Arrêt n°723 du 9 juin 2021 (19-23.745) - Cour de cassation - Chambre sociale
-ECLI:FR:CCAS:2021:SO00723

Élections professionnelles

Cassation

Demandeur(s) : M. [N] [J] et autres
Défendeur(s) : association Areram et autres


Faits et procédure

1. Selon le jugement attaqué (tribunal d’instance de Pantin, 16 octobre 2019), en vue de la mise en place du nouveau comité social et économique (CSE) au sein de l’association Areram, l’employeur a fixé unilatéralement à sept, le 19 juillet 2019, le nombre des établissements distincts. Le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (le direccte) a, le 20 septembre 2019, annulé cette décision et a dit qu’un unique comité social et économique devait être mis en place.

2. Par requête du 30 septembre 2019, l’employeur a saisi le tribunal d’instance afin d’obtenir l’annulation de la décision administrative et la confirmation de sa décision unilatérale.

Examen du moyen

Énoncé du moyen

3. M. [J], délégué syndical CGT, M. [L], délégué syndical CGT, et Mme [X], déléguée syndicale FO, font grief au jugement d’annuler la décision de l’administration du 20 septembre 2019 et de valider la décision unilatérale de l’employeur du 19 juillet 2019 relative à la constitution de sept comités sociaux et économiques d’établissement et d’un comité central, alors :

« 1°/ que le juge doit analyser, serait-ce sommairement, l’ensemble des pièces versées aux débats ; qu’en l’espèce, les exposants faisaient valoir qu’en matière de rupture du contrat de travail, il résultait du procès-verbal de réunion du comité d’entreprise du 6 juin 2017 que selon les indications du directeur général ’’les demandes de ruptures conventionnelles sont traitées au cas par cas ; un avis des directeurs est requis et le directeur général tranche’’, ce dont il résultait clairement que le pouvoir de rompre conventionnellement les contrats de travail des salariés était détenu par la seule direction générale et centrale ; qu’en jugeant néanmoins que l’autonomie des directeurs d’établissement résultait de la négociation par un directeur d’établissement d’une rupture conventionnelle et d’une demande d’homologation adressée par un autre directeur, sans analyser le procès-verbal litigieux duquel il résultait que ces directeurs ne faisaient qu’exécuter la décision d’accorder la rupture conventionnelle prise préalablement par le seul directeur général, le tribunal a violé les articles 9 et 455 du code de procédure civile ;

2°/ que caractérise au sens de l’article L. 2313-4 du code du travail un établissement distinct l’établissement qui présente, notamment en raison de l’étendue des délégations de compétence dont dispose son responsable, une autonomie en ce qui concerne la gestion du personnel et l’exécution du service ; qu’en l’espèce, le tribunal a jugé que les directeurs d’établissement étaient autonomes au motif inopérant qu’un directeur a adressé une lettre de convocation à entretien préalable à licenciement ; qu’en statuant ainsi, sans rechercher si la décision de licencier avait été prise par le seul directeur, le tribunal a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 2313-4 et L. 2313-5 code du travail ;

3°/ que caractérise au sens de l’article L. 2313-4 du code du travail un établissement distinct l’établissement qui présente, notamment en raison de l’étendue des délégations effectives de compétence dont dispose son responsable, une autonomie en ce qui concerne la gestion du personnel et l’exécution du service ; qu’en l’espèce, le tribunal a jugé que les directeurs d’établissement étaient autonomes aux motifs qu’ils disposaient d’une délégation de compétence leur donnant ’’autorité sur l’ensemble du personnel’’ et leur permettant d’ ’’assurez la gestion du personnel dans le cadre des procédures prévues par l’association’’ ; qu’en statuant ainsi, sans rechercher précisément si les pouvoirs d’embauche, de sanction et de rupture du contrat étaient exercés de manière autonome et effective par les seuls directeurs d’établissement, le tribunal a privé sa décision de base légale au regard les articles L. 2313- 4 et L. 2313-5 code du travail ;

4°/ que caractérise au sens de l’article L. 2313-4 du code du travail un établissement distinct l’établissement qui présente, notamment en raison de l’étendue des délégations de compétence dont dispose son responsable, une autonomie en ce qui concerne la gestion du personnel et l’exécution du service ; qu’en considérant que les directeurs d’établissement étaient autonomes au regard de la gestion du personnel, sans rechercher s’ils disposaient également d’une autonomie en matière d’exécution du service, le tribunal a privé sa décision de base légale au regard des articles L. 2313-4 et L. 2313-5 code du travail. »

Réponse de la Cour

Vu les articles L. 2313-4 et L. 2313-5 du code du travail :

4. Selon le premier de ces textes, lorsqu’ils résultent d’une décision unilatérale de l’employeur, le nombre et le périmètre des établissements distincts pour la mise en place des comités sociaux et économiques sont fixés compte tenu de l’autonomie de gestion du responsable de l’établissement, notamment en matière de gestion du personnel. Caractérise au sens de ce texte un établissement distinct l’établissement qui présente, notamment en raison de l’étendue des délégations de compétence dont dispose son responsable, une autonomie suffisante en ce qui concerne la gestion du personnel et l’exécution du service.

5. Lorsqu’ils sont saisis d’un recours dirigé contre la décision unilatérale de l’employeur, le direccte, par une décision motivée, et le tribunal judiciaire se fondent, pour apprécier l’existence d’ établissements distincts au regard du critère d’autonomie de gestion ainsi défini, sur les documents relatifs à l’organisation interne de l’entreprise que fournit l’employeur, et sur les documents remis par les organisations syndicales à l’appui de leur contestation de la décision unilatérale prise par ce dernier.

6. La centralisation de fonctions support ou l’existence de procédures de gestion définies au niveau du siège ne sont pas de nature à exclure en elles-mêmes l’autonomie de gestion des responsables d’établissement.

7. Pour annuler la décision du direccte et valider la décision unilatérale de l’employeur, le jugement retient que les deux exemples de délégations de pouvoir du 1er novembre 2011 et du 9 avril 2018 donnent au directeur d’établissement une « autorité sur l’ensemble du personnel employé dans votre établissement. Vous assurez la gestion du personnel dans le cadre des procédures prévues par l’association », que la preuve de la mise en pratique de ces délégations est fournie notamment par la production de la négociation d’une rupture conventionnelle par le directeur de l’IME Édouard Seguin, la demande d’homologation d’une rupture conventionnelle par le directeur de Vie Professionnelle Cap Emploi 94 et une convocation à un entretien préalable de licenciement émise par le directeur de Vie Professionnelle 91.

8. En se déterminant ainsi sans rechercher, au regard des éléments produits tant par l’employeur que par les organisations syndicales, si les directeurs des établissements concernés avaient effectivement une autonomie de décision suffisante en ce qui concerne la gestion du personnel et l’exécution du service, et si la reconnaissance à ce niveau d’établissements distincts pour la mise en place des comités sociaux et économiques était de nature à permettre l’exercice effectif des prérogatives de l’institution représentative du personnel, le tribunal n’a pas donné de base légale à sa décision

PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, le jugement rendu le 16 octobre 2019, entre les parties, par le tribunal d’instance de Pantin ;

Remet l’affaire et les parties dans l’état où elles se trouvaient avant ce jugement et les renvoie devant le tribunal judiciaire de Bobigny autrement composé ;

En application de l’article 700 du code de procédure civile, rejette la demande formée par l’association Areram et la condamne à payer aux salariés la somme globale de 3 000 euros ;

Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite du jugement cassé ;


Président : M. Cathala
Rapporteur : Mme Chamley-Coulet, conseiller référendaire
Avocat général : Mme Grivel
Avocat(s) : SCP Thouvenin, Coudray et Grévy - SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol