Arrêt n°1281 du 26 novembre 2020 (19-11.501) - Cour de cassation - Deuxième chambre civile - ECLI:FR:CCAS:2020:C201281

Assurances responsabilité - Lois et règlements

Cassation

Sommaire

Selon l’article 2 du code civil, la loi ne produit effet que pour l’avenir. Il en résulte qu’en l’absence de disposition transitoire contraire prévue par l’article 80, IV, de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003, lorsque le sinistre en cause, caractérisé par le fait dommageable en raison duquel la responsabilité de l’assuré est recherchée, est survenu avant l’entrée en vigueur, le 3 novembre 2003, de la loi précitée, les dispositions de son article 80, qui prévoient notamment que la garantie peut, à certaines conditions, être déclenchée par la réclamation, ne s’appliquent pas et la garantie est déclenchée par le fait dommageable.

 


Demandeur(s) : société Mecelec composites

Défendeur(s) : société Axa France IARD


Faits et procédure

1. Selon l’arrêt attaqué (Nîmes, 25 octobre 2018), le 1er janvier 1994, la société Mecelec composites (la société Mecelec) a souscrit auprès de la société Axa France IARD (l’assureur) un contrat d’assurance de responsabilité civile d’une durée d’un an, renouvelable par tacite reconduction, couvrant notamment la faute inexcusable de l’employeur et garantissant à ce titre le remboursement des sommes dont ce dernier serait redevable à l’assurance maladie.

2. En novembre 2006, A... X..., salarié de la société Mecelec depuis 1972 et atteint d’un cancer du poumon qu’il imputait à son exposition à l’amiante, a été déclaré en maladie professionnelle. Il est décédé le [...].

3. Ses ayants droit ont saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale, lequel a, par jugement du 12 mars 2009, confirmé le 29 avril 2010, reconnu la faute inexcusable de l’employeur.

4. La caisse primaire d’assurance maladie de la Drôme a adressé à la société Mecelec une réclamation au titre du recouvrement de sa créance constituée des rentes et indemnités versées à A... X... et à ses ayants droit.

5. L’assureur a refusé sa garantie à la société Mecelec en raison d’une clause introduite dans le contrat lors du renouvellement intervenu le 1er janvier 1998 et excluant de la garantie « les responsabilités découlant de la fabrication, de la commercialisation, de la mise en oeuvre de produits comportant de l’amiante », cette clause ayant été réécrite par un avenant du 1er juin 2003 excluant désormais les « dommages de toute nature causés par l’amiante ».

6. La société Mecelec a assigné l’assureur en garantie.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en sa deuxième branche

Enoncé du moyen

7. La société Mecelec fait grief à l’arrêt de la débouter de ses demandes dirigées contre l’assureur et de la condamner à lui verser une somme de 2 500 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, alors « que la loi ne dispose que pour l’avenir, elle n’a point d’effet rétroactif ; que la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 ne contient aucune disposition quant à son éventuelle rétroactivité et ne saurait régir les effets passés d’un contrat en cours lors de son entrée en vigueur ; qu’il en résulte que, pour ces contrats, la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 ne s’applique qu’aux sinistres, c’est-à-dire aux faits dommageables, postérieurs à son entrée en vigueur, et que, pour les sinistres antérieurs, la garantie de l’assureur est nécessairement déterminée par la date du fait dommageable ; que, dès lors, en estimant que devait s’appliquer, quelle que soit la date du fait générateur, le contrat souscrit auprès de la compagnie Axa France IARD dans la version de ses conditions générales et particulières en vigueur au jour de la réclamation des consorts X... fondée sur la faute inexcusable de la société Mecelec, c’est-à-dire de la reprise d’instance du 9 avril 2008, la cour d’appel a violé l’article 80 de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003, ainsi que l’article 2 du code civil et les articles 1131 et 1134 du code civil dans sa rédaction antérieure à l’ordonnance du 10 février 2016. »

Réponse de la Cour

Vu l’article 2 du code civil et l’article 80, IV, de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 :

8. Selon le premier de ces textes, la loi ne produit effet que pour l’avenir. Il en résulte qu’en l’absence de disposition transitoire contraire prévue par le second, lorsque le sinistre en cause, caractérisé par le fait dommageable en raison duquel la responsabilité de l’assuré est recherchée, est survenu avant l’entrée en vigueur, le 3 novembre 2003, de la loi susvisée, les dispositions de son article 80, qui prévoient notamment que la garantie peut, à certaines conditions, être déclenchée par la réclamation, ne s’appliquent pas et la garantie est déclenchée par le fait dommageable.

9. Pour débouter la société Mecelec de ses demandes, l’arrêt, après avoir relevé que le contrat souscrit en 1994 était en base réclamation, retient que s’il était jugé antérieurement à l’entrée en vigueur de la loi n° 2003-706 du 1er août 2003 que le versement de primes durant la période qui se situe entre la prise d’effet du contrat et son expiration a pour contrepartie nécessaire la garantie des dommages qui trouvent leur origine dans un fait générateur survenu pendant cette période, toute clause contraire étant réputée non écrite, la loi nouvelle s’applique aux garanties prenant effet postérieurement à l’entrée en vigueur de la loi, du fait de la souscription d’un nouveau contrat ou de la reconduction de garanties des contrats en cours, de sorte que tous les contrats souscrits ou renouvelés postérieurement à cette date peuvent être en base réclamation dans les conditions nouvelles prescrites par les articles L. 124-5 et suivants du code des assurances.

10. L’arrêt ajoute que le contrat du 1er janvier 2003, complété par son avenant du 1er juin 2003 ayant exclu de la garantie « les dommages de toute nature causés par l’amiante », s’est trouvé renouvelé par tacite reconduction au 1er janvier 2004 et était à compter de cette date conforme aux dispositions légales en ce qu’il était en base réclamation, de même que tous les renouvellements ou avenants ultérieurs, et il en déduit que la société Mecelec n’est pas fondée à soutenir qu’il y aurait application rétroactive d’une exclusion de garantie alors que celle-ci est devenue, avec le consentement des deux parties, applicable à tout sinistre déclaré postérieurement à cette date quelle que soit la date du fait générateur.

11. L’arrêt retient enfin que selon les stipulations des conditions générales dans leur version applicable au 1er janvier 2004, la garantie s’applique aux dommages survenus postérieurement à la date de prise d’effet du contrat, le dommage s’entendant, s’agissant de la faute inexcusable de l’employeur, de l’engagement de la responsabilité de ce dernier au titre de cette faute, soit en l’espèce le 9 avril 2008, date de la reprise de l’instance par les ayants droit du salarié devant le tribunal des affaires de sécurité sociale, et qu’en conséquence, c’est le contrat dans sa version en vigueur à cette dernière date qui fait la loi des parties.

12. En statuant ainsi, alors qu’il ressortait de ses constatations que la garantie « faute inexcusable de l’employeur » avait couvert les dommages causés par l’amiante jusqu’à l’introduction d’une clause excluant ceux-ci lors du renouvellement du contrat le 1er janvier 1998, ce dont il résultait que le fait dommageable, constitué par l’exposition du salarié à l’amiante, était susceptible de déclencher cette garantie s’il était survenu avant cette dernière date, la cour d’appel a violé les textes susvisés.

PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 25 octobre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Nîmes ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel de Montpellier ;


Président : M. Pireyre
Rapporteur : Mme Guého, conseiller référendaire
Avocat général : M. Grignon Dumoulin
Avocat(s) : SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol - SCP Célice, Texidor, Périer