Arrêt n° 381 du 8 février 2017 (16-80.391) - Cour de cassation - Chambre criminelle - ECLI:FR:CCASS:2017:CR00381

Cour d’assises - Jugements et arrêts

Cassation

Demandeur : M. Joël X...


Sur le quatrième moyen de cassation, pris de la violation des articles 322-6, 322-7, 322-8, 322-10, 322-15, 322-16 et 322-18 du code pénal, 591 et 593 du code de procédure pénale, défaut et contradiction de motifs, défaut de base légale ;

“en ce que la cour d’assises a condamné M. X... à une peine de vingt-cinq ans de réclusion criminelle ;

“aux motifs que le peu d’introspection et de compassion manifestée par l’accusé plus de cinq ans après les faits justifient le prononcé d’une peine d’enfermement d’une durée très significative ;

 “alors que la cour d’assises ne pouvait, sans se contredire, exposer qu’ « à l’audience d’appel, l’accusé était revenu à ses aveux initiaux en reconnaissant être l’auteur de l’incendie », ce qui était l’aboutissement d’un important travail d’introspection, et retenir dans le même temps « le peu d’introspection manifestée par l’accusé plus de cinq ans près les faits » ; qu’en prononçant ainsi, la cour d’assises a méconnu les dispositions susvisées” ;

Vu l’article 591 du code de procédure pénale, ensemble l’article 365-1 dudit code ;

Attendu que, selon le second de ces textes, en cas de condamnation par la cour d’assises, la motivation consiste dans l’énoncé des principaux éléments à charge qui l’ont convaincue de la culpabilité de l’accusé ; qu’en l’absence d’autre disposition légale le prévoyant, la cour et le jury ne doivent pas motiver le choix de la peine qu’ils prononcent dans les conditions définies à l’article 362 du code susvisé ;

Attendu que la feuille de motivation, intégralement reproduite dans l’arrêt, comporte, notamment, les énonciations suivantes : “La dangerosité de Joël X..., en totale inadéquation avec les problèmes de voisinage qu’il invoque, les conséquences irréversibles de cet incendie dans lequel une jeune fille de vingt-six ans a trouvé la mort, et le peu d’introspection et de compassion manifestées par l’accusé plus de cinq ans après les faits justifient le prononcé d’une peine d’enfermement d’une durée très significative” ;

Mais attendu que ces énonciations, qui relèvent non pas de la déclaration de culpabilité mais de la motivation de la peine, contreviennent au principe ci-dessus énoncé ;

Qu’en conséquence, la cassation est encourue ;

Par ces motifs, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de cassation proposés :

CASSE et ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt susvisé de la cour d’assises de Tarn-et-Garonne, en date du 3 décembre 2015, ensemble la déclaration du jury et des débats, qui l’ont précédé ;

CASSE et ANNULE, par voie de conséquence, l’arrêt du même jour par lequel la cour a prononcé sur les intérêts civils ;


Président : M. Guérin
Rapporteur : M. Stephan
Avocat général : M. Gaillardot
Avocats : LYON-CAEN et THIRIEZ