Arrêt n° 1172 du 18 mai 2011 (10-60.273) - Cour de cassation - Chambre sociale

Syndicat professionnel

Rejet

 


Demandeur(s) ! Le syndicat Sud industrie Rhône Alpes ; et autres

Défendeur(s) : La société Renault Trucks


Attendu, selon le jugement attaqué (tribunal d’instance de Bourg en Bresse, 3 mai 2010) que lors des élections des membres du comité de l’établissement de Bourg en Bresse de la société Renault Truck qui se sont tenues le 12 juin 2008, les syndicats FO, CFDT, CGT et CFE CGC ont présenté des candidats, le syndicat FO ayant obtenu plusieurs élus ; que par lettre du 5 février 2010, l’ensemble des délégués du personnel, des membres du comité d’établissement et des représentants syndicaux de cette organisation ont indiqué qu’ils démissionnaient de ce syndicat pour créer une section syndicale affiliée au syndicat Sud industrie Rhône Alpes lequel, avait, le 4 février 2010, informé l’employeur de cette création et désigné un représentant de la section syndicale ; que le syndicat FO a informé l’employeur le 12 février 2010 qu’il révoquait les mandats de ses représentants, l’employeur prenant acte de ce changement d’affiliation ; que par lettre du 15 mars 2010 adressée au directeur de l’établissement de Bourg en Bresse, le syndicat Sud industrie Rhône Alpes a désigné MM. X... et Y... en qualité de représentants syndicaux au comité d’établissement, désignations que la société Renault Truck a contestées ;

Sur le premier moyen :

Attendu que le syndicat Sud industries Rhône Alpes fait grief au jugement d’avoir déclaré recevable la requête de la société, alors, selon le moyen, que le tribunal ne pouvait statuer comme il l’a fait en considérant que la requête de la société Renault Trucks était recevable. Le président de la société Renault Trucks a donné un pouvoir général à Mme Z... "pour représenter la société" devant le Tribunal d’Instance... et notamment déposer une requête", de sorte que le mandat pour représenter la société en justice constitue un mandat général irrégulier. Il résulte en effet de l’article L. 227-6 du code de commerce que le président est seul habilité à représenter en justice la société. Il en irait autrement si le président avait donné un pouvoir pour qu’une contestation soit déposée en son nom. Le tribunal n’a pas donné de base légale à sa décision en admettant la recevabilité de la requête déposée au nom de la société par une personne n’ayant pas qualité pour représenter la société. V. dans ce sens Cour de cassation, chambre commerciale, 2 juillet 2002, bulletin officiel du ministère de la justice n° 88 du 1er octobre - 31 décembre 2002, cour d’appel de Paris, 21 mars 2007 n° 06/17919, cour d’appel d’Orléans 3 novembre 2009 n° 09/01446, cour d’appel de Paris 3 décembre 2009 n° 09/05422, cour d’appel de Paris 18 février 2010 n° S08/ 10511. Vu les articles 117 et 122 du code de procédure civile, l’article L. 227-6 du code de commerce, la requête étant irrecevable, le jugement ne pourra qu’être annulé  ;

Mais attendu que l’article L. 226-7 du code de commerce n’interdit pas au président d’une société par action simplifiée de confier un mandat spécial pour représenter la société pour l’accomplissement d’un acte déterminé ;

Et attendu que le tribunal a constaté que le président de la société avait délivré un mandat spécial à Mme Z... pour la représenter devant le tribunal d’instance afin de contester les désignations du 15 mars 2010 de MM. X... et Y... conformément à l’article 10-1 de ses statuts ;

Que le moyen n’est pas fondé ;

Et sur le second moyen :

Attendu que le syndicat Sud industrie Rhône Alpes fait grief au jugement d’avoir annulé les désignations de MM. X... et Y... en qualité de représentant syndicaux au comité d’établissement de Bourg en Bresse de la société pour des motifs tirés d’une part de la violation de l’article L. 2324-2 du code du travail en ajoutant à la loi une condition qu’elle ne comporte pas tirée de ce que seul un syndicat qui a présenté des candidats à l’élection du comité d’établissement et y a eu des élus peut désigner un représentant syndical à ce comité, alors qu’il suffit qu’un syndicat ait des élus au comité et que cette condition doit s’apprécier à la date de la désignation, d’autre part, d’une violation du principe de la liberté syndicale, et enfin d’une fausse application de la loi du 20 août 2008, qui n’exige pas que le syndicat qui désigne un représentant syndical au comité d’établissement soit représentatif ;

Mais attendu que l’affiliation confédérale sous laquelle un syndicat a présenté des candidats aux élections des membres du comité d’entreprise constitue un élément essentiel du vote des électeurs ; qu’il s’ensuit que, pour apprécier les conditions d’ouverture du droit pour un syndicat de désigner un représentant syndical au comité d’entreprise conformément à l’article L. 2324-2 du code du travail, ne peuvent être considérés comme ses élus les salariés qui n’ont pas été candidats sur les listes présentées par ce syndicat lors des dernières élections ;

Et attendu que sans méconnaître le principe de la liberté syndicale individuelle des salariés, ni exiger que le syndicat soit représentatif dans l’établissement, le tribunal a exactement décidé que le changement d’affiliation des élus FO au comité d’entreprise, décidé après l’élection, ne pouvait ouvrir au syndicat Sud, auquel ces élus s’étaient ultérieurement affiliés, le droit de désigner des représentants syndicaux au comité d’établissement dès lors que le syndicat Sud n’avait pas eu d’élus lors du dernier scrutin ;

Que le moyen n’est fondé en aucune de ces branches ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi

 


Président : Mme Collomp

Rapporteur : Mme Pécaut-Rivolier

Avocat général : M. Aldigé

Avocat(s) : SCP Defrenois et Levis