son époux, il convient de se référer à la date du 1er juin 2012 et que la prescription a commencé à courir à compter de cette date.

8. En se déterminant ainsi, sans préciser en quoi l’action exercée par la carsat était prescrite, ni quels arrérages de pension réclamés par celle-ci étaient susceptibles d’être concernés par la prescription qu’elle retenait, la cour d’appel, qui n’a pas mis la Cour de cassation en mesure d’exercer son contrôle, a privé sa décision de base légale.

Sur le premier moyen, pris en sa sixième branche

Enoncé du moyen

9. La carsat fait le même grief à l’arrêt, alors « que le juge doit trancher lui-même les contestations dont il est saisi sans pouvoir déléguer ses pouvoirs à autrui ; qu’en jugeant que faute pour la Carsat du Sud-Est de chiffrer la somme restant due au regard de la prescription au titre de son action en répétition de l’indu, elle n’avait pas vocation à remplir l’office de comptable ni à suppléer la carence des parties, puis en renvoyant les parties devant les services administratifs et comptables de la Carsat du Sud-Est afin de déterminer le montant précis des sommes non atteintes par la prescription pouvant être répétées auprès de Mme X... par la caisse, la cour d’appel, qui devait fixer elle-même le montant des sommes pouvant être répétées, a méconnu son office et violé l’article 4 du code civil. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 4 du code civil :

10. Le juge ne peut refuser de statuer, en se fondant sur l’insuffisance des preuves qui lui sont fournies par les parties.

11. Pour renvoyer les parties devant les services administratifs et comptables de la carsat afin de déterminer entre elles les sommes pouvant être répétées auprès de Mme X..., l’arrêt relève que la carsat ne chiffre pas la somme restant due par Mme X... au regard de l’application de la prescription commençant à courir le 1er juin 2012 et que la cour n’a pas vocation, ni à remplir l’office de comptable, ni à suppléer la carence des parties.

12. En se dessaisissant ainsi et en déléguant ses pouvoirs à l’une des parties, alors qu’il lui incombait de trancher elle-même la contestation dont elle était saisie, la cour d’appel a méconnu son office et violé le texte susvisé ;

Et sur le second moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

13. La carsat fait grief à l’arrêt de confirmer le jugement en ce qu’il a dit n’y avoir lieu à application de la pénalité financière, alors «  que le montant de la pénalité prévue à l’article L. 114-17 du code de la sécurité sociale doit être fixée proportionnellement à la gravité des faits reprochés, en tenant compte notamment de leur caractère intentionnel ou répété, du montant et de la durée du préjudice et des moyens et procédés utilisés ; qu’en l’espèce, Mme X... a fait l’objet d’une pénalité financière de 9 093 euros en raison de son omission de déclaration du décès de son époux, qui a été ramenée à 3 000 euros en phase non contentieuse ; qu’en se fondant, pour réduire à néant cette pénalité, sur de considérations inopérantes tirées de son âge et de l’invocation par la carsat d’un règlement intérieur qui ne lui serait pas applicable, lorsque le montant de la pénalité devait être fixé en fonction de la seule gravité des faits constatés, de leur caractère intentionnel et répété, du montant et de la durée du préjudice et des moyens et procédés utilisés, la cour d’appel a violé les article L. 114-17 et R. 114-14 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction applicable au litige. »

Réponse de la Cour

Recevabilité du moyen

14. Mme X... conteste la recevabilité du moyen en faisant valoir que la carsat n’avait pas soutenu que le montant de la pénalité prévue à l’article L. 114-17 du code de la sécurité sociale devait être fixé proportionnellement à la gravité des faits reprochés, en tenant compte notamment de leur caractère intentionnel ou répété, du montant et de la durée du préjudice et des moyens et procédés utilisés, de sorte que le moyen serait nouveau, mélangé de fait et de droit.

15. Cependant, Mme X... ayant saisi la juridiction de sécurité sociale d’une contestation de la pénalité financière prononcée à son encontre et la carsat étant appelante du jugement qui avait accueilli cette contestation en réduisant à néant la pénalité, le moyen tiré des conditions dans lesquelles la juridiction pouvait en réduire le montant était nécessairement dans le débat.

16. Le moyen est donc recevable.

Bien-fondé du moyen

Vu les articles L. 114-17 et R.114-14 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction applicable au litige :

17. Selon ces textes, le montant de la pénalité qu’ils prévoient est fixé, dans la limite d’un plafond, en fonction de la gravité des faits reprochés, en tenant compte notamment de leur caractère intentionnel ou répété, du montant et de la durée du préjudice et des moyens et procédés utilisés.

18. Pour annuler la pénalité prononcée à l’encontre de Mme X..., l’arrêt retient que, compte tenu de l’âge de cette dernière (85 ans) et de l’invocation par la carsat d’un règlement intérieur qui ne lui est pas applicable, il convient de modérer la pénalité à sa plus simple expression.

19. En statuant ainsi, par des motifs impropres à caractériser tant la nature et la gravité des faits reprochés que l’étendue de la responsabilité de l’intéressée, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 17 mai 2019, entre les parties, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, autrement composée ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Renault-Malignac
Avocat général : Mme Vassallo, premier avocat général
Avocat(s) : SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol - SCP Buk Lament-Robillot