Arrêt n° 120 du 27 janvier 2015 (13-22.179) - Cour de cassation -Chambre sociale - ECLI:FR:CCASS:2015:SO00120

Statut collectif du travail

Rejet

Statut collectif du travail


Demandeur(s) : Fédération nationale des personnels des sociétés d’études, du conseil et de prévention CGT

Défendeur(s) : Fédération des syndicats des sociétés d’études et de conseils ; et autres


Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 30 mai 2013) que la Fédération nationale des personnels des sociétés d’études de conseil et de prévention CGT a saisi le tribunal de grande instance de demandes tendant, notamment, à dire nulles, comme contraires à la règle d’égalité, des dispositions de la Convention collective nationale des bureaux d’études techniques, des cabinets d’ingénieurs-conseils et des sociétés de conseils, dite Syntec, instaurant des avantages de niveau différent pour la catégorie des ingénieurs et cadres, et pour celle des employés, techniciens et agent de maîtrise, et à ce que soit ordonné aux organisations patronales signataires, Fédération des syndicats des sociétés d’études et de conseils et Chambre de l’ingénierie et du conseil de France, de convoquer les organisations syndicales intéressées en vue de mettre en conformité ladite convention avec la règle d’égalité de traitement ; Attendu que la Fédération nationale des personnels des sociétés d’études de conseil et de prévention CGT fait grief à l’arrêt de la débouter de ses demandes tendant à juger que les articles 15, 19, 37, 43, 59 et 70 de la convention collective Syntec violent le principe d’égalité de traitement en l’absence de raisons objectives et pertinentes et, en conséquence, à ordonner aux organisations patronales de convoquer l’ensemble des organisations syndicales représentatives à une négociation collective en vue de mettre en conformité la convention collective avec le principe d’égalité de traitement, alors, selon le moyen :

1°/ qu’une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés appartenant à des catégories professionnelles distinctes mais placés dans une situation identique au regard dudit avantage, n’est justifiée que si elle repose sur des raisons objectives dont il appartient au juge de vérifier concrètement la réalité et la pertinence ; qu’en cas de licenciement, le préavis constitue un droit accordé aux salariés ; qu’il s’en suit que ne constitue pas une raison pertinente permettant de justifier la différence de traitement opérée entre, d’une part, les ingénieurs et cadres (IC) et, d’autre part, les employés, techniciens et agents de maîtrise (ETAM) concernant la durée du préavis en cas de licenciement, la seule circonstance que les employeurs auraient besoin d’un temps plus long pour remplacer un IC et pour vérifier l’adéquation de ce dernier au poste proposé ; qu’en statuant par ce motif inopérant pour considérer que l’article 15 de la convention collective SYNTEC ne portait pas atteinte au principe d’égalité de traitement, la cour d’appel a violé ledit principe, ensemble l’article L. 1234-1 du code du travail ;

2°/ que les juges du fond sont tenus de répondre aux conclusions des parties ; qu’en l’espèce, la FNPSECP CGT faisait valoir que le préavis plus long accordé en cas de licenciement aux salariés ingénieurs et cadres par l’article 15 de la convention collective SYNTEC ne pouvait être justifié par la spécificité des fonctions de cette catégorie de personnel dès lors que, par ailleurs, l’article 20 de la même convention prévoyait une durée de préavis identique pour tous les salariés, IC ou ETAM, en cas de départ ou de mise à la retraite et qu’il en était de même du préavis pendant la période d’essai prévu par l’article 14 de la convention ; qu’en retenant néanmoins que la différence de traitement opérée entre IC et ETAM par l’article 15 de la convention collective était justifiée par la spécificité de leurs fonctions respectives sans répondre à ce moyen déterminant des conclusions de la Fédération CGT, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;

3°/ qu’une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés appartenant à des catégories professionnelles distinctes mais placés dans une situation identique au regard dudit avantage, n’est justifiée que si elle repose sur des raisons objectives dont il appartient au juge de vérifier concrètement la réalité et la pertinence ; qu’en retenant, par motifs adoptés des premiers juges, que constituait une raison pertinente de nature à justifier la différence de traitement opérée dans le calcul de l’indemnité de licenciement entre IC et ETAM par l’article 19 de la convention collective SYNTEC le fait que, les IC ayant des rémunérations plus élevées que les ETAM la perte financière en cas de perte d’emploi était plus importante, sans rechercher comme l’y invitait la Fédération CGT si, les minima salariaux fixés au niveau de la branche pour certaines catégories d’ETAM n’étaient pas supérieurs à ceux prévus pour certaines catégories d’IC, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard du principe d’égalité de traitement ;

4°/ qu’une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés appartenant à des catégories professionnelles distinctes mais placés dans une situation identique au regard dudit avantage, n’est justifiée que si elle repose sur des raisons objectives dont il appartient au juge de vérifier concrètement la réalité et la pertinence ; qu’en l’espèce, affirmant que les IC encourraient, du fait de leurs fonctions, des responsabilités plus importantes que celles des ETAM et, de plus, exerceraient leurs fonctions dans un domaine plus vaste que celui généralement dévolu aux ETAM si bien que leur « potentialité à être licencié » s’avérerait également plus large que celle des ETAM, la cour d’appel a considéré que cette circonstance justifiait que soit prévu par l’article 19 de la convention collective SYNTEC des modalités de calcul de l’indemnité de licenciement plus favorable aux IC ; qu’en statuant ainsi, par voie d’affirmations générales, sans préciser sur quels éléments concrets elle se fondait pour procéder à de telles affirmations, la cour d’appel a privé sa décision de base légale au regard du principe d’égalité de traitement ;

5°/ qu’une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés appartenant à des catégories professionnelles distinctes mais placés dans une situation identique au regard dudit avantage, n’est justifiée que si elle repose sur des raisons objectives dont il appartient au juge de vérifier concrètement la réalité et la pertinence ; qu’en l’espèce, affirmant que, de manière générale, la rémunération des IC intègrerait des primes et gratifications – non prises en compte pour le calcul de l’allocation versée en cas d’incapacité temporaire de travail prévue par l’article 43 de la convention collective SYNTEC – dans des proportions plus importantes que celle des ETAM, la cour d’appel a considéré que cette circonstance justifiait que les dispositions de cet article prévoient des modalités de calcul de l’allocation en cause plus favorables aux IC ; qu’en statuant ainsi, par voie d’affirmation générale, sans préciser sur quels éléments concrets elle se fondait pour procéder à une telle affirmation, la cour d’appel a de nouveau privé sa décision de base légale au regard du principe d’égalité de traitement ;

6°/ qu’une différence de traitement, résultant d’un accord collectif, entre les salariés appartenant à des catégories professionnelles distinctes mais placés dans une situation identique au regard dudit avantage, n’est justifiée que si elle repose sur des raisons objectives dont il appartient au juge de vérifier concrètement la réalité et la pertinence ; qu’en l’espèce, affirmant que, les IC auraient des déplacements plus fréquents et que la nature spécifique de leurs activités, susceptibles d’être exercées pendant le voyage, dans le moyen de transport, impliqueraient qu’ils disposent du meilleur confort possible, la cour d’appel a considéré que cette circonstance justifiait les différences de confort entre IC et ETAM prévues par les articles 59 et 70 de la convention collective SYNTEC, s’agissant des moyens de transport ; qu’en statuant ainsi, par voie d’affirmation générale, sans préciser sur quels éléments concrets elle se fondait pour procéder à une telle affirmation, la cour d’appel a encore une fois privé sa décision de base légale au regard du principe d’égalité de traitement ;

Mais attendu que les différences de traitement entre catégories professionnelles opérées par voie de conventions ou d’accords collectifs, négociés et signés par des organisations syndicales représentatives, investies de la défense des droits et intérêts des salariés et à l’habilitation desquelles ces derniers participent directement par leur vote, sont présumées justifiées de sorte qu’il appartient à celui qui les conteste de démontrer qu’elles sont étrangères à toute considération de nature professionnelle ;

Et attendu que, par motifs propres et adoptés, la cour d’appel ayant retenu que la Fédération nationale des personnels des sociétés d’études du conseil et de prévention CGT n’établissait pas que les différences de traitement opérées par la convention litigieuse au profit des ingénieurs et cadres par rapport aux employés, techniciens et agents de maîtrise étaient étrangères à toute considération de nature professionnelle, a légalement justifié sa décision ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi


Président : M. Frouin

Rapporteur : M. Béraud, conseiller

Avocat général : M. Beau

Avocat(s) : SCP Lyon-Caen et Thiriez ; SCP Célice, Blancpain et Soltner ; SCP Rocheteau et Uzan-Sarano