Arrêt n°512 du 5 mai 2021 (19-20.547) - Cour de cassation - Chambre sociale
- ECLI:FR:CCAS:2021:SO00512

Travail réglementation, durée du travail

Cassation partielle sans renvoi

Demandeur : société PSA automobiles, société anonyme

Défendeur : M. [P] [N] ; et autre(s)


Jonction


1. En raison de leur connexité, les pourvois n° B 19-20.547 à M. 19-20.556 sont joints.


Faits et procédure


2. Selon les arrêts attaqués (Douai, 29 mai 2019), M. [N] et neuf autres salariés engagés par la Société française de mécanique, devenue la société Peugeot Citroën automobiles (la société PCA) puis la société PSA automobiles, ont été affectés à une équipe de suppléance et ont effectué, dans ce cadre, des heures de travail de nuit.


3. Soutenant ne pas avoir été remplis de leurs droits, ils ont saisi la juridiction prud’homale.


Examen des moyens


Sur le second moyen


Enoncé du moyen


4. L’employeur fait grief aux arrêts de condamner la société PCA à payer aux salariés un rappel de salaire pour les heures à 50 %, outre congés payés afférents, alors :


« 1°/ que le juge doit motiver sa décision d’après les circonstances particulières de l’espèce, et ne peut statuer par voie de référence à une cause déjà jugée ; qu’en se bornant à énoncer que la Cour de cassation précisant sa position dans un arrêt du 17 mai 2018, avait rejeté le moyen de la société PCA en indiquant que le conseil de prud’hommes, qui avait suivi l’argumentation des salariés, avait légalement justifié sa décision en intégrant cette majoration dans l’assiette de calcul de la majoration de 50 % due aux salariés des équipes de suppléance, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile.


2°/ qu’en tout état de cause, aux termes de l’article L. 3132-19 du code du travail, la rémunération des salariés de l’équipe de suppléance est majorée d’au moins 50 % par rapport à celle qui serait due pour une durée équivalente effectuée suivant l’horaire normal de l’entreprise ; qu’en jugeant que la majoration légale de 50 % devait s’appliquer, pour les heures effectuées de nuit par les équipes de suppléance, sur un salaire incluant la majoration de nuit applicable dans l’entreprise, sans au préalable constater que l’horaire normal de l’entreprise était un horaire de nuit, ce que contestait formellement la société PSA automobiles, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard du texte susvisé. »


Réponse de la Cour


5. L’article L. 3132-19 du code du travail dispose que la rémunération des salariés de l’équipe de suppléance est majorée d’au moins 50 % par rapport à celle qui serait due pour une durée équivalente effectuée suivant l’horaire normal de l’entreprise. Il en résulte que l’assiette de cette majoration de 50 % due aux salariés travaillant de nuit en équipe de suppléance inclut la majoration versée aux salariés des équipes normales de semaine lorsque ceux-ci effectuent des heures de travail de nuit.


6. Ayant, par motifs adoptés, constaté que les heures effectuées la nuit par les salariés des équipes de semaine ouvraient droit à majoration, la cour d’appel, qui a intégré cette même majoration dans l’assiette de calcul de la majoration de 50 % due aux salariés des équipes de suppléance, a, abstraction faite du motif surabondant visé à la première branche, légalement justifié sa décision.


Mais sur le premier moyen, pris en sa troisième branche


Enoncé du moyen


7. L’employeur fait grief aux arrêts de condamner la société PCA à payer aux salariés un rappel de salaire sur les « incommodités de nuit » du lundi matin, outre congés payés afférents, alors « que ne méconnaît pas le principe d’égalité de traitement l’employeur qui verse aux salariés travaillant de nuit en équipes de semaine, une prime dénommée "incommodités de nuit" de 22 %, et aux salariés travaillant en équipe de suppléance -outre la majoration légale de 50 % et une majoration complémentaire de 12 % pour les heures réalisées en journée le samedi et le dimanche-, une majoration de 22 % pour les heures réalisées de nuit le samedi ou le dimanche, à l’exclusion de la nuit du lundi de 0 heure à 6 heures ; qu’en effet, les salariés travaillant en équipe de semaine et ceux travaillant en équipe de suppléance ne sont pas placés dans la même situation ; que s’agissant des salariés travaillant en équipe de suppléance, l’employeur qui, sans y être obligé, consent un avantage tel qu’une majoration du taux horaire pour le travail de nuit en détermine en effet librement les conditions et modalités de versement sans être obligé de l’accorder pour toutes les heures travaillées de nuit ; qu’en affirmant que le taux conventionnel de 22 % étant à la fois celui des incommodités de nuit dont bénéficient les salariés de semaine et celui de la majoration complémentaire appliquée aux heures travaillées de nuit les samedis et dimanches (entre 22 h et 6 h) par les salariés des équipes de suppléance durant les fins de semaine, les salariés travaillant durant la nuit du lundi de 0 heure à 6 heures étaient les seuls salariés de nuit de l’entreprise à ne pas percevoir cette majoration complémentaire de 22 %, ce qui constituait une rupture d’égalité entre salariés, et que l’employeur n’expliquait pas les raisons d’une moindre indemnisation de la contrainte représentée par le travail de nuit durant la nuit du lundi 0 heure à 6 heures de celle du dimanche soir de 22 heures à 0 heure ou des nuits du vendredi au samedi ou de toute autre nuit de la semaine, la cour d’appel a violé le principe susvisé, ensemble les articles L. 3132-16 et suivants du code du travail dans leur rédaction applicable à l’espèce. »


Réponse de la Cour


Vu le principe d’égalité de traitement et les articles L. 3132-16 et L. 3132-19 du code du travail :


8. En application de ce principe, si des mesures peuvent être réservées à certains salariés, c’est à la condition que tous ceux placés dans une situation identique, au regard de l’avantage en cause, aient la possibilité d’en bénéficier, à moins que la différence de traitement soit justifiée par des raisons objectives et pertinentes et que les règles déterminant les conditions d’éligibilité à la mesure soient préalablement définies et contrôlables.


9. Il résulte des deux textes susvisés que dans les industries ou les entreprises industrielles, lorsqu’une convention ou un accord d’entreprise ou d’établissement ou, à défaut, une convention ou un accord collectif de travail étendu le prévoit, le personnel d’exécution fonctionne en deux groupes dont l’un, dénommé équipe de suppléance, a pour seule fonction de remplacer l’autre pendant le ou les jours de repos accordés au premier groupe. La rémunération des salariés de l’équipe de suppléance est majorée d’au moins 50 % par rapport à celle qui serait due pour une durée équivalente effectuée suivant l’horaire normal de l’entreprise.


10. Pour condamner la société PCA à payer aux salariés un rappel de salaire sur les « incommodités de nuit » du lundi matin, outre congés payés afférents, l’arrêt retient qu’il est constant que le taux conventionnel de 22 % est à la fois celui des incommodités de nuit dont bénéficient les salariés de semaine en application de l’accord du 26 mai 1999 et celui de la majoration complémentaire appliquée aux heures travaillées de nuit les samedis et dimanches (entre 22 h et 6 h) par les salariés des équipes de suppléance durant les fins de semaine, les salariés travaillant durant la nuit du lundi de 00h00 à 06h00 étant donc les seuls salariés de nuit de l’entreprise à ne pas percevoir cette majoration complémentaire de 22 % ce qui constitue bien une rupture d’égalité entre salariés, l’employeur n’expliquant pas les raisons d’une moindre indemnisation de la contrainte représentée par le travail de nuit durant la nuit du lundi 00h00 à 06h00 de celle du dimanche soir de 22h00 à 00h00 ou des nuits du vendredi au samedi ou de toute autre nuit de la semaine.


11. En statuant ainsi, alors que les salariés de l’équipe de suppléance ne se comparaient qu’aux salariés de l’équipe de semaine et que, bénéficiaires, de par la loi, d’un régime salarial qui leur était propre, ils ne se trouvaient pas, au regard de l’avantage considéré, dans une situation identique à la leur, en sorte que le principe d’égalité de traitement n’était pas applicable, la cour d’appel a violé le principe et les textes susvisés.


Portée et conséquences de la cassation


12. Après avis donné aux parties, conformément à l’article 1015 du code de procédure civile, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 1er, du code de l’organisation judiciaire et 627 du code de procédure civile.


13. La cassation prononcée n’implique pas, en effet, qu’il soit à nouveau statué sur le fond.


PAR CES MOTIFS, et sans qu’il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :


CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu’ils condamnent la société Peugeot Citroën automobiles devenue la société PSA automobiles à payer à MM. [N], [B], [F], [Y], [O], [U], [P], [H], [C] et [Z] des sommes à titre de rappel de salaire sur les « incommodités de nuit du lundi matin » et au titre des congés payés afférents, les arrêts rendus le 29 mai 2019, entre les parties, par la cour d’appel de Douai ;


DIT n’y avoir lieu à renvoi ;


Déboute MM. [N], [B], [F], [Y], [O], [U], [P], [H], [C] et [Z] de leur demande en paiement de sommes au titre des « incommodités de nuit du lundi matin » ;


Président : M. Cathala
Rapporteurs : Mme Monge
Avocat général : Mme Rémery
Avocat(s) : SCP Gatineau, Fattaccini et Rebeyrol - SCP Thouvenin, Coudray et Grévy