05-45.694, 05-45.696
Arrêt n° 1416 du 13 juin 2007
Cour de cassation - Chambre sociale

Contrat de travail, exécution

Cassation partielle sans renvoi

 


 

 

05-45.694
Demandeur(s) à la cassation : association APAEI du Bocage Virois et de la Suisse Normande
Défendeur(s) à la cassation : Mme Claudine X... et autres


05-45.696
Demandeur(s) à la cassation : Mme Claudine X... et autres
Défendeur(s) à la cassation : association APAEI du Bocage Virois et de la Suisse Normande

 


 

 

Vu leur connexité, joint les pourvois n° 05-45.694 et 05-45.696 ;

 

Attendu, selon l’arrêt attaqué, que Mme X... et sept autres éducateurs de l’association APAEI ont saisi la juridiction prud’homale, le 10 décembre 1999 pour la première et le 6 décembre 1999 pour les autres, de demandes de paiement de rappels de salaires pour les heures de permanence nocturne effectuées depuis 1994 qui leur ont été payées selon le régime d’équivalence de l’article 11 de l’annexe 3, concernant le personnel éducatif, pédagogique et social, de la convention collective nationale des établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées du 15 mars 1966, auxquelles ils ajoutaient diverses autres demandes ; que par jugement du 20 février 2001, le conseil de prud’hommes a fait droit à leurs demandes ; que la cour d’appel a infirmé cette décision en faisant application de l’article 29 de la loi n° 2000-37 du 19 janvier 2000 validant les versements effectués à ce titre ;

 

Sur les cinq moyens du pourvoi de l’employeur :

 

Attendu qu’il n’y a pas lieu de statuer sur ces moyens qui ne seraient pas de nature à permettre l’admission du pourvoi ;

 

Mais sur le moyen unique du pourvoi des salariés :

Vu l’ article 6 §1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales tel qu’interprété par l’arrêt X... et autres c. France du 9 janvier 2007 de la Cour européenne des droits de l’homme, et les articles 29 de la loi n° 2000-37 du 19 janvier 2000 et 2 du code civil, ensemble les articles L. 212-2 et L. 212-4 du code du travail dans leur rédaction applicable au litige ;

 

Attendu que la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’adoption de l’article 29 de la loi du 19 janvier 2000, qui réglait définitivement, de manière rétroactive, le fond des litiges pendants devant les juridictions internes, n’était pas justifiée par d’impérieux motifs d’intérêt général ; que partant, il y avait eu violation de l’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

 

Attendu que pour débouter les salariés de leurs demandes tendant à voir les heures de permanence nocturne rémunérées sur la base d’un travail effectif, l’arrêt attaqué énonce que l’article 29 de la loi du 19 janvier 2000 reposant sur d’impérieux motifs d’intérêt général, l’application de ce texte aux instances en cours ne viole pas le droit au procès équitable tel que garanti par l’article 6 § 1 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

 

Qu’en statuant ainsi, alors que les salariés avaient saisi le conseil de prud’hommes de leurs demandes les 6 et 10 décembre 1999, soit avant la date d’entrée en vigueur de l’article 29 de la loi n° 2000-37 du 19 janvier 2000, ce dont il résultait que cet article ne pouvait être appliqué aux litiges sans méconnaître l’exigence d’un procès équitable, la cour d’appel a violé les textes susvisés ;

 

Et attendu que la Cour est en mesure, en statuant sans renvoi conformément à l’article 627 du nouveau code de procédure civile, de mettre fin au litige par application de la règle de droit appropriée ;

 

PAR CES MOTIFS :

Casse et annule, mais seulement dans les limites du pourvoi en ce qu’il a débouté Mmes Y..., X..., Z... et A... de leurs demandes de paiement de compléments de salaires pour leurs heures de permanence nocturne, l’arrêt de la cour d’appel de Caen du 14 octobre 2005 ;

 

Dit n’y avoir lieu à renvoi de ce chef ;

Confirme le jugement du conseil de prud’hommes de Vire du 20 février 2001 en ce qu’il a condamné l’APEI du bocage virois à payer à ces quatre salariées des rappels de salaires pour temps en chambre de veille ;

 


Président : Mme Collomp
Rapporteur : Mme Grivel, conseiller référendaire
Avocat général : M. Allix
Avocat(s) : Me Foussard, la SCP Waquet, Farge et Hazan