Arrêt n° 821 du 24 juin 2021 (18-24.809) - Cour de cassation - Chambre sociale
- ECLI:FR:CCAS:2021:SO00821

Travail réglementation, rémunération - Contrat de travail, exécution

Cassation partielle

Sommaire

L’obligation à laquelle est tenu le nouvel employeur, en cas de reprise du contrat de travail du salarié d’une entreprise par application volontaire de l’article L.1224-1 du code du travail, de maintenir à son bénéfice les droits qui lui étaient reconnus chez son ancien employeur au jour du transfert, justifie la différence de traitement qui en résulte par rapport aux autres salariés.
 
En conséquence, doit être cassé l’arrêt qui condamne l’employeur à verser à d’autres salariés la prime de treizième mois qu’il a maintenue au seul bénéfice des salariées transférées par application volontaire de l’article L. 1224-1 du code du travail, sans que cela constitue une atteinte prohibée au principe d’égalité de traitement.
 


Demandeur(s) : société Elior services propreté et santé, société par actions simplifiée

Défendeur(s) : Mme [Z] [Q], épouse [S]


[...]

Mais sur le second moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

3. L’employeur fait grief à l’arrêt de reconnaître l’inégalité de traitement au titre du treizième mois et de le condamner à verser à la salariée une somme à ce titre, alors « que l’obligation à laquelle est légalement tenu le nouvel employeur, en cas de transfert de contrats de travail résultant d’une application volontaire ou de plein droit de l’article L. 1224-1 du code du travail, de maintenir les droits que les salariés transférés tiennent de leur contrat de travail, d’un usage ou d’un avantage acquis justifie la différence de traitement qui en résulte par rapport aux autres salariés ; qu’en jugeant que « l’employeur a volontairement attribué un treizième mois aux salariées, Mmes [O], [K] et [Z] » et qu’« à défaut pour l’employeur de justifier par des éléments objectifs, pertinents et matériellement vérifiables justifiant cette différence de traitement, Mme [S], fondée à réclamer l’allocation d’un treizième mois », quand il n’était pas contesté par les parties que la prime litigieuse relevait d’un avantage acquis réservé à des salariés du site d’Echirolles qui avaient été transférés à la société Hôpital service, devenue depuis la société ESPS, à la suite d’une application volontaire de l’article L. 1224-1 du code du travail, ce dont il résultait que la différence de traitement entre ces salariés et Mme [S], non concernée par ce transfert, était justifiée, la cour d’appel a violé le principe d’égalité de traitement, ensemble l’article L. 1224-1 du code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu le principe d’égalité de traitement et l’article L. 1224-1 du code du travail :

4. L’obligation à laquelle est tenu le nouvel employeur, en cas de reprise du contrat de travail du salarié d’une entreprise par application volontaire de l’article L. 1224-1 du code du travail, de maintenir à son bénéfice les droits qui lui étaient reconnus chez son ancien employeur au jour du transfert, justifie la différence de traitement qui en résulte par rapport aux autres salariés.

5. Pour faire droit à la demande de la salariée en paiement d’une prime de treizième mois au titre des années 2014 et 2015, l’arrêt retient d’abord que la société Hôpital service a fait l’objet d’une fusion par absorption par la société ESPS avec effet au 1er avril 2012 et que la salariée a été embauchée le 1er novembre 2010 par la société SFGH Hôpital service, de sorte qu’elle peut se comparer, s’agissant des primes acquises et suppléments salariaux aux salariés recrutés du temps de cette société Hôpital service, dont les trois salariées de la clinique d’[Localité 2] (Mmes [O], [K] et [Z]) embauchées respectivement les 1er juillet 2010, 28 juin 2010 et 2 juillet 2010, que ces trois salariées bénéficiaient d’un treizième mois équivalent à 100 % du salaire mensuel brut, ce qui n’est pas son cas, que la société ESPS soutient à tort que Mmes [O], [K] et [Z] ont fait l’objet d’un transfert de leurs contrats de travail en application de l’article L. 1224-1 du code du travail.

6. L’arrêt ajoute ensuite que, s’agissant de la reprise des salariés anciennement embauchés par la société Sodexo sur le site de la clinique d’[Localité 2], la société ESPS ne rapporte pas la preuve d’une reprise d’une entité économique dans le cadre d’une perte de marché en application de l’annexe 7 de la convention collective de propreté, que les contrats de travail portent la mention suivante : « suite à la reprise de la prestation de bio-nettoyage et des services hôteliers par la société Hôpital Service, les dispositions de l’article L. 1224-1 du code du travail ne pouvant recevoir application de droit en l’espèce, il a été proposé à Mme... de bénéficier d’un transfert de son contrat de travail au sein de la société Hôpital Service à compter du 1er juillet 2010, ce transfert vaut rupture d’un commun accord du contrat de travail d’origine de Mme... avec Sodexo et conclusion d’un nouveau contrat de travail à durée indéterminée sans période d’essai avec la société Hôpital Service », que c’est donc vainement que la société ESPS affirme que ce transfert a été effectué de droit, qu’il s’ensuit que l’employeur a volontairement attribué un treizième mois aux salariées, Mmes [O], [K] et [Z], qu’il est exactement relevé par la salariée que la clause d’attribution de la prime de treizième mois ne mentionne ni les critères ni les conditions d’attribution, et ne précise nullement qu’elle est versée pour compenser une sujétion particulière ou pour exercer des tâches spécifiques non comprises dans le salaire mensuel.

7. En statuant ainsi, alors qu’il ressortait de ses constatations que l’employeur avait fait une application volontaire de l’article L. 1224-1 du code du travail, de sorte qu’il était fondé à maintenir l’avantage de treizième mois au seul bénéfice des salariés transférés, sans que cela constitue une atteinte prohibée au principe d’égalité de traitement, la cour d’appel a violé le principe et le texte susvisés.

[...]


PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’il reconnaît l’inégalité de traitement au titre du treizième mois et en ce qu’il condamne la société Elior services propreté et santé à payer à Mme [N] la somme de 747,44 euros à titre de treizième mois, et la somme de 300 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, en cause d’appel, outre les entiers dépens, l’arrêt rendu le 21 septembre 2018, entre les parties, par la cour d’appel d’Aix-en-Provence ;

Remet, sur ces points, l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant cet arrêt et les renvoie devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence autrement composée ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Prache, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Trassoudaine-Verger
Avocat(s) : SCP Lyon-Caen et Thiriez