Arrêt n°262 du 17 mars 2021 (20-84.365) - Cour de cassation - Chambre criminelle
-ECLI:FR:CCAS:2021:CR00262

Mandat d’arrêt européen

Rejet

Demandeur(s) : Le procureur général près la Cour d’appel de Paris
Défendeur(s) : M. A..., et autre


Faits et procédure

1. Il résulte de l’arrêt attaqué et des pièces de procédure ce qui suit.

2. MM. A... et B... X... ont été interpellés au Royaume-Uni, le 26 février 2018, en exécution de mandats d’arrêt européens émis par un juge d’instruction de Paris. Ils ont été placés en détention provisoire du 26 février au 20 mars 2018, puis ont fait l’objet, chacun, à partir de cette date et jusqu’à leur remise aux autorités françaises, le 23 mai 2019, d’une mesure dite de : « bail with curfew electronically monitored ». A leur arrivée en France, ils ont été placés en détention provisoire.

3. Par jugement du tribunal correctionnel de Paris, en date du 20 septembre 2019, devenu définitif, ils ont, chacun, été reconnus coupables d’infraction à la législation sur les étrangers et d’association de malfaiteurs, et condamnés à trois ans d’emprisonnement et 50 000 euros d’amende, la confiscation des scellés étant ordonnée.

4. Le 21 et le 22 janvier 2020, ils ont, chacun, formé une requête en difficulté d’exécution de ce jugement, afin qu’il soit jugé que la période du 26 février 2018 au 23 mai 2019, pendant laquelle ils ont fait l’objet, au Royaume-Uni, d’une mesure restrictive de liberté, soit déduite de la durée de la peine d’emprisonnement restant à purger au titre de la condamnation prononcée en France.

5. Par jugement du 5 juin 2020, le tribunal correctionnel de Paris a accueilli leur requête et décidé que la période précitée devait être déduite de l’emprisonnement restant à accomplir.

6. Le procureur de la République a relevé appel de cette décision.

Examen du moyen

Enoncé du moyen

7. Le moyen reproche à l’arrêt attaqué de déduire de la peine d’emprisonnement prononcée la durée de la mesure de « bail with curfew conditions » imposée au Royaume-Uni avant la remise des personnes en l’assimilant à de la détention provisoire, alors :

« 1°/ que l’article 716-4 du code de procédure pénale établit une distinction entre la détention provisoire effectuée en France et l’incarcération imposée hors de France en exécution d’un mandat d’arrêt européen ;

2°/ que la Cour de justice de l’Union européenne a dit pour droit, dans un arrêt C-294/16 PPU du 28 juillet 2016, que " l’article 26 paragraphe 1 de la décision cadre 2002/584 doit être interprété en ce sens que des mesures telles qu’une assignation à résidence d’une durée de neuf heures pendant la nuit, assortie d’une surveillance de la personne concernée au moyen d’un bracelet électronique, d’une obligation à se présenter quotidiennement ou plusieurs fois par semaine à un commissariat de police à des heures fixes ainsi que d’une interdiction de solliciter la délivrance de documents permettant de voyager à l’étranger, ne sont pas, en principe, eu égard au genre, à la durée, aux effets et aux modalités d’exécution de l’ensemble de ces mesures, à ce point contraignantes pour emporter un effet privatif de liberté comparable à celui qui résulte d’une incarcération et pour, ainsi être qualifiées de détention (...) " ;

3°/ que selon cette décision-cadre, c’est à l’Etat d’exécution qu’il revient d’indiquer à l’Etat d’émission la durée de la détention subie en conformité avec la législation qui lui est propre.  »

Réponse de la Cour

8. Pour dire que la période du 29 mars 2018 au 23 mai 2019 subie par les requérants au Royaume-Uni, sous le régime du « couvre-feu avec surveillance électronique », devait être, comme celle de la détention provisoire du 26 février au 29 mars 2018, intégralement déduite des peines d’emprisonnement prononcées à leur encontre, l’arrêt attaqué retient de l’arrêt de la Cour de justice du 28 juillet 2016, JZ (C-294/16 PPU) qu’il découle du libellé, du contexte et de l’objectif de l’article 26, paragraphe 1, de la décision-cadre 2002/584 que la notion de « détention  », au sens de cette disposition, désigne une mesure non pas restrictive, mais privative de liberté, qui ne prend pas nécessairement la forme d’une situation d’enfermement et qu’il convient d’examiner la mesure litigieuse, pour déterminer si, en raison de son genre, de sa durée, de ses effets et de ses modalités d’exécution, elle revêt un tel degré d’intensité qu’elle est de nature à priver la personne concernée de sa liberté de manière comparable à une incarcération.

9. Les juges relèvent qu’après une période de détention du 26 février au 29 mars 2018, soit trente-deux jours, les intéressés ont été soumis à une mesure de mise en liberté sous caution assortie d’un couvre-feu imposé sur leur lieu de résidence, de 22 heures à 5 heures le lendemain, et contrôlé de manière électronique, outre l’interdiction de se rendre dans certains lieux et un pointage quotidien au commissariat.

10. Ils ajoutent que ces derniers devaient constamment porter un dispositif de surveillance se matérialisant par un bracelet électronique à la jambe qui ne devait pas être retiré et que leur téléphone devait être allumé en permanence.

11. Ils estiment que même si cette mesure n’est pas déduite, en droit anglais, de la peine d’emprisonnement prononcée, dès lors que le couvre-feu n’est imposé que sur une durée quotidienne inférieure à 9 heures, il y a lieu de l’assimiler, en droit français, à une mesure d’assignation à résidence sous surveillance électronique qui n’opère aucune distinction selon la durée quotidienne de l’obligation de rester au domicile. Ils rappellent que l’article 142-11 du code de procédure pénale français prévoit que l’assignation à résidence avec surveillance électronique est assimilée à une détention provisoire pour l’imputation intégrale de sa durée sur celle d’une peine privative de liberté et que l’article 716-4 du même code, auquel il renvoie, ne distingue pas selon que la mesure de détention provisoire est effectuée en France ou qu’elle est imposée sous la forme d’une incarcération provisoire, en exécution d’un mandat d’arrêt européen, lorsqu’il prévoit cette déduction.

12. En appréciant ainsi, après un débat contradictoire, les circonstances de la cause au vu des informations produites, en particulier par les autorités de l’Etat d’exécution, portant sur le détail des mesures imposées en Grande-Bretagne aux requérants du 29 mars 2018 au 23 mai 2019, et en estimant, par des motifs dénués d’insuffisance ou de contradiction, que la situation en résultant pour les requérants devait être assimilée à une assignation à résidence sous surveillance électronique, dont la durée est déductible de celle de la peine d’emprisonnement prononcée, dans les conditions de l’article 142-11 du code de procédure pénale, la cour d’appel a justifié sa décision sans encourir les griefs allégués.

13. Dès lors, le moyen doit être écarté.

14. Par ailleurs l’arrêt est régulier en la forme.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;


Président : M. Soulard
Rapporteur : Mme Barbé, conseiller référendaire
Avocat général : M. Valat
Avocat(s) : SCP Célice, Texidor, Périer