Arrêt n°75 du 20 janvier 2021 (20-81.118) - Cour de cassation - Chambre criminelle
-ECLI:FR:CCAS:2021:CR00075

Restitution

Rejet

Demandeur(s) : Le procureur général près la cour d’appel d’Amiens
Défendeur(s) : M. A... X...


Faits et procédure

1. Il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit.

2. M. A... X... a été poursuivi devant le tribunal correctionnel pour exécution d’un travail dissimulé et vente ou mise en vente de marchandise présentée sous une marque contrefaisante sur un réseau de communication public en ligne. Divers matériels informatiques et téléphoniques ont été saisis pendant l’enquête.

3. Par décision devenue définitive, le tribunal correctionnel a déclaré le prévenu coupable des faits poursuivis et l’a condamné à une mesure de sanction réparation au profit des parties civiles.

4. Saisi par M. X... d’une requête en restitution d’un téléphone portable et de deux ordinateurs, le procureur de la République a rejeté la demande au motif que ces biens avaient servi à commettre les infractions.

5. M. X... a déféré la décision à la chambre de l’instruction.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

6. Le moyen est pris de la violation des articles 41-4 et 591 du code de procédure pénale.

7. Le moyen critique l’arrêt attaqué en ce qu’il a ordonné la restitution des objets revendiqués alors que l’alinéa 2 de l’article 41-4 du code de procédure pénale fait obstacle à la restitution d’objets qui ont été l’instrument de l’infraction et dont la propriété n’est pas sérieusement contestée.

Réponse de la Cour

8. Aux termes de l’article 41-4 du code de procédure pénale, au cours de l’enquête ou lorsqu’aucune juridiction n’a été saisie ou que la juridiction saisie a épuisé sa compétence sans avoir statué sur la restitution des objets placés sous main de justice, le procureur de la République ou le procureur général est compétent pour décider, d’office ou sur requête, de la restitution de ces objets lorsque la propriété n’en est pas sérieusement contestée.

9. Le texte ajoute qu’il n’y a pas lieu à restitution lorsque celle-ci est de nature à créer un danger pour les personnes ou les biens, lorsque le bien saisi est l’instrument ou le produit direct ou indirect de l’infraction ou lorsqu’une disposition particulière prévoit la destruction des objets placés sous main de justice.

10. Enfin, il prévoit que la décision de non-restitution prise pour l’un de ces motifs ou pour tout autre motif, même d’office, par le procureur de la République ou le procureur général peut être déférée par l’intéressé au président de la chambre de l’instruction ou à la chambre de l’instruction.

11. En revanche, l’article 131-21, alinéa 2, du code pénal ne prévoit pas que la peine complémentaire de confiscation de l’instrument de l’infraction présente un caractère obligatoire.

12. De même, en application de l’article 481, alinéa 3, du code de procédure pénale, le refus de restitution d’un bien saisi constituant l’instrument ou le produit direct ou indirect de l’infraction est une simple faculté pour la juridiction saisie (Crim., 27 juin 2018, pourvoi n° 17-87.424, Bull. crim. 2018, n° 129.

13. Il s’en déduit le principe suivant. Lorsque la requête aux fins de restitution est présentée après que la juridiction de jugement saisie a épuisé sa compétence sans avoir statué sur la restitution des objets placés sous main de justice, la non-restitution de l’instrument de l’infraction ne saurait présenter un caractère obligatoire.

14. Cette interprétation n’est pas contraire à l’article 4, § 2, de la directive 2014/42/UE du Parlement européen et du Conseil du 3 avril 2014, dont les dispositions du deuxième alinéa de l’article 41-4 du code de procédure pénale constituent la transposition, dès lors que le premier de ces textes n’interdit pas la restitution de l’instrument de l’infraction.

15. Aussi, il appartient à la chambre de l’instruction à laquelle est déférée la décision de non-restitution de l’instrument de l’infraction rendue par le ministère public après que la juridiction de jugement saisie a épuisé sa compétence sans avoir statué sur la restitution des objets placés sous main de justice, d’apprécier, sans porter atteinte aux droits du propriétaire de bonne foi, s’il y a lieu ou non de restituer le bien au regard des circonstances de l’infraction, de la personnalité de son auteur et de sa situation personnelle.

16. En l’espèce, pour ordonner la restitution des biens placés sous main de justice, l’arrêt énonce que, s’agissant de la gravité concrète des faits, il y a lieu de prendre en considération la durée des infractions, qui n’a pas excédé cinq mois, le nombre limité des ventes évalué entre trente et cinquante, et le bénéfice qui en est résulté pour le requérant, estimé à 700 euros.

17. Les juges ajoutent que le préjudice qui en est résulté pour les quatre parties civiles constituées devant le tribunal a été retenu pour un montant total de 800 euros et qu’une mesure de sanction réparation a été prononcée portant sur le versement des sommes allouées aux parties civiles, sommes que le requérant déclare avoir payées.

18. Les juges relèvent encore que les objets saisis sont susceptibles de contenir des données personnelles et familiales dont la privation pourrait affecter M. X... et ses proches, en particulier son fils.

19. En prononçant ainsi, la chambre de l’instruction a justifié sa décision.

20. Ainsi, le moyen n’est pas fondé.

21. Par ailleurs l’arrêt est régulier en la forme.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi.


Président : M. Soulard
Rapporteur : M. Ascensi, conseiller référendaire
Avocat général : M. Croizier