06-43.504
Arrêt n°1614 du 24 septembre 2008
Cour de cassation - Chambre sociale

Contrat de travail - Harcèlement

Rejet

http://www.w3.org/TR/html4/loose.dt—>


Demandeur(s) : Mme X...

Défendeur(s) : Société centre médico biologique (CMBM), Selca, anciennement société Boulay Sestillange Balmayer Martin Lair, société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL)

 



 

LA COUR DE CASSATION, CHAMBRE SOCIALE, a rendu l’arrêt suivant :

Statuant sur le pourvoi formé par Mme X...,

contre l’arrêt rendu le 18 avril 2006 par la cour d’appel d’Angers (chambre sociale), dans le litige l’opposant à la société centre médico biologique (CMBM), Selca, anciennement société Boulay Sestillange Balmayer Martin Lair, société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL),

défenderesse à la cassation ;

Vu la communication faite au procureur général ;

Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Angers, 18 avril 2006) que Mme X..., salariée de la société Selca centre médico biologique qui vient aux droits de la société Boulay Sestillange Balmayer Martin Lair, a attrait son employeur devant le conseil de prud’hommes pour obtenir des dommages-intérêts pour harcèlement moral et discrimination syndicale ; qu’elle a été déboutée de sa demande ;

Attendu que Mme X... fait grief à l’arrêt d’avoir ainsi statué, alors, selon le moyen :

1/ qu’en affirmant que c’était à juste titre que le conseil de prud’hommes avait dit qu’il n’y avait pas la preuve d’un harcèlement moral, « chacune des mesures (procédure de licenciement, mutation, modification du poste de travail) invoquées pouvant trouver une explication de nature économique ou de réorganisation concernant l’ensemble de l’entreprise », la cour d’appel a violé les articles L. 122-45 et L. 122-52 du code du travail, devenus les articles L. 1132-1 à L. 1132-4 et L. 1154-1 du code du travail ;

2/ qu’il résulte ainsi des constatations des juges du fond que, selon la décision de l’inspecteur du travail du 26 mai 2000, tout lien entre la demande de licenciement et le mandat de l’intéressée ne saurait être rejeté et qu’il n’avait pas été donné à cette autorité administrative d’éléments précis permettant de vérifier l’application des critères de choix de licenciement faite par l’employeur ; que M. Y..., représentant l’employeur, avait tenu, en mai 2000, « des propos peu amènes » à son égard ; qu’il avait été tenté de réorganiser son mi-temps thérapeutique en méconnaissance de l’avis du médecin du travail et de l’affecter au déballage des prélèvements et au conditionnement de boîtes, bien qu’elle soit technicienne de laboratoire ; que la demande d’autorisation de son licenciement à raison de son inaptitude physique à tout poste dans l’entreprise avait été refusée à raison de l’absence de recherche par l’employeur de mesure d’adaptation et de reclassement ; qu’il résulte de l’ensemble de ces constatations qu’il avait été porté atteinte ou tenté de porter atteinte à l’emploi de la salariée, en raison de son mandat ; que, de ce chef, les juges du fond n’ont pas tiré de leurs propres constatations les conséquences légales qui s’en déduisaient nécessairement et, partant, ont violé tant les articles L. 122-45, L. 122-49 que L. 412-12 et L. 482-1 du code du travail devenus les articles L. 1132-1à L. 1132-4, L. 1152-1à L. 1152-3, L. 2143-5, et L. 2316-1 du code du travail ;

3/ qu’en ne s’expliquant ni sur les motifs ayant conduit aux décisions administratives refusant l’autorisation de licencier la salariée, ni sur la nature de sa maladie, ni sur la teneur des propos « peu amènes » tenus par son employeur, ni sur la nature de ses fonctions de technicienne de laboratoire au regard des fonctions qu’il avait tenté de lui imposer, la cour d’appel n’a pas, en tout cas, légalement justifié sa décision au regard des textes susvisés ;

4/ qu’enfin, dans ses conclusions, la salariée faisait valoir que, sur la demande d’autorisation de son licenciement pour motif économique, celle-ci avait été refusé à raison, d’une part, « de l’absence de réalité et de sérieux du motif économique allégué » et, d’autre part, par le fait que « la relation entre la demande de licenciement, les fonctions qu’elle exerçait et son implication à l’occasion d’un mouvement social ne pouvait être écartée » ; que, postérieurement, elle avait été victime d’une attitude particulièrement désagréable et vexatoire de la part de l’employeur ayant pour effet « d’altérer gravement son état de santé » ; qu’elle n’avait notamment pas été convoquée à une réunion des délégués du personnel du 4 mai 2000 et n’avait appris la tenue de cette réunion que le lendemain ; que, le 16 mai 2000, M. Y..., représentant son employeur, lui avait téléphoné en lui annonçant très clairement son intention d’obtenir son départ par tous moyens en raison de son implication en tant que déléguée du personnel, dans des termes qui étaient attestés par un témoin et qui n’étaient pas contestés par son employeur ; que ce licenciement pour motif économique concernant deux autres salariées avait d’ailleurs été ultérieurement déclaré sans cause réelle et sérieuse par arrêt définitif de la cour d’appel d’Angers du 29 octobre 2002 ; qu’il avait été tenté ensuite de lui imposer une organisation de son mi-temps thérapeutique en méconnaissance de l’avis du médecin du travail, et de l’affecter à un poste de conditionnement de boîtes sans rapport avec son ancienneté et sa compétence professionnelle, cette fonction étant jusqu’alors dévolue à la femme de ménage du laboratoire ; que cette attitude vexatoire et humiliante avait eu pour effet une aggravation de son état de santé et un arrêt maladie total à compter du 5 mars 2002, la médecine du travail concluant ensuite, le 15 octobre 2002, à son inaptitude « à tout poste dans l’entreprise » qu’alors, les délégués du personnel n’avaient pas même été consultés sur la possibilité de son reclassement et que la demande d’autorisation de son licenciement avait été rejetée par l’autorité administrative compétente à raison précisément de l’absence de recherche de son reclassement ; que compte tenu de la dégradation de son état de santé extrêmement importante, elle n’avait pu reprendre son activité ; que faute d’avoir tenu compte de ces éléments déterminants, la cour d’appel n’a pas, derechef, légalement justifié sa décision au regard des textes susvisés ;

Mais attendu qu’il résulte de l’article L. 122-52 du code du travail, applicable, d’une part, à l’article L. 122-46 en matière de discrimination, d’autre part, à l’article L. 122-49 en matière de harcèlement, et interprété à la lumière de la directive CE/2000/78 du conseil du 27 novembre 2000 portant création d’un cadre général en faveur de l’égalité de traitement en matière d’emploi et de travail, que dès lors que le salarié concerné établit des faits qui permettent de présumer l’existence d’un harcèlement, il incombe à la partie défenderesse, au vu de ces éléments, de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d’un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement ;

Et attendu qu’ayant relevé que chacune des mesures invoquées par la salariée était justifiée par la situation économique de l’entreprise et la nécessité de sa réorganisation, la cour d’appel, qui n’a pas violé les textes susvisés au moyen, a légalement justifié sa décision ; que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne Mme X... aux dépens ;

 


 

Président : Mme Collomp,

Rapporteur : Mme Divialle, conseiller réferendaire

Avocat général : M. Allix

Avocat(s) : SCP Masse-Dessen et Thouvenin ; Me Foussard