Arrêt n°1327 du 26 novembre 2020 (19-21.207) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCAS:2020:C201327

Sécurité sociale, allocations vieillesse pour personnes non-salariées

Cassation partielle

Sommaire

Il résulte de la combinaison, d’une part, des articles L. 644-1 du code de la sécurité sociale et 2 du décret n° 49-579 du 22 avril 1949 modifié relatif au régime d’assurance vieillesse complémentaire des médecins, d’autre part, des articles L. 645-2 du code de la sécurité sociale et 2 du décret n° 72-968 du 27 octobre 1972 modifié tendant à rendre obligatoire le régime des prestations supplémentaires de vieillesse des médecins conventionnés, interprétés à la lumière de l’article 1er du protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qu’en dehors des cas qu’ils visent, le report, chaque année, au compte de l’assuré, des points de retraite au titre du régime d’assurance vieillesse complémentaire des médecins et du régime des prestations supplémentaires de vieillesse des médecins conventionnés procède exclusivement du versement, pour l’intégralité de son montant, de la cotisation annuelle prévue pour chacun de ces régimes, et ne peut donc faire l’objet d’une proratisation en fonction de la fraction de la cotisation annuelle effectivement versée par l’assuré.

Viole ces textes la cour d’appel qui, pour accueillir le recours d’un assuré, relève qu’il n’est pas discuté que sur une certaine période, l’intéressé s’est acquitté partiellement des cotisations annuelles dues au titre du régime des allocations supplémentaires de vieillesse, que ces années ne peuvent être exclues du calcul du montant des prestations et qu’elles doivent être prises en compte dans le calcul de l’attribution de points au prorata de chaque montant annuellement versé.

 


Demandeur(s) : Caisse autonome de retraite des médecins de France

Défendeur(s) : M. A... Y... ; et autres


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Rennes, 26 juin 2019) et les productions, affilié à la Caisse autonome de retraite des médecins de France (la Caisse) du 1er avril 1973 au 30 septembre 2007 en qualité de médecin ophtalmologue, M. Y... (l’assuré) a fait l’objet, le 3 mai 2007, d’une procédure de redressement judiciaire, ultérieurement convertie en liquidation judiciaire. Après la clôture de cette procédure pour insuffisance d’actif, le 15 février 2008, l’assuré a repris son activité à compter du 1er juillet 2008. Il a sollicité, le 17 juin 2015, la liquidation de ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2016.

2. Par deux décisions du 1er mars 2016 et du 28 novembre 2017, la Caisse a refusé de tenir compte des cotisations versées par l’assuré, entre 1993 et 2007, pour la liquidation de ses droits au titre du régime d’assurance vieillesse complémentaire des médecins et du régime des allocations supplémentaires de vieillesse des médecins conventionnés, en raison d’un arriéré de cotisations sur cette période.

3. L’assuré a saisi de recours une juridiction de sécurité sociale.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, ci-après annexé

4. En application de l’article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n’y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce moyen qui n’est manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le second moyen

Enoncé du moyen

5. La Caisse fait grief à l’arrêt d’accueillir les recours de l’assuré, alors :

«  1°/ que les pouvoirs publics ont délégué au conseil d’administration de la caisse, sous le contrôle des ministres compétents, le soin d’arrêter les statuts du régime complémentaire de retraite dans la mesure où, le régime étant un régime de répartition, et la caisse étant responsable de son équilibre, il lui appartient d’édicter les règles définissant le droit à prestation ; que les statuts ne peuvent être écartés, à titre exceptionnel, qu’en vertu d’une disposition légale ou réglementaire, laquelle doit être strictement interprétée ; que si en cas de procédure collective, le non-paiement des cotisations ne prive pas en soi l’assuré de ses droits à retraite complémentaire, seules les périodes, pour lesquelles la cotisation annuelle unique a été acquittée, peuvent être pris en compte ; que certes certaines dispositions des statuts prévoient une proratisation mais seulement dans l’hypothèse, étrangère à l’espèce, où les revenus du médecin ont été inférieurs à un plafond ; qu’en décidant néanmoins que si même la cotisation annuelle unique, n’a pas été payée, l’année concernée doit être prise en compte, pour la liquidation des droits à retraite, au prorata des paiements partiels qui ont pu intervenir, quand la combinaison des règles ci-dessus rappelée condamnait cette solution, les juges du fond ont violé l’article L. 644-1 du code de la sécurité sociale, les articles 2 et 5 du décret n° 49-579 du 22 avril 1949 et les articles 4 et 19 des statuts du régime complémentaire de la Caisse, ensemble l’article L. 643-11 du code de commerce ;

2°/ que les pouvoirs publics ont délégué au conseil d’administration de la Caisse, sous le contrôle des ministres compétents, le soin d’arrêter les statuts du régime allocation supplémentaire de vieillesse dans la mesure où, le régime étant un régime de répartition, et la Caisse étant responsable de son équilibre, il lui appartient d’édicter les règles définissant le droit à prestation ; que les statuts ne peuvent être écartés, à titre exceptionnel, qu’en vertu d’une disposition légale ou réglementaire, laquelle doit être strictement interprétée ; que si en cas de procédure collective, le non-paiement des cotisations ne prive pas en soi l’assuré de ses droits à retraite complémentaire, seules les périodes, pour lesquelles la cotisation annuelle, unique et forfaitaire a été acquittée, peuvent être pris en compte ; que certes certaines dispositions des statuts prévoient une proratisation mais seulement dans l’hypothèse, étrangère à l’espèce, où l’activité n’a couvert qu’une fraction de l’année ; qu’en décidant néanmoins que si même la cotisation annuelle, unique et forfaitaire n’a pas été payée, l’année concernée doit être prise en compte, pour la liquidation des droits à retraite, au prorata des paiements partiels qui ont pu intervenir, quand la combinaison des règles ci-dessus rappelée condamnait cette solution, les juges du fond ont violé les articles L. 645-1 et L. 645-2 du code de la sécurité sociale, l’article 2 du décret n° 72-968 du 27 octobre 1972 et l’article 10 des statuts du régime allocation supplémentaire de vieillesse de la Caisse, ensemble l’article L. 643-11 du code de commerce.  »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 644-1 et L. 645-2 du code de la sécurité sociale, 2 du décret n° 49-579 du 22 avril 1949 modifié relatif au régime d’assurance vieillesse complémentaire des médecins, et 2 du décret n° 72-968 du 27 octobre 1972 modifié tendant à rendre obligatoire le régime des prestations supplémentaires de vieillesse des médecins conventionnés :

6. Il résulte de la combinaison, d’une part, des premier et troisième, d’autre part, des deuxième et quatrième de ces textes, interprétés à la lumière de l’article 1er du Protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, qu’en dehors des cas qu’ils visent, le report, chaque année, au compte de l’assuré, des points de retraite au titre du régime d’assurance vieillesse complémentaire des médecins et du régime des prestations supplémentaires de vieillesse des médecins conventionnés procède exclusivement du versement, pour l’intégralité de son montant, de la cotisation annuelle prévue pour chacun de ces régimes, et ne peut donc faire l’objet d’une proratisation en fonction de la fraction de la cotisation annuelle effectivement versée par l’assuré.

7. Pour dire que la Caisse devra calculer les points de retraite de l’assuré en intégrant les cotisations versées entre 1993 et 2007, l’arrêt relève qu’il n’est pas discuté que sur cette période, l’intéressé s’est acquitté partiellement des cotisations annuelles dues au titre du régime d’assurance vieillesse complémentaire et du régime des allocations supplémentaires de vieillesse, que ces années ne peuvent être exclues du calcul du montant des prestations et qu’elles doivent être prises en compte dans le calcul de l’attribution de points au prorata de chaque montant annuellement versé.

8. En statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE ET ANNULE, sauf en ce qu’il a :
- ordonné la jonction des instances enrôlées sous les n° 17/05147 et 19/00581,
- confirmé le jugement du tribunal des affaires de sécurité sociale de Quimper du 10 décembre 2008 en ce qu’il a déclaré le recours de M. Y... recevable et en ce qu’il s’est déclaré incompétent pour statuer sur la demande en remboursement de la somme de 1 944,96 euros, l’arrêt rendu le 26 juin 2019, entre les parties, par la cour d’appel de Rennes ;

Remet, sauf sur ces points, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel d’Amiens ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Le Fischer, conseiller référendaire
Avocat général : M. Gaillardot, premier avocat général
Avocat(s) : SCP Foussard et Froger - SCP Alain Bénabent