Arrêt n° 2206 du 3 novembre 2011 (10-18.036) - Cour de cassation - Chambre sociale

Contrat de travail, exécution

Rejet


Demandeur(s) : La société Moreau incendies

Défendeur(s) : M. Eric X...



Sur le moyen unique :

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 24 mars 2010), que M. X..., engagé par la société Moreau incendie à compter du 17 septembre 1993, a travaillé en qualité de vendeur salarié niveau 4 échelon 2 de la convention collective du commerce de gros ; qu’ affecté sur un secteur d’activité comprenant les départements de l’Yonne et de l’Aube, le salarié, tenu à un horaire de 35 heures par semaine, était libre de s’organiser, à charge pour lui de respecter le programme fixé et de rédiger un compte-rendu journalier précis et détaillé, lequel, selon le contrat de travail, devait faire la preuve de son activité ; que, le 17 mai 2006, l’employeur a notifié au salarié la mise en place d’un système de géolocalisation sur son véhicule afin de permettre l’amélioration du processus de production par une étude a posteriori de ses déplacements et pour permettre à la direction d’analyser les temps nécessaires à ses déplacements pour une meilleure optimisation des visites effectuées ; que par lettre du 20 août 2007, M. X... a pris acte de la rupture de son contrat de travail en reprochant à son employeur d’avoir calculé sa rémunération sur la base du système de géolocalisation du véhicule ;

Attendu que l’employeur fait grief à l’arrêt de dire que la prise d’acte de la rupture du contrat de travail s’analyse en un licenciement sans cause réelle et sérieuse et de le condamner au paiement de certaines sommes en conséquence, alors, selon le moyen :

1o/ qu’aux termes des articles 1 et 7-E de son contrat de travail, M. X..., engagé en qualité de vendeur salarié statut non VRP, était tenu d’effectuer 35 heures de travail par semaine, de respecter un programme d’activité joint en annexe et de rédiger par journée travaillée un compte rendu journalier précis et détaillé de son activité au moyen d’un rapport établi sur un imprimé spécialement prévu à cet effet ; qu’en relevant, pour imputer à faute la rupture du contrat de travail à la société Moreau incendies par suite de l’illicéité du système de géolocalisation des véhicules de service, que M. X... était libre d’organiser son activité, la cour d’appel a violé l’article 1134 du code civil, ensemble les articles L. 1121-1 et L. 1221-1 du code du travail (anciennement L. 120-2 et L. 121-1) ;

2o/ qu’un système de géolocalisation peut avoir pour finalité le suivi du temps de travail d’un salarié lorsque l’employeur ne dispose pas d’autres moyens ; que la cour d’appel a expressément relevé que par un courrier du 17 mai 2006, la société Moreau incendies a informé M. X... de la mise en place d’un système de géolocalisation des véhicules de service dont le sien, aux fins de permettre l’amélioration du processus de production par une étude a posteriori de ses déplacements ainsi que d’analyser les temps nécessaires à ses déplacements pour une meilleure optimisation des visites effectuées ; qu’en relevant, pour imputer à faute la rupture du contrat de travail à la société Moreau incendies par suite de l’illicéité du système de géolocalisation des véhicules de service, que le dispositif a été détourné en ce que l’employeur a contrôlé le temps de travail du salarié, sans que l’intéressé ait été informé de cette situation ni des modalités de contrôle, la cour d’appel, qui n’a manifestement pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé l’article L. 1121-1 du code du travail (anciennement L. 120-1)  ;

Mais attendu, d’abord, que selon l’article L. 1121-1 du code du travail, nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ; que l’utilisation d’un système de géolocalisation pour assurer le contrôle de la durée du travail, laquelle n’est licite que lorsque ce contrôle ne peut pas être fait par un autre moyen, n’est pas justifiée lorsque le salarié dispose d’une liberté dans l’organisation de son travail ;

Attendu, ensuite, qu’un système de géolocalisation ne peut être utilisé par l’employeur pour d’autres finalités que celles qui ont été déclarées auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, et portées à la connaissance des salariés ;

Et attendu que la cour d’appel a constaté, d’une part, que selon le contrat de travail, le salarié était libre d’organiser son activité selon un horaire de 35 heures, à charge pour lui de respecter le programme d’activité fixé et de rédiger un compte-rendu journalier précis et détaillé, lequel de convention expresse faisait preuve de l’activité du salarié, et, d’autre part, que le dispositif avait été utilisé à d’autres fins que celles qui avait été portées à la connaissance du salarié ; qu’elle en a exactement déduit que cette utilisation était illicite et qu’elle constituait un manquement suffisamment grave justifiant la prise d’acte de la rupture du contrat de travail aux torts de l’employeur ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Lacabarats

Rapporteur : M. flores, conseiller référendaire

Avocat général : Mme Taffaleau

Avocat(s) : SCP Bathélemy, Matuchansky et Vexliard